La question a été posée par le journal allemand Frankfurter Allgemeine. Qui se cache derrière Extrablatt, un journal gratuit qui a été diffusé à 3 millions d'exemplaires juste avant les élections en Rhénanie-du-Nord-Westphalie ? Au vu du contenu anti Merkel et anti-migrant, on pourrait croire qu'il s'agit d'une manoeuvre de l'extrême droite. Sauf que celle-ci conteste en être l'auteur. Du moins officiellement.
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La question a été posée par le journal allemand Frankfurter Allgemeine. Qui se cache derrière Extrablatt, un journal gratuit qui a été diffusé à 3 millions d'exemplaires juste avant les élections en Rhénanie-du-Nord-Westphalie ? Au vu du contenu anti Merkel et anti-migrant, on pourrait croire qu'il s'agit d'une manoeuvre de l'extrême droite. Sauf que celle-ci conteste en être l'auteur. Du moins officiellement. La campagne serait financée par Verein zur Erhaltung der Rechtstaatlichkeit und bürgerlichen Freiheiten (l'association pour le maintien de l'état de droit et des libertés civiques). Une association qui vit grâce aux dons des "citoyens en colères" et qui "a choisi de n'être liée à aucun parti politique". Mais cette belle histoire est-elle juste ? Pas vraiment, non. L'association est officiellement basée à Stuttgart où elle a une boite postale. Mais il s'agit plus que probablement d'une technique de diversion. Le Frankfurter Allgemeine a découvert que le courrier envoyé à cette adresse est redirigé sans être ouvert vers une autre boite postale en Suisse, à Andelfingen. Dans ce même village, on retrouve les bureaux de relations publiques de Goal AG. Or Goal AG appartient à Alexander Segert, un allemand qui a quitté son pays pour s'installer en Suisse et qui affiche ses sympathies pour l'extrême droite. En tant que publicitaire il est autant adoré que détesté. Une brève recherche sur Google permet de rapidement comprendre pourquoi. Il est notamment l'auteur de puissante campagne-choc pour des partis d'extrême droite. Au point qu'un de ses concurrents l'a comparé à un "propagandiste du troisième Reich. Ces campagnes lui ont aussi permis de se faire connaître à l'étranger et d'élargir sa clientèle. Un homme avec une mission L'un de ses clients est le Vlaams Belang. En 2012, Filip Dewinter et le président d'alors Bruno Valkeniers lancent une campagne musclée, même au regard des standards du parti. Sur de grandes affiches, on retrouvait des portraits de migrants. Accompagnés du texte : 'Igor S. (voleur)' à 'Saïd I. (braqueur)' en passant par 'Malik G. (dealer)', tous doivent être "mis dehors sans pardon". Le concept de cette campagne était en réalité un copié-collé de la campagne qu'Alexander Segert avait créée pour le parti populaire suisse. Filip Dewinter n'en fait pas mystère, l'idée venait de Segert. Si Segerts prône un rassemblement des droites européennes, il ne s'en vante pas. Il ne donne que très exceptionnellement des interviews et balaye d'un revers de main toutes les questions concernant la campagne de l'AfD. Fournisseurs Segert, et son rôle discret dans la campagne de l'AfD, n'a pas seulement été remarqué par le Franfurter Allgemeine . Florian Wagner, un informaticien allemand,a écrit un post intéressant sur son blog. Durant son temps libre, il a contrôlé les adresses IP et le serveur de rechtundfreiheit.de, le site web de l'association qui est officiellement à la tête du journal gratuit. Et il en ressort que l'association est en effet lié à Segert. Il a encore découvert autre chose : surement à son insu, Wegert a laissé des traces digitales qui indiquent un lien avec "l'Europe des Nations et libertés", la fraction d'extrême droite au Parlement européen qui regroupe notamment le FN et le Vlaams Belang. Gerolf Annemans, président et trésorier de l'association, n'est pas très bavard sur la question. Un SMS avec " pas grand-chose à signaler" fut sa réponse à la question de liens potentiels entre Segert et la fraction européenne. Même s'il ne nie pas qu'ils ont collaboré. Un autre SMS indique qu'ils sont les fournisseurs du site. Frankfurter Allgemeine a lui aussi posé des questions à Annemans. Il voulait savoir si la fraction européenne avait fourni un soutien financier à la campagne de l'AfD. Une telle pratique est en effet interdite puisqu'une fraction européenne ne peut transférer leur argent vers un parti national. Annemans va éluder la réponse, car elle est pour lui "sans fondement" .