On a frôlé l'émeute. Etrange idée, il est vrai, que d'improviser au crépuscule une séance photo sur le marché de Duport Road, en lisière de la capitale libérienne Monrovia... Ce samedi de septembre, dès que l'énorme 4×4 japonais de George Weah, unique Ballon d'or africain de l'histoire du football et candidat à la présidentielle, dont le premier tour a eu lieu le 10 octobre, pointe son épais museau entre les échoppes, la foule l'assaille, mue non par la rage, mais par un irrépressible accès de ferveur. Voilà le miniconvoi englué dans une marée humaine, qu'un trio d'agents de sécurité s'échine à endiguer. La sortie éclair que tente " Mister George " ne fait qu'enfiévrer un peu plus la sarabande. " Tu vois, soupire la star au crâne poli comme un galet, promptement repliée dans son vaisseau climatisé, je ne peux même plus sortir de ma maison. Sous peine de tomber dans le piège des citoyens. Ils sont tellement avides de changement... Je n'ai pas le droit de les décevoir. " Pour dérider l'ancien buteur de l'AS Monaco, du Paris Saint-Germain et de l'AC Milan, il faut toute la gouaille des fans qui piaffent dans la lueur de ses phares. Suit un festival de slogans - les uns encensent le demi-dieu des stades, les autres étrillent ses concurrents -, que le champion du Coalition for Democratic Change (CDC), léger embonpoint et lunettes sans monture, scande maintenant en s'esclaffant. Le tout- terrain s'arrache enfin à la cohue. Reste à semer l'escorte pagailleuse que bricole un essaim de motos et de scooters zigzagants. Et à lâcher les plus opiniâtres : quitte à descendre un instant de son piédestal, " King George " baisse sa vitre teintée pour sommer rudement les réfractaires agrippés à la galerie de lâcher l'affaire. Idole, un job exténuant.
...