"Concernant l'accord dit de Sotchi, la désescalade des hostilités au nord-est de la Syrie pourrait sauver des vies et prévenir des souffrances de populations civiles", a commenté Titty Tuppurainen, la ministre finlandaise en charge des Affaires européennes, au terme d'un débat au Parlement européen.

"Dans ce sens, nous l'accueillons comme une tentative pour arriver à la fin du cycle actuel de violences", a-t-elle ajouté.

La ministre a toutefois insisté sur la nécessité d'attendre encore pour vérifier les véritables conséquences de cet accord. Elle a répété la nécessité d'un accord politique négocié "par les Syriens pour les Syriens" sous l'égide des Nations unies, sur base de la résolution 2254 de 2015, et rappelé que des pourparlers débuteront fin du mois à Genève.

Rappelant que l'Union avait déjà condamné l'incursion turque et que les États membres s'étaient engagés à suspendre leurs ventes d'armes à la Turquie, Mme Tuppurainen a aussi demandé de reconnaître la contribution de plusieurs acteurs internationaux au ralentissement des violences, allant jusqu'à citer la visite du duo américain Pence-Pompeo chez le président turc Erdogan en plus de l'accord Poutine-Erdogan.

Mais "il n'y a aucune excuse pour la mort de 200 civils, les bombardements d'hôpitaux et de stations d'épuration d'eau". En outre, l'offensive turque sape la lutte contre l'État islamique, a-t-elle dénoncé. La Turquie, qui "a fait des efforts énormes dans l'accueil de réfugiés", a participé par son offensive à rendre la situation plus "complexe et dramatique". La ministre finlandaise a insisté pour un accès libre à l'aide humanitaire que l'UE continuera de soutenir.

"Ceci éloigne encore la Turquie de l'Union européenne"

Le ton était bien moins conciliant dans les rangs des députés, qui préparent une résolution sur laquelle ils voteront jeudi.

"Ceci éloigne encore la Turquie de l'Union européenne", a commenté le conservateur allemand Michael Gahler pour le PPE. Il a rappelé que le Parlement avait demandé en mars la suspension formelle des négociations d'adhésion avec la Turquie.

Les plus importants groupes politiques du Parlement appellent à prendre des sanctions économiques ciblées contre la Turquie. "Pourquoi ne pas envisager des mesures sur l'importation de produits agricoles turcs, ou la suspension de l'union douanière UE-Turquie ? ", demande M. Gahler.

Pour Kati Piri (S&D), l'accord de Sotchi risque bien de légitimer la présence russe sur la frontière turco-syrienne.

Une zone de sécurité contrôlée par les Nations unies est réclamée par de nombreux eurodéputés.

Pour Hilde Vautmans (Open Vld, Renew Europe), "l'Europe est aux abonnés absents", réduite à un rôle d'observatrice des actions des puissances américaine, russe ou turque. Et ce, alors que "nous devrons assumer les conséquences migratoires et celles de la radicalisation". Elle a aussi appelé à se soucier des plus de 700 enfants européens dans les camps du Kurdistan syrien.

"Où est l'Europe ? ", a embrayé Frédérique Ries (MR, Renew Europe). Elle a stigmatisé l'absence d'un véritable embargo européen sur les exportations d'armes vers la Turquie et appelé à un gel des crédit de pré-adhésion à la Turquie, sans atteindre les populations civiles.

Kris Peeters (CD&V, PPE) est allé dans ce sens. La crise actuelle est un rappel amer à l'UE pour qu'elle développe sa politique migratoire et une Europe de la défense, a-t-il dit en appelant lui aussi à une zone de sécurité sous contrôle de l'ONU.

Les Verts/ALE sont également favorables à des sanctions économiques. La néerlandaise Tineke Strik a cité pour exemple une suspension des accords commerciaux. La belge Saskia Bricmont a appelé à une action coordonnée de l'UE pour rapatrier les enfants des camps.