On vit une époque formidable. L'Europe n'est plus "politique", selon nos nouveaux leaders, elle est "géopolitique". Donc, on sera plus puissants, on fera mieux respecter nos valeurs, et on sauvera le monde avec les Etats-Unis, maintenant qu'ils n'ont plus un président sociopathe. Pour le montrer, on vient de signer un bel accord sur l'investissement avec la Chine.
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On vit une époque formidable. L'Europe n'est plus "politique", selon nos nouveaux leaders, elle est "géopolitique". Donc, on sera plus puissants, on fera mieux respecter nos valeurs, et on sauvera le monde avec les Etats-Unis, maintenant qu'ils n'ont plus un président sociopathe. Pour le montrer, on vient de signer un bel accord sur l'investissement avec la Chine. Des esprits chagrins le critiquent. Sur le plan commercial, la Chine n'est pas renommée pour respecter ses engagements. Beaucoup d'entreprises le confirment (sauf celles qui ont des arrangements locaux avec les dirigeants). Par définition, les dictatures aiment peu les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Cela vaut d'ailleurs à l'Union européenne le plus grand déficit bilatéral du monde. En outre, le gouvernement chinois adore utiliser les sanctions commerciales, même illégales, contre les plus faibles.Sur le plan géopolitique, pour Xi Jinping, le droit international est une anecdote, seule la force compte. Cela vaut pour la mer. La Chine veut accroître son espace contre tous ses voisins: Vietnam, Philippines, Japon... Cela vaut pour la terre, comme le révèle un affrontement local sanglant avec l'Inde, ou la violation du traité sur Hong Kong. Cela vaut aussi pour la liberté d'expression, même en Europe. La Suède a été menacée à répétition (avec une solidarité quasi inexistante de l'Union). Les universitaires sont poursuivis en justice pour avoir publié des rapports sur Huawei. Récemment, l'éditeur allemand Carslen a été attaqué pour un simple livre d'enfant marquant l'origine du coronavirus en Chine. Le livre a été retiré. Cela amène aux droits de l'homme, cible favorite du gouvernement chinois. Démolition de la démocratie à Hong Kong, emprisonnement (et parfois disparition) des médecins qui ont voulu alerter le monde sur la pandémie, enfermement systématique de la population ouïghoure dans des camps, surveillance permanente de l'Internet,... Tout cela fait à l'évidence de la Chine la priorité de l'Europe géopolitique. Pour masquer les réalités, les institutions européennes nous bombardent donc de discours, tweets et communiqués lénifiants. En étalant notre faiblesse, nous prouvons notre force. L'accord est mauvais, mais on en conclura d'autres après. Les clauses sociales et environnementales sont floues, mais ayons confiance. La Chine menace jusqu'à nos écrivains, mais cela prouve son humour. Elle viole ses engagements à répétition, mais c'est pour mieux les respecter plus tard. Au fond de la Cité interdite, Xi Jinping doit être effondré de rire. Nous l'imitons même dans la langue de bois. Il en a d'ailleurs profité pour renforcer immédiatement la répression à Hong Kong (dont les derniers leaders démocratiques, bien plus courageux que les nôtres, plaident contre l'accord). Mais que ne ferait-on pas pour vendre encore une poignée de berlines (souvent allemandes)? Si tout va bien, on pourra même exporter, en plus, quelques seringues pour stériliser les femmes ouïghoures (après tout, la Journée des droits des femmes est passée). Quel superbe héritage spirituel pour Angela Merkel, la célèbre leader du monde libre! Si l'Europe des grandes valeurs est morte, celle des petits profits va à merveille. Une époque formidable, vraiment.