Interrogée par l'hebdo De Groene Amsterdammer, l'avocate néerlandaise Caroline Buisman décrit Karim Khan comme un homme "décisif, courageux, qui n'a pas peur" et en qui elle voit "la combinaison du Pachtoune, du combattant et du Britannique typique." Né à Edimbourg d'une mère sage-femme et d'un père dermatologue originaire du nord-ouest du Pakistan, où les Pachtounes sont majoritaires, Karim Khan aura bien besoin de son courage pour s'emparer des enquêtes en cours à la Cour pénale internationale (CPI). Parmi les plus brûlantes figurent celle sur les crimes de guerre présumés commis par des soldats américains en Afghanistan et une autre sur les frappes aériennes israéliennes et tirs de roquettes palestiniens lors de la guerre de Gaza en 2014. Deux instructions qui ont suscité l'ire des pays concernés - bien que les Etats-Unis et Israël ne soient pas membres de la CPI - et qui auront donc b...

Interrogée par l'hebdo De Groene Amsterdammer, l'avocate néerlandaise Caroline Buisman décrit Karim Khan comme un homme "décisif, courageux, qui n'a pas peur" et en qui elle voit "la combinaison du Pachtoune, du combattant et du Britannique typique." Né à Edimbourg d'une mère sage-femme et d'un père dermatologue originaire du nord-ouest du Pakistan, où les Pachtounes sont majoritaires, Karim Khan aura bien besoin de son courage pour s'emparer des enquêtes en cours à la Cour pénale internationale (CPI). Parmi les plus brûlantes figurent celle sur les crimes de guerre présumés commis par des soldats américains en Afghanistan et une autre sur les frappes aériennes israéliennes et tirs de roquettes palestiniens lors de la guerre de Gaza en 2014. Deux instructions qui ont suscité l'ire des pays concernés - bien que les Etats-Unis et Israël ne soient pas membres de la CPI - et qui auront donc beaucoup de mal à aboutir. Autre sujet sensible: la position à adopter sur la répression de la minorité musulmane ouïghoure par la Chine. Jusqu'ici, la CPI a toujours estimé manquer d'éléments pour parler de crime contre l'humanité. Karim Khan serait donc ce "Britannique typique", flegmatique et éloquent, diplômé en droit au King's College de Londres et admis au barreau anglais en 1992. Un homme dont le parcours ne lui a pas valu que des louanges. Spécialiste du droit international, Khan a entre autres défendu les intérêts de Saïf al-Islam Kadhafi, impliqué dans la répression du soulèvement libyen de 2011, et de l'ex-président libérien Charles Taylor, qui a soutenu la violence en Sierra Leone pendant la guerre civile de 1991 à 2002. Lors de ce procès, l'avocat s'est d'ailleurs fait remarquer par son audace lorsque, contraint par le juge d'assister aux audiences alors qu'il venait d'être licencié par Taylor, il est sorti, affirmant contraire à son code de conduite de représenter un client contre son gré. La plus grande controverse de Khan remonte à 2016, quand il est parvenu à faire abandonner les charges contre le président kenyan Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto, mis en cause suite aux violences ethniques postélectorales de 2007-2008. Son leitmotiv, c'est la justice. Pour tout le monde. Ces trois dernières années, devenu sous-Secrétaire général des Nations unies, l'Ecossais menait une enquête sur les crimes de guerre commis par l'Etat islamique (EI) en Irak. Son rôle? Recueillir sur place preuves et témoignages pouvant être retenus contre des responsables du groupe EI dans le but de leur réserver un procès "à la Nuremberg". Elu procureur général de la CPI en février, il succède à l'Argentin Luis Moreno Ocampo et à la Gambienne Fatou Bensouda pour un mandat de neuf ans non renouvelable. Ses deux combats: convaincre les nations non membres (Etats-Unis, Chine, Israël, Russie...) de le rejoindre dans sa quête de justice, mais aussi redorer le blason d'une institution régulièrement fustigée. Au rayon des critiques: les salaires élevés des juges, une certaine obsession sur les cas africains et la longue durée des procès, dont cinq seulement ont abouti à des condamnations, la CPI acquittant le chef de guerre congolais Jean-Pierre Bemba ou encore l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Khan ambitionne de réformer la juridiction et de remédier à ce qu'il considère comme un "déséquilibre géographique et de genre" au sein de son personnel. Au tournant du XXIe siècle, c'est à la suite de la création des Tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda que la CPI a vu le jour. A chaque fois, Karim Khan en était conseiller juridique. Il n'y a pas de hasard. Que de la justice?