Si le président républicain remporte un second mandat en novembre 2020, "il altérera fondamentalement et pour toujours le caractère de cette nation", a averti l'ex-numéro deux de Barack Obama, dans une vidéo postée en ligne.

"Les valeurs fondamentales de cette nation, notre rang dans le monde, notre démocratie même, tout ce qui a fait l'Amérique est en jeu", a-t-il déclaré.

"Bienvenue dans la course Joe l'endormi", a réagi Donald Trump sur Twitter, reprenant l'un des surnoms dont il l'a affublé.

"J'espère seulement que tu es suffisamment intelligent, ce dont on doute depuis longtemps, pour remporter la campagne de la primaire", a ajouté le locataire de la Maison Blanche.

Le ton est donné.

Dans sa vidéo, Joe Biden revient longuement sur les manifestations néonazies d'août 2017 à Charlottesville, lors desquelles une manifestante antiraciste avait été tuée, et critique vivement Donald Trump, qui avait déclaré à l'époque que "des gens biens" se trouvaient "des deux côtés".

"A ce moment, j'ai su que cette nation était menacée comme jamais" auparavant, a dénoncé Joe Biden.

Grâce notamment à sa grande notoriété et une image de rassembleur modéré, Joe Biden domine déjà depuis des mois les sondages de ce tout début de campagne pour décrocher l'investiture démocrate.

Il est le 20e candidat à briguer la nomination démocrate pour la présidentielle de novembre 2020: un nombre record pour un groupe qui présente aussi une diversité sans précédent.

Pourquoi serait-il le meilleur choix?

"Ce sera aux démocrates d'en décider", a-t-il répondu lors de sa première apparition publique après l'annonce.

Le vainqueur ne pourra compter que "sur ses propres mérites", a encore déclaré Joe Biden aux journalistes qui le suivaient à Wilmington, dans le Delaware, un Etat qu'il a représenté pendant trois décennies au Sénat américain.

Très tactile

Après deux tentatives malheureuses pour les présidentielles de 1988 et 2008 et alors qu'il avait passé son tour en 2016, trop affecté par le décès de l'un de ses fils, Joe Biden a laissé planer le suspense pendant des mois.

Pendant ce temps, sa large avance s'est quelque peu érodée, avec l'entrée en piste de candidats médiatiques aux nouveaux visages --et bien plus jeunes-- comme le maire de South Bend (Indiana) Pete Buttigieg.

Les dernières semaines d'attente ont en outre été assombries par les témoignages de plusieurs femmes qui l'ont accusé de les avoir profondément gênées avec ses marques d'affection.

S'il a promis, face à la polémique, d'"être plus attentif", il ne s'est pas excusé pour autant. Et a même risqué des plaisanteries.

Avec 29,3% des suffrages, le centriste partage un duo de tête avec le sénateur très à gauche Bernie Sanders (23%), selon le site RealClearPolitics.

Puis suivent la sénatrice Kamala Harris (8,3%), Pete Buttigieg (7,5%), la sénatrice progressiste Elizabeth Warren (6,5%) et l'ex-élu du Texas Beto O'Rourke (6,3%).

Barack Obama, par la voix de sa porte-parole, a déclaré que le choix de Joe Biden comme co-listier en 2008 avait été "l'une de ses meilleures décisions".

Mais l'ex-président démocrate s'est gardé de lui apporter un soutien direct, et fait savoir qu'il préférait laisser chaque candidat plaider sa cause auprès des électeurs démocrates. "J'ai demandé au président Obama de ne pas m'apporter son soutien", a affirmé Joe Biden.

Les ralliements d'autres membres de l'establishment démocrate n'ont eux pas tardé à pleuvoir.

" Vieille garde"

Joe Biden aime mettre en avant ses origines modestes dans une Pennsylvanie ouvrière -- où il tiendra un premier meeting de campagne lundi, à Pittsburgh.

Ces racines pourraient lui donner un avantage précieux dans les ex-bassins industriels ayant basculé en faveur de Donald Trump en 2016.

Autre grand atout: Joe Biden reste très populaire parmi la base démocrate.

Mais à la gauche du parti, l'organisation "Justice Democrats" s'est rapidement élevée contre ce "soi-disant centriste".

"La veille garde du parti démocrate n'était pas parvenue à arrêter Trump, on ne peut pas compter sur elle pour mener aujourd'hui la lutte" contre le républicain, a-t-elle taclé.

Sur ses relations avec les Noirs, les femmes ou ses positions sur les armes à feu, M. Biden aura aussi certainement à répondre de plusieurs épisodes et votes controversés émaillant ses 45 ans de carrière politique.