Que vous inspire la situation politique actuelle ?

On semble oublier que le Front national est tout de même à plus de 40 % au deuxième tour dans les sondages
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Je suis très inquiet pour l'avenir de la démocratie. Même si, pour des raisons d'opportunité, François Fillon a adouci son ton à l'égard de la justice, je comprends l'état d'esprit de ceux que choque la convocation judiciaire du candidat de la droite à deux jours de la clôture des parrainages. La date de cette convocation est de nature à fausser le fonctionnement normal de nos institutions, et je m'alarme des conséquences que cela pourrait avoir. Je crains qu'une partie de ces électeurs n'accepte pas ce glissement vers ce qu'on appelle le gouvernement des juges. Il y a une dizaine d'années, je m'étais alarmé dans une tribune au journal Le Monde que son directeur d'alors, M. Colombani, nous vante " la judiciarisation de l'espace public et le règne de l'opinion comme le sommet inégalé de la régulation des sociétés démocratiques, en passant par pertes et profits les ravages qu'exerce le préjugé ". Je n'y voyais déjà rien de tel : " L'étroit concubinage de la justice et des médias a entraîné la désuétude du secret de l'instruction et de la présomption d'innocence, le tribunal devenant bien souvent pilori ", écrivais-je. Je ne changerais pas un mot aujourd'hui. Je pense que le parquet national financier a pris son temps, contrairement aux juges qu'il a désignés. Une convocation deux jours avant la clôture des parrainages, voilà qui pose problème. Et n'en déduisez pas que je soutiens pour autant le programme économique de François Fillon, ni la regrettable confusion qu'il fait entre " islamique " et " islamiste ". Ma réflexion porte sur le fonctionnement de notre démocratie : la république, c'est d'abord le suffrage universel et la sérénité avec laquelle les citoyens doivent pouvoir s'exprimer. Oui, je la crains. On semble oublier que le Front national est tout de même à plus de 40 % au deuxième tour dans les sondages. Tout cela devrait imposer à chacun un minimum de déontologie et de sens des responsabilités. Entretien : Anne Rosencher.