Les Nations unies n'ont plus le même pouvoir qu'auparavant. Le multilatéralisme a du plomb dans l'aile et l'assemblée générale traditionnelle de septembre a davantage les allures d'une foire d'empoigne que chacun utilise comme une tribune politique, surtout à usage domestique. Ainsi va l'air du temps... Au vu de l'actuelle cuvée, ce rendez-vous a toutefois le mérite d'éclairer de façon très crue les choix fondamentaux de notre époque. Et de nous inviter à choisir notre camp.

On peut certes disserter sans fin sur la prétendue "manipulation" de Greta Thunberg, cette jeune activiste pour le climat, émettre des doutes sur ses connaissances réelles (franchement, elle n'a que 16 ans !) ou encore sur la vision plutôt radicale (version décroissance) qu'elle défendrait. Son interpellation aux dirigeants du monde sous la forme d'un "comment osez-vous ?" vaut pourtant bien des "j'accuse" ou des "indignez-vous" d'une autre époque. Venu du fond de son coeur d'adolescente, ce message mérite d'être salué, relayé, appuyé ou, si on le désapprouve, au moins respecté. Les attaques personnelles dont la Suédoise fait l'objet sont pénibles, tant elles peinent à cacher les intérêts de puissants dérangés dans leur confort, ici et maintenant, par sa croisade.

Greta Thunberg ne serait donc qu'une "jeune fille très heureuse qui regarde vers un brillant et merveilleux avenir" pour reprendre les mots ironiques du président américain, Donald Trump ? La jeune fille a répondu d'une façon qui l'honore, avec humour, en reprenant ces termes pour se présenter sur les réseaux sociaux. Mais ne serait-on pas en droit d'attendre autre chose du responsable de la principale puissance de la planète ? Les rapports d'experts se multiplient pour mettre en garde contre les effets du dérèglement climatique et Trump ne cesse de parader, de se présenter en victime face aux attaques des démocrates, sans jamais penser aux lendemains. Les images télévisées de son arrivée prétentieuse forçant la jeune Suédoise à se retrancher sur le côté valent plus qu'un long discours. Peut-on dire à quel point son arrogance est insupportable ?

Je suis Greta Thunberg parce que je trouve remarquable que des jeunes se mobilisent courageusement pour leur avenir. Je suis Greta Thunberg parce qu'elle est devenue un symbole que l'on attaque trop facilement à titre personnel. Je suis Greta Thunberg parce que le combat climatique, même s'il est parfois catastrophiste, représente la nécessaire prise de conscience du respect de la terre et de TOUS ceux qui l'habitent. N'en déplaise à Monsieur Trump et à sa fierté d'être redevenu le premier producteur mondial d'énergie...

La tribune des Nations unies a aussi permis au président américain de faire l'étalage de toute sa puissance en défendant les "patriotes" et en mettant sur la table la puissance de feu américaine. "En espérant ne jamais devoir en faire usage..." : c'est vrai, n'oublions pas qu'il s'est autopropulsé candidat au prix Nobel de la Paix... Son message est un appel aux nationalistes de tous les pays pour serrer les rangs. Oui, c'est la marée montante partout dans le monde et, oui, il risque bien d'être réélu en novembre 2020 si aucune procédure de destitution n'aboutit d'ici là.

L'intervention de Charles Michel, notre Premier ministre sortant et président élu du Conseil européen, était certes moins percutante. Mais elle avait le mérite de regarder l'avenir en face et de ne pas faire l'autruche. Il a salué le "cri du coeur adressé à nos consciences par les jeunes générations" et a rappelé que les défis de l'heure - qu'ils soient climatiques mais aussi migratoires, économiques ou démocratiques - nécessitaient une réponse multilatérale. Pas même une grande puissance comme les Etats-Unis ne pourra y faire face seule, a-t-il insisté. Ce n'est certes pas le discours majoritaire du moment, mais c'est un appel au courage de chacun.

Je suis Charles Michel parce qu'il faut tenir compte de la complexité du monde et ne pas tomber dans les simplismes populistes. Je suis Charles Michel parce que je crois à la coopération, au dialogue, à l'intelligence collective. Je suis Charles Michel parce que l'Europe doit défendre plus que jamais ses valeurs de tolérance et d'humanisme dans un monde pétri de tensions.

N'en déplaise aux ironies faciles, je suis Greta Thunberg et Charles Michel parce que l'on ne peut pas rester les bras croisés face aux périls qui nous menacent. Cela n'empêche pas de profiter de l'instant, rassurez-vous. Ni d'être nuancé par rapport aux réponses à imaginer ensemble. Mais les lignes ne bougeront que si l'on écoute les appels à se retrousser les manches. Ensemble. Dans le respect.