Selon des analyses ADN du foulard, l'assassin serait un immigré déséquilibré de 23 ans, tailleur et/ou coiffeur, Aaron Kosminski. Reste que la validité de cette identification pose problème.
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Selon des analyses ADN du foulard, l'assassin serait un immigré déséquilibré de 23 ans, tailleur et/ou coiffeur, Aaron Kosminski. Reste que la validité de cette identification pose problème.Tout commence en 2007, lorsqu'un homme d'affaires britannique, le détective amateur Russell Edwards, fait l'acquisition d'un châle rouge ayant (d'après son propriétaire) appartenu à un policier ayant enquêté sur l'affaire de "Jack the ripper". Le (pas très fin) limier londonien aurait récupéré l'élégante étole ensanglantée sur le lieu du meurtre de Catherine Eddowes, pour l'offrir à son épouse, qui n'en a jamais voulu. Problème : le procès verbal établi par la police fait état de vingt-huit objets trouvés sur et auprès de l'infortunée Kate Eddowes. Le foulard rouge n'en fait pas partie. Trahi par son sperme ?Mais qu'importe. Pour celui qui vient d'acquérir l'étole, tout cela n'est que détail. Russell s'associe avec le Dr. Jari Louhelainen, spécialiste en biologie moléculaire, à l'Université John Moores de Liverpool, pour soumettre le châle à une analyse d'ADN. Sept ans plus tard, en 2014, les résultats tombent : Russell Edwards les publie dans son livre "Naming Jack the ripper" ("Identifier Jack l'éventreur"), qui fait sensation. Le businessman y affirme que le tueur de Whitechapel était un immigré instable polonais, Aaron Kosminskivi, connu de la police pour des violences commisses sur des femmes. L'homme - qui sera hospitalisé à vie dans un hôpital psychiatrique, peu après les meurtres, vivait non loin de l'épicentre des crimes, le quartier ouvrier de Whitechapel, la zone la plus pauvre de Londres. Voilà tout ce qui relie Kosminski aux cinq meurtres terribles de 1888 : son adresse, son passif criminel et ce châle sorti d'on ne sait où. C'est maigre. Mais voilà qu'en ce début 2019, le même nom, celui de Aaron Kosminski, revient à nouveau sur le devant de la scène, via deux études publiées dans les revues "Science" et "Forensic sciences". Pas si étonnant : aux manettes génétiques, on retrouve le Dr. Louhelainen, qui a, cette fois, fait équipe avec un expert en génétique, spécialisé dans le sperme, David Miller, de l'Université de Leeds (une trace de sperme ayant été détectée sur le tissu). Reste que l'"identification" ne convainc guère la communauté scientifique, qui insiste : le châle n'a aucune validité dans l'enquête et les résultats publiés, basés sur l'étude de l'ADN mitochondrial, sont trop peu documentés. Autre souci : un ADN vieux de 131 ans peut-il vraiment être fiable ?Le meurtrier de Whitechapel risque de devoir se contenter encore un moment du surnom "Jack the ripper" (issu de l'une des 210 lettres, non authentifiées et envoyées à Scotland Yard, signée "Jack the ripper"). Quant aux victimes, alors qu'il semblait établi qu'il s'agissait toutes de prostituées, voilà que l'historienne britannique Hallie Rubenhold jette un pavé dans la mare, en affirmant, dans son livre "The Five", que ces femmes n'étaient pas des filles de joie, mais qu'à l'époque, les médias mettaient dans le même sac femmes SDF et prostituées, sous-entendant que les victimes "l'avaient bien cherché". Quatre des victimes étaient, d'après le Dr. Rubenhold, des pauvresses alcooliques sans-abri, toutes âgées de plus de 40 ans, un âge, à l'époque, peu propice à la prostitution. Ces femmes auraient été étranglées pendant leur lourd sommeil alcoolisé, ce qui expliquerait l'étonnant silence et l'absence de lutte ayant marqué ces assassinats. La seule victime qui détonne, dans ce sinistre tableau, est la dernière, Kelly, âgée de seulement 25 ans, la seule à ne pas avoir été tuée dans la rue et la seule aussi à porter la mention "prostituée" sur son certificat de décès...