Après 500 jours de crise et trois élections législatives, Israël s'est doté le dimanche 17 mai d'un gouvernement d'union nationale qui sera dirigé jusqu'au 17 novembre 2021 par le Premier ministre sortant de droite Benjamin Netanyahou et, au-delà, par son rival du centre Benny Gantz, celui-là même qui l'a privé d'un cinquième mandat en leader incontestable. " Le peuple veut un gouvernement d'union et c'est ce qu'il a obtenu ", a assuré le leader du Likoud à la tribune de la Knesset, le Parlement. Il n'est pas sûr cependant que les Israéliens aient imaginé que ce souhait, motivé par la lutte contre l'épidémie de coronavirus, devait se traduire par une équipe pléthorique de 34 membres, appelée à monter à 36 après la crise sanitaire.
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Après 500 jours de crise et trois élections législatives, Israël s'est doté le dimanche 17 mai d'un gouvernement d'union nationale qui sera dirigé jusqu'au 17 novembre 2021 par le Premier ministre sortant de droite Benjamin Netanyahou et, au-delà, par son rival du centre Benny Gantz, celui-là même qui l'a privé d'un cinquième mandat en leader incontestable. " Le peuple veut un gouvernement d'union et c'est ce qu'il a obtenu ", a assuré le leader du Likoud à la tribune de la Knesset, le Parlement. Il n'est pas sûr cependant que les Israéliens aient imaginé que ce souhait, motivé par la lutte contre l'épidémie de coronavirus, devait se traduire par une équipe pléthorique de 34 membres, appelée à monter à 36 après la crise sanitaire. La coalition Likoud-partis ultra- orthodoxes et l'alliance Bleu et Blanc-formations de gauche se répartissent paritairement les postes ministériels. Les finances, la santé, la sécurité publique, les affaires des implantations, entre autres, reviennent au parti de Benjamin Netanyahou alors que le parti Shas hérite de l'Intérieur et le Judaïsme unifié de la Torah du Logement et de la Construction. La Défense, dévolue à Benny Gantz, les Affaires étrangères, la Justice, le Tourisme sont confiés à des personnalités centristes tandis que l'Economie et l'industrie, les Affaires sociales et le travail échoient au Parti travailliste. Le 35e gouvernement israélien consacre deux premières : l'accession à un poste de ministre de la première femme ultraorthodoxe, Omer Yankelevich (affaires de la diaspora), et de la première originaire d'Ethiopie, Pnina Tamano-Shata (Immigration et absorption), toutes deux issues de la formation Résilience d'Israël, créée par Benny Gantz. A ses soutiens qui justifient la pluralité de l'équipe gouvernementale par l'urgence sanitaire, d'autres, comme l'eurodéputé français Renew Bernard Guetta, répondent en la résumant à " une salade russe dans laquelle on ne voit pas de ligne politique ". Il y a pourtant un chantier, le plus important de son programme, qui réunit les deux grandes composantes de ce gouvernement, c'est l'annexion de zones de la Cisjordanie. Il devrait en lancer le processus à partir du 1er juillet, encouragé en cela par le plan de résolution du conflit israélo-palestinien présenté le 28 janvier dernier par Donald Trump. Mais beaucoup d'incertitudes demeurent sur l'opportunité d'y recourir maintenant tant le dossier est sensible et les conséquences imprévisibles, au point de susciter des appels à la retenue, y compris implicitement dans le chef du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, en visite le 13 mai à Jérusalem. Il est étonnant de constater que le précédent d'un " gouvernement d'union nationale " dans l'histoire d'Israël remonte au Premier ministre Levi Eskhol (juin 1963-février 1969) du Mapai (Parti des travailleurs d'Israël), qui ouvrit son troisième gouvernement à Moshe Dayan, de gauche, et à Menahem Begin, de droite, dans le contexte de la guerre des Six-Jours. Celle-là même qui permit en 1967 à Israël d'élargir son territoire au plateau du Golan syrien, à Gaza et au Sinaï égyptien, à Jérusalem-Est et à la Cisjordanie, alors sous tutelle de la Jordanie. Jérusalem-Est et le Golan fournissent les deux processus antérieurs d'annexion par Israël de territoires conquis aux Arabes. Le 30 juillet 1980, la Knesset votait une loi fondamentale établissant Jérusalem " entière et unifiée ", y compris donc sa partie orientale, comme capitale de l'Etat hébreu. Et le 14 décembre 1981, c'était au tour du plateau du Golan, territoire méridional de la Syrie, d'être annexé unilatéralement. A chaque fois, des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ont condamné les décisions israéliennes, considérées comme des violations de la fameuse résolution 242 qui enjoint les Israéliens de se retirer des terres conquises lors de la guerre de 1967. Cinquante ans plus tard, un autre gouvernement d'union nationale s'est donc donné pour mission " d'écrire un nouveau chapitre dans l'histoire du sionisme " et " d'annexer des pans de la Cisjordanie, ces territoires [...] où le peuple juif est né et s'est développé ", selon les termes de Benjamin Netanyahou dans son discours d'intronisation le 17 mai devant les députés. Et cette fois-ci, les Etats-Unis brandiront leur veto à toute résolution condamnant Israël. Depuis que Donald Trump s'est installé à la Maison-Blanche, la politique américaine au Proche-Orient a quitté les travées de la médiation pour s'engouffrer dans un soutien inconditionnel aux attentes israéliennes. Le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu fin 2017 et a déplacé en conséquence son ambassade de Tel Aviv à la Ville Sainte en mai de l'année suivante. Il a validé l'annexion du plateau du Golan en mars 2019. Et en novembre de la même année, son secrétaire d'Etat Mike Pompeo signifiait que " l'établissement de colonies de civils israéliens en Cisjordanie n'est pas en soi contraire au droit international ". Il préfigurait ainsi l'orientation du " plan de paix américain " présenté en janvier 2020 : satisfaction immédiate des revendications israéliennes, report et conditionnalité des réponses aux demandes palestiniennes. Mais la Cisjordanie surpeuplée n'est pas le plateau du Golan inhospitalier. L'annexion de certaines colonies et de la vallée du Jourdain frontalière avec la Jordanie fragiliserait considérablement le voisin oriental d'Israël. Le vendredi 15 mai, le roi Abdallah a d'ailleurs prévenu d'un " conflit majeur " en cas d'application du plan d'annexion, qui pourrait remettre en cause l'accord de paix bilatéral de 1994. Or, il est une autre conséquence que même les services de sécurité israéliens redoutent, c'est l'effondrement de l'Autorité palestinienne. Arrêt de la coopération sécuritaire, nouvelle intifada, menaces sur les territoires annexés et sur Israël... : la nouvelle donne imposerait, côté israélien, un engagement militaire de terrain au coût exorbitant. Une majorité d'Israéliens sont apparemment prêts à en payer le prix. Une telle escalade est-elle inévitable ? Certains pays au sein de l'Union européenne espèrent peser sur la décision. Mais une note du Service européen pour l'action extérieure, dévoilée par Le Monde, révèle que les Vingt-Sept ne s'accorderaient même pas sur des sanctions si Israël bafouait une nouvelle fois le droit international.