Donald Trump est un malin. Son électeur moyen se contrefiche de l'avenir du Moyen-Orient. Mais s'il y a un épisode dont il se remémore dans cette région du monde, c'est celui de l'humiliante prise d'otages des diplomates et civils de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. En promettant la destruction de 52 sites iraniens (un par citoyen américain détenu pendant 444 jours il y a quarante ans) si le régime de Téhéran réplique à l'assassinat du général Soleimani le 3 janvier à Bagdad, qui répondait à l'attaque de la représentation américaine par des milices proiraniennes, il sait qu'il va toucher une fibre patriotique et renvoyer ses opposants démocrates au fiasco de l'opération de sauvetage qu'avait ordonnée à l'époque le président Jimmy Carter.

La dimension symbolique de la fragilisation de l'hyperpuissance par l'assaut d'une de ses ambassades a sans doute motivé la décision, que l'on peut juger disproportionnée, du président américain de frapper un des plus hauts dirigeants iraniens, le général Qassem Soleimani. Car s'il a réussi ainsi à éliminer l'architecte des opérations extérieures, y compris terroristes, de l'Iran, il a aussi transformé, aux yeux des Iraniens et des chiites de par le monde, un des artisans de la "non-défaite" de l'Iran lors de la guerre avec l'Irak entre 1980 et 1988, en un glorieux martyr, ce qui n'est pas rien dans l'islam chiite. Et cela, alors même que son crédit était terni par la répression sanglante de novembre dernier contre les manifestants iraniens dénonçant une hausse du prix des carburants. Résultat : un regain du sentiment d'unité en Iran et parmi les chiites irakiens, divisés sur le rôle du régime de Téhéran dans leur pays.

A force de jouer avec les symboles, les ressorts nationalistes des peuples et les ego de leurs dirigeants, on se retrouve sur le fil du rasoir où une situation peut vite basculer. Car, à ce stade, ni les Américains ni les Iraniens n'ont intérêt à se lancer dans une guerre ouverte. Si c'était le cas, Donald Trump trahirait sa promesse de désengager l'Amérique d'un maximum de conflits, n'en retirerait aucun dividende pour l'élection présidentielle de novembre prochain, voire en subirait les conséquences néfastes si le conflit provoquait une récession mondiale et la mort d'un nombre élevé de GI's. Aujourd'hui, il peut se vanter d'avoir supprimé les deux plus grands promoteurs du terrorisme antiaméricain en activité, Abou Bakr al-Bagdadi et Qassem Soleimani, là où Barack Obama n'a éradiqué qu'un retraité, Oussama Ben Laden.

Le Guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, lui, peut, en réactivant les vieux poncifs antiaméricains de la révolution de 1979, ressouder son peuple derrière un objectif commun, lui faire accepter de nouveaux sacrifices et renforcer le contrôle sécuritaire sur lui. De surcroît, les événements de Bagdad ont remisé aux oubliettes la contestation anti-iranienne qui a agité la communauté chiite d'Irak depuis l'automne 2019.

La crise pourrait donc s'arrêter là, chaque dirigeant y trouvant son compte sur le dos des populations de la région et faisant fi des préjudices immédiats, la relance du programme nucléaire iranien ou l'affaiblissement du combat contre Daech. Sauf que l'Iran, ainsi humilié, ne peut pas ne pas réagir. Il est entré dans cette nouvelle phase de la confrontation en tirant des missiles sur deux bases américaines d' Irak dans la nuit de mardi à mercredi (80 Américains tués, selon Téhéran, aucun, d'après Washington). A ce stade (si le bilan donné par les Iraniens est bien infirmé), cette réplique n'excède pas le cadre proportionnel qui pourrait être communément admis et préserve donc les chances d'apaisement. Mais c'est sur un temps plus long et à la lumière de l'ampleur et de la nature d'éventuelles autres représailles que l'on pourra juger l'impact de cette poussée de fièvre sur la survie de centaines de personnes et le prix de notre plein d'essence.

Donald Trump est un malin. Son électeur moyen se contrefiche de l'avenir du Moyen-Orient. Mais s'il y a un épisode dont il se remémore dans cette région du monde, c'est celui de l'humiliante prise d'otages des diplomates et civils de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. En promettant la destruction de 52 sites iraniens (un par citoyen américain détenu pendant 444 jours il y a quarante ans) si le régime de Téhéran réplique à l'assassinat du général Soleimani le 3 janvier à Bagdad, qui répondait à l'attaque de la représentation américaine par des milices proiraniennes, il sait qu'il va toucher une fibre patriotique et renvoyer ses opposants démocrates au fiasco de l'opération de sauvetage qu'avait ordonnée à l'époque le président Jimmy Carter.La dimension symbolique de la fragilisation de l'hyperpuissance par l'assaut d'une de ses ambassades a sans doute motivé la décision, que l'on peut juger disproportionnée, du président américain de frapper un des plus hauts dirigeants iraniens, le général Qassem Soleimani. Car s'il a réussi ainsi à éliminer l'architecte des opérations extérieures, y compris terroristes, de l'Iran, il a aussi transformé, aux yeux des Iraniens et des chiites de par le monde, un des artisans de la "non-défaite" de l'Iran lors de la guerre avec l'Irak entre 1980 et 1988, en un glorieux martyr, ce qui n'est pas rien dans l'islam chiite. Et cela, alors même que son crédit était terni par la répression sanglante de novembre dernier contre les manifestants iraniens dénonçant une hausse du prix des carburants. Résultat : un regain du sentiment d'unité en Iran et parmi les chiites irakiens, divisés sur le rôle du régime de Téhéran dans leur pays. A force de jouer avec les symboles, les ressorts nationalistes des peuples et les ego de leurs dirigeants, on se retrouve sur le fil du rasoir où une situation peut vite basculer. Car, à ce stade, ni les Américains ni les Iraniens n'ont intérêt à se lancer dans une guerre ouverte. Si c'était le cas, Donald Trump trahirait sa promesse de désengager l'Amérique d'un maximum de conflits, n'en retirerait aucun dividende pour l'élection présidentielle de novembre prochain, voire en subirait les conséquences néfastes si le conflit provoquait une récession mondiale et la mort d'un nombre élevé de GI's. Aujourd'hui, il peut se vanter d'avoir supprimé les deux plus grands promoteurs du terrorisme antiaméricain en activité, Abou Bakr al-Bagdadi et Qassem Soleimani, là où Barack Obama n'a éradiqué qu'un retraité, Oussama Ben Laden.Le Guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, lui, peut, en réactivant les vieux poncifs antiaméricains de la révolution de 1979, ressouder son peuple derrière un objectif commun, lui faire accepter de nouveaux sacrifices et renforcer le contrôle sécuritaire sur lui. De surcroît, les événements de Bagdad ont remisé aux oubliettes la contestation anti-iranienne qui a agité la communauté chiite d'Irak depuis l'automne 2019. La crise pourrait donc s'arrêter là, chaque dirigeant y trouvant son compte sur le dos des populations de la région et faisant fi des préjudices immédiats, la relance du programme nucléaire iranien ou l'affaiblissement du combat contre Daech. Sauf que l'Iran, ainsi humilié, ne peut pas ne pas réagir. Il est entré dans cette nouvelle phase de la confrontation en tirant des missiles sur deux bases américaines d' Irak dans la nuit de mardi à mercredi (80 Américains tués, selon Téhéran, aucun, d'après Washington). A ce stade (si le bilan donné par les Iraniens est bien infirmé), cette réplique n'excède pas le cadre proportionnel qui pourrait être communément admis et préserve donc les chances d'apaisement. Mais c'est sur un temps plus long et à la lumière de l'ampleur et de la nature d'éventuelles autres représailles que l'on pourra juger l'impact de cette poussée de fièvre sur la survie de centaines de personnes et le prix de notre plein d'essence.