Le comité du patrimoine de Téhéran a annoncé cette semaine avoir retrouvé un squelette momifié sur le site d'une ancienne tombe du Chah, évoquant la possible découverte du corps de l'empereur d'Iran, Reza Shah, recherché depuis des décennies. Aucune preuve formelle ne prouve que le corps découvert soit bien celui du Chah, mais l'endroit où a été découverte la momie et la ressemblance particulièrement troublante entre cette dernière et une photo de Reza Shah juste avant son enterrement renforce les soupçons.

Dans la presse locale, les informations sont controversées. Certains médias proches du pouvoir rejettent l'idée que le corps momifié découvert soit celui de l'ancien empereur, mais d'autres sources craignent que ces démentis soient plutôt liés à la peur qu'une nostalgie royaliste refasse surface au moment où la République islamique essaie de consolider ce qu'elle a mis sur pied depuis la révolution il y a près de 40 ans. La dynastie des Pahlavi est un sujet sensible pour les dirigeants religieux iraniens, qui s'inquiètent de leur popularité croissante parmi les jeunes sans la mémoire de la révolution et de l'ancien régime.

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Abbas Milani, directeur des étudies iraniennes à l'université de Stanford, déclare dans The Guardian que la découverte du corps du Chah serait un "cauchemar" pour le régime iranien, car ce serait "le testament que l'histoire n'est pas écrite par des autorités équipées de forces, d'hypocrisie, de pelles et de bulldozers."

Le mausolée en question a été détruit après la révolution de 1979 qui a transformé l'Iran en République islamique. Les autorités islamiques avaient tout fait à l'époque pour effacer les traces de la monarchie Pahlavi qu'elles avaient renversée. Elles avaient notamment détruit, dans le sud de Téhéran, la tombe de Reza Chah Pahlavi, l'homme fort de l'armée qui avait pris le contrôle du pays dans les années 1920 et abdiqué en faveur de son fils en 1941, sous la pression des Britanniques.

Malgré les efforts déployés, le corps du Chah n'a jamais été retrouvé. Le directeur du Comité du patrimoine culturel et du tourisme du Conseil de Téhéran a indiqué qu'il était "possible" que le corps soit celui de Reza Chah Pahlavi. "Cela sera examiné par les organes responsables", a-t-il indiqué. Le bureau de presse du sanctuaire Abdol Azim a affirmé de son côté qu'il ne s'agissait que d'une "rumeur". "La zone entourant le sanctuaire était auparavant un cimetière. Découvrir un corps dans cette zone est donc naturel", a déclaré son directeur des relations publiques, Mostafa Ajoorloo cité par Le Figaro. Les autorités déclarent que des analyses ADN sont nécessaires afin de découvrir la véritable identité du corps.

Transparence

Sous le Chah, malgré son pouvoir despotique, l'Iran a connu une modernisation à grande échelle. On lui doit le changement du nom "Perse" en "Iran" en 1935. Il a notamment permis la construction de chemins de fer, il a amélioré le système d'éducation et engrangé une certaine forme d'émancipation de la population en instaurant des codes de lois et de société inspirés de leurs équivalents européens. Sous son règne, les tchadors étaient interdits et les hommes étaient habillés comme les Occidentaux.

Mais d'un autre côté, on lui reproche d'avoir imposé ces changements avec fermeté et force. La population est très critique face à son attitude vis-à-vis des traditions locales. De nombreux religieux s'offusquaient de l'interdiction proclamée du voile.

En 1941, l'Iran, suspecté de collaborer avec l'Allemagne, en pleine Seconde Guerre Mondiale, est envahi par les troupes alliées, qui l'occupent pendant quatre ans et déposent le vieil empereur. Son fils Mohammad Reza lui succède jusqu'à être renversé par la révolution islamique en 1979. Le Chah est ensuite exilé par les Britanniques qui l'envoient à l'île Maurice, puis à Johannesburg, en Afrique du Sud, où il mourra. Son corps est alors envoyé en Egypte, où il est momifié, avant d'être déplacé à Téhéran dans un mausolée.

Le petit-fils du Chah, Reza Pahlavi, actuellement un des meneurs de l'opposition à la République islamique, a tweeté qu'il suivait de près ces informations concernant la dépouille de son grand-père. Il a ainsi mis fin à la rumeur qui disait que la dépouille du Chah avait été sortie d'Iran après la révolution par sa famille. "Nous enquêtons là-dessus et nous espérons de la transparence dans les prochains jours à ce sujet", déclare-t-il sur Twitter. " Je mets en garde les autorités (en Iran) d'en faire un secret et de ne pas se montrer transparents dans la gestion de cette affaire."

Ce qui est arrivé à la momie après sa découverte reste un mystère. Certaines sources avancent qu'elle aurait été à nouveau enterrée.