Un mouvement spontané

Tout a commencé le 1er octobre dernier, après des appels sur les réseaux sociaux dont les origines ne sont toujours pas connues.

Les défilés, d'abord modestes, ont enflé alors que le bilan s'alourdissait. En une semaine, officiellement, 157 personnes étaient tuées par balles, quasiment toutes des manifestants à Bagdad.

Le bilan: près de 550 morts et 30.000 blessés mais les campements antipouvoir sont toujours là

Après trois semaines de pause pour le plus grand pèlerinage chiite du monde, le 25 octobre, premier anniversaire du gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, les rues se remplissaient de manifestants conspuant tout à la fois la corruption, les services publics déliquescents, le pouvoir à Bagdad et son parrain iranien, voisin de plus en plus influent dans le pays.

Depuis, le bilan a grimpé à près de 550 morts et 30.000 blessés mais les campements antipouvoir sont toujours là.

Manifestations à Bagdad, 2020 © Getty Images

Toutes classes confondues

Sur la place Tahrir, épicentre de la contestation à Bagdad, comme ailleurs, toutes les classes sociales se sont mélangées. Majoritairement jeunes, les manifestants sont également presque tous chiites.

Là, l'étudiant a sympathisé avec le chauffeur de touk-touk des quartiers malfamés, les filles et les garçons se sont mêlés. Professeurs et élèves ont discuté sur un pied d'égalité. Diplômés, chômeurs et artistes engagés ont échangé.

Des manifestants sont sortis à Bagdad et dans les villes du Sud, chiite et tribal,--les provinces sunnites ravagées par les jihadistes puis la guerre pour les déloger, n'osant pas prêter le flanc à une nouvelle répression.

Le Kurdistan, région septentrionale, est traditionnellement à l'écart des mouvements sociaux lancés plus au sud.

Dans le Sud agricole, les tribus et leurs réseaux ancestraux ont joué un rôle majeur, notamment pour contrer la violence faite aux manifestants.

Manifestations à Bagdad, 2020 © Getty Images

Sadr, l'ancien allié crucial, désormais ennemi?

Dès les premiers jours, alors que le pouvoir, ébranlé, s'arc-boutait face aux manifestants, l'un de ses piliers, le turbulent leader chiite Moqtada Sadr quittait le navire.

Il mettait tout son poids --et ses très nombreux partisans-- derrière le mouvement, grossissant les rangs des défilés et brisant la coalition gouvernementale.

Depuis, le grand ayatollah Ali Sistani a forcé le gouvernement à jeter l'éponge.

Mais lorsque les partis politiques se sont mis d'accord sur un successeur à M. Abdel Mahdi, les manifestants ont découvert que Sadr soutenait lui aussi le Premier ministre désigné Mohammed Allawi.

Depuis, les défilés sont plus maigres et la "révolution d'octobre" fracturée: les affrontements entre manifestants antipouvoir et sadristes à "casquettes bleues", --leur uniforme devenu leur surnom--, ont déjà fait huit morts.

Sur les réseaux sociaux, brisant un tabou, les Irakiens se moquent désormais ouvertement de l'ancien chef de milice toujours coiffé du turban noir des descendants du prophète Mahomet et de ses nombreuses volte-faces.

Tentant de recoller les morceaux, Sadr a annoncé mardi dissoudre ses "casquettes bleues".

Quelle issue?

Les manifestants vivent depuis des mois sous la menace d'une vaste campagne d'intimidation --22 assassinats, des dizaines d'enlèvements et des menaces distribuées à des centaines de militants.

Les autorités, elles, assurent travailler à des élections anticipées --selon une loi électorale qui doit encore être ratifiée par le président et qui ne satisfait pas entièrement les manifestants. Cette unique réforme est bien loin de leurs revendications premières demandant la "chute du régime" tout entier.

Mais sur les places d'Irak, aucune organisation n'a émergé jusqu'ici. Sans leaders, le mouvement ne s'est ni structuré ni accordé sur des objectifs ou les points gagnés ou encore à défendre.

En face, les sadristes disent vouloir donner sa chance à M. Allawi.

Mais le coup le plus dur porté au mouvement est venu de l'extérieur. Téhéran et Washington ont exporté sur le sol irakien leur conflit larvé et l'assassinat à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien Abou Mehdi al-Mouhandis ont changé la donne.

Les pro-Iran ont pu relancer leur campagne anti-Américains et la menace d'un conflit ouvert sur le sol irakien a détourné les regards de la révolte populaire.

La place Tahrir n'a plus été vue noire de monde depuis lors.

Mais Moustapha, un jeune étudiant sur la place, jure lui de rester, car "l'Irak est plus important que les études".

Un mouvement spontanéTout a commencé le 1er octobre dernier, après des appels sur les réseaux sociaux dont les origines ne sont toujours pas connues. Les défilés, d'abord modestes, ont enflé alors que le bilan s'alourdissait. En une semaine, officiellement, 157 personnes étaient tuées par balles, quasiment toutes des manifestants à Bagdad. Après trois semaines de pause pour le plus grand pèlerinage chiite du monde, le 25 octobre, premier anniversaire du gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, les rues se remplissaient de manifestants conspuant tout à la fois la corruption, les services publics déliquescents, le pouvoir à Bagdad et son parrain iranien, voisin de plus en plus influent dans le pays.Depuis, le bilan a grimpé à près de 550 morts et 30.000 blessés mais les campements antipouvoir sont toujours là.Toutes classes confonduesSur la place Tahrir, épicentre de la contestation à Bagdad, comme ailleurs, toutes les classes sociales se sont mélangées. Majoritairement jeunes, les manifestants sont également presque tous chiites.Là, l'étudiant a sympathisé avec le chauffeur de touk-touk des quartiers malfamés, les filles et les garçons se sont mêlés. Professeurs et élèves ont discuté sur un pied d'égalité. Diplômés, chômeurs et artistes engagés ont échangé.Des manifestants sont sortis à Bagdad et dans les villes du Sud, chiite et tribal,--les provinces sunnites ravagées par les jihadistes puis la guerre pour les déloger, n'osant pas prêter le flanc à une nouvelle répression.Le Kurdistan, région septentrionale, est traditionnellement à l'écart des mouvements sociaux lancés plus au sud.Dans le Sud agricole, les tribus et leurs réseaux ancestraux ont joué un rôle majeur, notamment pour contrer la violence faite aux manifestants.Sadr, l'ancien allié crucial, désormais ennemi?Dès les premiers jours, alors que le pouvoir, ébranlé, s'arc-boutait face aux manifestants, l'un de ses piliers, le turbulent leader chiite Moqtada Sadr quittait le navire.Il mettait tout son poids --et ses très nombreux partisans-- derrière le mouvement, grossissant les rangs des défilés et brisant la coalition gouvernementale.Depuis, le grand ayatollah Ali Sistani a forcé le gouvernement à jeter l'éponge.Mais lorsque les partis politiques se sont mis d'accord sur un successeur à M. Abdel Mahdi, les manifestants ont découvert que Sadr soutenait lui aussi le Premier ministre désigné Mohammed Allawi.Depuis, les défilés sont plus maigres et la "révolution d'octobre" fracturée: les affrontements entre manifestants antipouvoir et sadristes à "casquettes bleues", --leur uniforme devenu leur surnom--, ont déjà fait huit morts.Sur les réseaux sociaux, brisant un tabou, les Irakiens se moquent désormais ouvertement de l'ancien chef de milice toujours coiffé du turban noir des descendants du prophète Mahomet et de ses nombreuses volte-faces.Tentant de recoller les morceaux, Sadr a annoncé mardi dissoudre ses "casquettes bleues".Quelle issue? Les manifestants vivent depuis des mois sous la menace d'une vaste campagne d'intimidation --22 assassinats, des dizaines d'enlèvements et des menaces distribuées à des centaines de militants.Les autorités, elles, assurent travailler à des élections anticipées --selon une loi électorale qui doit encore être ratifiée par le président et qui ne satisfait pas entièrement les manifestants. Cette unique réforme est bien loin de leurs revendications premières demandant la "chute du régime" tout entier.Mais sur les places d'Irak, aucune organisation n'a émergé jusqu'ici. Sans leaders, le mouvement ne s'est ni structuré ni accordé sur des objectifs ou les points gagnés ou encore à défendre.En face, les sadristes disent vouloir donner sa chance à M. Allawi. Mais le coup le plus dur porté au mouvement est venu de l'extérieur. Téhéran et Washington ont exporté sur le sol irakien leur conflit larvé et l'assassinat à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien Abou Mehdi al-Mouhandis ont changé la donne.Les pro-Iran ont pu relancer leur campagne anti-Américains et la menace d'un conflit ouvert sur le sol irakien a détourné les regards de la révolte populaire.La place Tahrir n'a plus été vue noire de monde depuis lors.Mais Moustapha, un jeune étudiant sur la place, jure lui de rester, car "l'Irak est plus important que les études".