Carrie Lam avait promis d'apaiser les tensions politiques et d'être à l'écoute de la jeunesse lorsqu'elle est devenue en 2017 cheffe de l'exécutif de Hong Kong. Des promesses dispersées dans les gaz lacrymogènes et la répression musclée des jeunes manifestants opposés au projet de loi voulant faciliter les extraditions vers la Chine continentale.

En mars 2017, lorsqu'elle est désignée à la tête de l'exécutif par une commission largement composée de loyalistes pro-Pékin, elle est la première femme à accéder au poste le plus élevé de la place financière asiatique.

Elle était déjà détestée par le camp démocrate car elle avait été jusque là adjointe du chef du gouvernement sortant Leung Chun-ying, impopulaire et accusé d'être la marionnette de Pékin.

Sa réputation avait rejailli sur Mme Lam, surnommée par ses contempteurs la "nourrice" de M. Leung ("lai-ma" en cantonais) en raison de sa fidélité à ce dernier.

En 2014 lors de la "révolte des parapluies", un mouvement pacifiste de dizaines de milliers de personnes réclamant un véritable suffrage universel à Hong Kong, elle était le visage du gouvernement, débattant avec les leaders étudiants, assurant que leurs revendications n'aboutiraient pas.

Née dans une famille humble de cinq enfants du quartier de Wanchai (centre), elle a été élève d'une école catholique avant d'étudier à l'université de Cambridge grâce à des aides publiques.

Cette mère de deux enfants, catholique de 62 ans, a fait carrière dans la fonction publique, déjà dans la colonie britannique, avant d'entrer en politique, se révélant très loyale à Pékin.

Mésaventures

En campagne, elle s'est concentrée sur des questions comme la pauvreté et le logement qui alimentent l'insatisfaction dans cette ville exigüe et à la densité élevée.

Mais elle a subi quelques mésaventures en tentant de présenter une image de femme du peuple. Lorsqu'elle a pris le métro durant la campagne, elle a semblé tout ignorer de l'utilisation de la carte "Octopus", dont les Hongkongais se servent dans tous les transports et dans de nombreux commerces.

Elle avait également été moquée après une anecdote relatée à la presse sur une mission nocturne pour acheter du papier toilette, qui montrait qu'elle ne savait pas où se procurer des denrées de base dans une ville qui foisonne de supermarchés et supérettes.

Lors de sa désignation, en mars 2017, elle a fait référence aux "dissensions graves" et aux "nombreuses frustrations" divisant le territoire, assurant: "Ma priorité, c'est de guérir ces fractures".

Elle promettait d'être plus attentive aux jeunes, particulièrement soucieux d'une plus grande liberté démocratique et de mesures visant à lutter contre les inégalités croissantes.

Deux ans après, avec un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine, dont elle a annoncé samedi la suspension, Hong Kong a connu ses pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Des dizaines de milliers de protestataires ont été dispersés mercredi par la police anti-émeutes avec des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène.

Un million de personnes ont manifesté dimanche dernier dans ce territoire de 7 millions d'habitants.

Selon ces détracteurs, ce projet placerait la population à la merci du système judiciaire de Chine continentale, opaque et sous influence du Parti communiste. Il nuirait à l'image internationale et l'attractivité du centre financier.

Lam a conservé une faible popularité depuis le début de son mandat. Elle bénéficiait de 32% d'opinion positives et 57% d'opinions négatives dans le dernier sondage réalisé par l'université de Hong Kong, avant la manifestation monstre de dimanche.

Aucun de ses trois prédécesseurs n'a eu un taux de popularité aussi bas après deux ans de mandat.