Reconduction annoncée d'Angela Merkel sans enthousiasme à la tête du gouvernement allemand, sourde inquiétude à propos des législatives italiennes sur fond de réforme du mode de scrutin, tentations séparatistes jamais assouvies en Espagne, fracture aggravée entre deux modèles d'Europe autour de la question des travailleurs détachés... : l'heure n'est décidément pas au sursaut démocratique. Les exemples de la Belgique et de ses deux voisins linguistiquement les plus proches en fournissent une autre évidente illustration.
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Reconduction annoncée d'Angela Merkel sans enthousiasme à la tête du gouvernement allemand, sourde inquiétude à propos des législatives italiennes sur fond de réforme du mode de scrutin, tentations séparatistes jamais assouvies en Espagne, fracture aggravée entre deux modèles d'Europe autour de la question des travailleurs détachés... : l'heure n'est décidément pas au sursaut démocratique. Les exemples de la Belgique et de ses deux voisins linguistiquement les plus proches en fournissent une autre évidente illustration. Nous voici donc à l'heure de la rentrée politique. Et nos voisins néerlandais sont toujours en attente d'un nouveau gouvernement issu des élections du... 17 mars 2017. Le Prinsjesdag, qui sacre l'ouverture de la session parlementaire le troisième mardi de septembre par le discours du roi, ne devrait même pas précipiter la sortie de crise. L'éparpillement des voix observé à l'issue du scrutin et le poids de l'infréquentable parti islamophobe de Geert Wilders rendent particulièrement compliquée la constitution du gouvernement de centre-droit quadripartite projeté sous la houlette du Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre sortant Mark Rutte. On est loin des 541 jours de gestation du gouvernement belge d'Elio Di Rupo en 2010-2011. Mais les Pays-Bas, qui ne se sont pas grandis par l'efficacité de leurs contrôles sanitaires lors du scandale des oeufs contaminés au fipronil, passeront sans doute le cap des 200 jours sans exécutif renouvelé. A cette aune, un autre Premier ministre libéral, notre Charles Michel national, apparaît carrément sur un petit nuage, béni qu'il est de voir son parti engranger les dividendes de la rupture que le CDH a provoquée avec le PS en Région wallonne au mois de juin dernier. Les raisons de se réjouir pourraient cependant s'avérer éphémères. Le spectacle que les acteurs politiques francophones donnent de leur conception de la gestion publique à travers leur incapacité à former des majorités alternatives et plus cohérentes à la Fédération Wallonie-Bruxelles et en Région bruxelloise risque bien d'exacerber la défiance généralisée à l'égard de la classe politique, hors les formations extrêmes. En l'occurrence, les responsables francophones belges alimentent auprès de la population cette tendance dominante que l'historien américain des idées Mark Lilla a identifiée dans son dernier ouvrage : le ressentiment devenu la passion majeure de notre époque. La politique française illustre de façon flagrante cette propension exacerbée au ressentiment. A l'entame de l'été, le nouveau président Emmanuel Macron était admiré pour le souffle de renouveau qu'il imprimait à la politique française et, en même temps, pour cette capacité qui avait tant manqué à ses deux prédécesseurs d'endosser le costume présidentiel. Deux mois plus tard, l'amateurisme a supplanté l'innovation et l'arrogance l'adéquation à la fonction. Alors même que le nouveau pouvoir français entreprend, une fois n'est pas coutume, ce qu'il avait annoncé vouloir mettre en oeuvre... Politologues, sociologues et autres philosophes ne manqueront certainement pas de décrypter cet irrépressible besoin d'exprimer une insatisfaction immédiate, cette irrésistible montée du ressentiment permanent. Voilà en tout cas qui ne facilitera pas le rôle des hommes politiques soucieux de réformer ce qui peut encore l'être.