Partie d'un projet de loi - désormais retiré - qui aurait autorisé les extraditions vers le reste de la Chine, la contestation s'est muée en une remise en cause globale de l'influence de Pékin dans l'ancienne colonie britannique. Voici quelques options possibles pour le régime communiste.

1. Le dos rond

Pékin pourrait choisir de suivre la même stratégie que depuis le début de l'agitation en juin: soutenir la police hongkongaise ainsi que la cheffe de l'exécutif, la très contestée Carrie Lam. Avec un espoir, celui que le mouvement pro-démocratie s'effiloche, comme lors de la "Révolution des parapluies" en 2014 qui s'est soldée par l'arrestation des meneurs et sans concessions de la part des autorités.

"Pékin a adopté une stratégie d'intimidation et se met en position d'attente, au moins jusqu'à la rentrée de septembre", suppose le politologue hongkongais Dixon Sing, notant que de nombreux manifestants sont étudiants ou lycéens. Le régime du président Xi Jinping devrait en outre s'abstenir de toute posture antagoniste avant le 1er octobre, date du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire. Un accroissement des tensions pourrait jeter une ombre sur le défilé militaire géant attendu à Pékin afin de célébrer l'unité du pays.

2. Céder

Autre choix possible: répondre aux exigences des contestataires, qui réclament le départ de Carrie Lam, une enquête sur les méthodes de la police et l'enterrement définitif du projet de loi sur les extraditions qui a été simplement suspendu. "Il n'est pas impossible que Pékin fasse certaines concessions mineures en septembre", prévoit M. Sing, en sacrifiant par exemple Mme Lam, devenue "un boulet politique colossal, sur place comme à l'international".

Une réforme du mode de scrutin dans un sens plus démocratique semble nettement plus hypothétique, dans la mesure où elle risquerait d'aboutir à la fin de la main-mise des candidats pro-Pékin sur le législatif et l'exécutif hongkongais.

3. Faire monter les enchères

La propagande de Pékin s'est faite plus menaçante la semaine dernière, avec la diffusion d'une vidéo de l'armée chinoise montrant des opérations anti-émeutes dans les rues de Hong Kong. Et les médias de Chine continentale se montrent de plus en plus agressifs à l'égard des manifestants, qualifiés de minorité radicale indépendantiste. L'incident au cours duquel un drapeau chinois a été jeté samedi dans le port de Hong Kong a été largement rapporté sur le continent. Objectif: renforcer la perspective d'une intervention armée afin de convaincre les manifestants de rentrer chez eux.

Xi Jinping "penche vers une position plus ferme", affirme le politologue Willy Lam, de l'Université chinoise de Hong Kong. "Les chances de voir Pékin adopter des mesures non-violentes et une attitude conciliante sont plutôt faibles". Mais cette stratégie comporte un risque, celui d'une fuite des capitaux et des entreprises étrangères.

4. Envoyer l'armée

Pékin a d'ores et déjà rappelé que sa garnison de plusieurs milliers d'hommes basée au coeur de Hong Kong peut être amenée à "maintenir l'ordre" si l'exécutif local en fait la demande. La violence croissante des dernières manifestations pourrait fournir un argument à l'Armée populaire de libération pour intervenir à la place de la police hongkongaise.

Mais cette intervention, de dernier recours, risquerait d'entraîner une catastrophe financière dans la métropole du sud de la Chine ainsi qu'une condamnation internationale. "Cela compromettrait gravement la légitimité politique de Xi Jinping et du Parti communiste chinois, sur les plans intérieur comme extérieur, avec une condamnation internationale similaire à celle qui a suivi la répression de la place Tiananmen à Pékin en 1989", avertit Michael Raksa, de l'Ecole S. Rajaratnam d'études internationales à Singapour. Mais dans un régime qui ne tolère aucune contestation à l'intérieur, l'agitation hongkongaise "est une grave perte de face", relève-t-il.