Ancien journaliste à Libération, Jean Hatzfeld est devenu la mémoire du génocide des Tutsis au Rwanda (plus de 800 000 morts entre avril et juillet 1994) dans la région de Nyamata, au sud du pays. A travers cinq livres, il a donné la parole aux victimes, puis aux génocidaires ; il a décrit la cohabitation entre rescapés et tueurs ...

Ancien journaliste à Libération, Jean Hatzfeld est devenu la mémoire du génocide des Tutsis au Rwanda (plus de 800 000 morts entre avril et juillet 1994) dans la région de Nyamata, au sud du pays. A travers cinq livres, il a donné la parole aux victimes, puis aux génocidaires ; il a décrit la cohabitation entre rescapés et tueurs sortis de prison et ensuite, entre leurs enfants ; il a conté l'histoire du fantasque survivant, Englebert des collines. Avec Là où tout se tait (1), l'auteur donne de la visibilité aux méconnus Justes hutus, ceux qui, appartenant à l'ethnie des génocidaires, ont aidé des membres de la communauté minoritaire à échapper à la mort: les uns, partenaires d'un couple mixte, leur famille tutsie ; les autres, des "avoisinants" de bonne compagnie. Leur mérite est exceptionnel. La pression des membres de la milice Interahamwe, des militaires et des autorités a été énorme sur tous les Hutus, pour dénoncer leurs voisins tutsis et pour contribuer physiquement à leur élimination sur un mode industriel tant elle fut planifiée et organisée. Au point que "la frénésie des tueries [...] a détruit les espaces de repli où des personnalités non soumises à la force du communautarisme ethnique auraient pu se sonder sans recevoir un coup de machette immédiat". Tel fut le sort de plusieurs des Justes hutus dont Jean Hatzfeld rapporte les actes de bravoure. Et parmi ceux qui ont survécu aux représailles des Hutus et à la méfiance des Tutsis survivants, rares sont ceux auxquels le pouvoir a rendu l'hommage et l'assistance qu'ils auraient mérités. Il en va ainsi de l'agriculteur Jean-Marie Setakwe, "mort de pauvreté" sur sa colline.