Vous affirmez que la prochaine crise financière et économique sera pire que celle de 2008. Ne versez-vous pas dans le catastrophisme ?
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Vous affirmez que la prochaine crise financière et économique sera pire que celle de 2008. Ne versez-vous pas dans le catastrophisme ? Si mon analyse est correcte, la prochaine crise sera un multiple de celle que nous avons vécue en 2008. Loin d'avoir un problème avec une poignée de banques et de s'en sortir avec des interventions publiques de l'ordre de quelques centaines de milliards de dollars, nous sommes aujourd'hui confrontés à un problème de 63 000 milliards d'euros ! Soit le montant total des dettes publiques dans le monde. Cette tempête, si on ne la gère pas bien, va littéralement laminer des économies entières. Je vais donner un seul chiffre pour illustrer l'ampleur du sujet : sur le seul premier trimestre 2019, le déficit budgétaire des Etats-Unis a progressé de 77 % par rapport à la même période de l'an passé. Cette dérive est intenable. Vous ne parlez que des dettes souveraines, c'est-à-dire celles des Etats, mais n'êtes-vous pas inquiet aussi de la dérive des dettes privées, c'est-à-dire celles des ménages et des entreprises ? Evidemment ! Notamment en Europe. L'effet de la politique monétaire de la Banque centrale européenne, qui fait que s'endetter ne coûte rien ou si peu, a des effets délétères dans les entreprises et sur les ménages. La dette a augmenté partout. Or, nos dirigeants politiques, mais aussi des institutions comme le Fonds monétaire international, sont dans un déni total de la réalité. Personne ne se rend compte - ou ne veut voir - l'ampleur du problème et l'urgence de la situation. Vous accusez beaucoup les banques centrales en raison des politiques monétaires extrêmement souples et hétérodoxes qu'elles ont pratiquées depuis le déclenchement de la crise de 2008. Mais pouvaient-elles faire autrement ? Elles ont vendu leur âme au diable. Depuis 2008, et surtout depuis 2011-2012 en Europe, les banques centrales ont investi massivement en emprunts d'Etat. Elles ont ainsi accru leurs actifs à 15 000 milliards de dollars, soit un triplement de la taille de leur bilan par rapport au niveau d'avant crise. C'est inimaginable ! Cette politique a eu un impact majeur sur le coût de financement des Etats, qui ont pu émettre des obligations à des taux parfois négatifs, ou souvent proches de zéro, quelle que soit leur situation budgétaire.Quel pourrait être le déclencheur de cette nouvelle crise ? Je reconnais que c'est très difficile à dire. Aujourd'hui, l'ensemble de la planète finance est fragilisé par l'endettement public massif, des monceaux de dettes d'Etat étant logés dans les bilans des banques et ceux des banques centrales. En Europe, la situation budgétaire italienne est explosive : c'est une Grèce puissance dix ! La Chine peut-elle être touchée par cette crise ? Sans doute ! Mais, paradoxalement, elle peut aussi en être la grande gagnante. L'empire du Milieu n'est pas du tout dans la même situation que celle de la plupart des pays occidentaux. Sa dette publique atteint seulement 60 % du produit intérieur brut et, surtout, le pays est assis sur 3 000 milliards de dollars de réserves. Evidemment, les entreprises d'Etat sont très endettées. Et le poids pris par une finance parallèle non réglementée inquiète. Mais, en cas de problème, le pays a suffisamment d'argent pour recapitaliser ses entreprises et ses banques. Compte tenu du fait que sa devise n'est pas convertible, elle sera moins touchée par la tempête qui vient.Par Béatrice Mathieu.