La candidate de l'extrême droite Marine Le Pen a participé à sa dernière réunion publique, dans un petit village du nord, où elle a sonné la mobilisation: "La France ne peut plus attendre. La France ne peut pas se permettre d'attendre cinq ans de plus pour relever la tête", a-t-elle lancé à ses partisans.

Plus tôt, celle qui se présente comme "la candidate du peuple" avait été accueillie par des jets d'oeufs lors d'un déplacement dans l'ouest, avec des cris "Dehors les fachos".

Toujours en tête des sondages à la veille de la fin de la campagne et à trois jours du second tour, le jeune centriste pro-européen, qui a reçu le soutien appuyé de l'ancien président américain Barack Obama, s'est lui engagé à tenir "la promesse du renouvellement jusqu'au bout" lors d'un dernier meeting à Albi (sud-ouest).

Il a été interpellé à son arrivée à Albi par une cinquantaine de militants syndicaux sur une loi controversée libéralisant le code du travail, qu'il s'est refusé à abroger en cas de victoire.

Les insinuations de sa rivale pendant le débat télévisé, sur "un compte offshore aux Bahamas" qu'il pourrait détenir - allégation massivement relayée par les réseaux sociaux proches de l'extrême droite - ont conduit M. Macron à déposer plainte pour "propagation de fausse nouvelle".

Le parquet de Paris a immédiatement ouvert une enquête, notamment pour faux et divulgation de fausses nouvelles en vue de détourner les suffrages.

Cette accusation était l'une des multiples attaques lancées mercredi soir par la candidate du Front national (FN) lors du seul face à face de l'entre deux tours, suivi par près de 16,5 millions de téléspectateurs.

Sa prestation a été sévèrement jugée dans les rangs de son parti, plusieurs de ses soutiens évoquant en privé une débatteuse "très mauvaise" et parfois "incompréhensible". Son père Jean-Marie, brouillé avec elle et déjà très critique de sa campagne "trop cool", a lui-même jugé qu'elle avait "peut-être manqué de hauteur".

- 'Marquis poudré'-

Lors du débat, Mme Le Pen a qualifié son adversaire "d'enfant chéri du système", de "candidat de la mondialisation sauvage", "du communautarisme" et de "la guerre de tous contre tous". "Parasite", "grande prêtresse de la peur", a rétorqué M. Macron en l'accusant de prospérer sur la colère et sur la détresse des Français.

A l'offensive sur tous les thèmes, et notamment sur les questions européennes, l'ancien ministre de l'Economie s'est présenté en défenseur de "l'esprit de conquête français" face à "l'esprit de défaite" incarné, selon lui, par son adversaire. Le président socialiste François Hollande a jugé que "l'ignorance" de Marine Le Pen sur les questions monétaires européennes "ne peut (lui) permettre d'être" présidente.

La confrontation télévisée, dernière grande occasion de convaincre les indécis, a marqué les esprits par sa violence et sa confusion.

Selon un sondage d'après-débat, deux tiers des téléspectateurs ont trouvé le centriste plus convaincant, un tiers penchant pour Mme Le Pen - appréciation en phase avec les intentions de vote pour dimanche, à pondérer par la grande inconnue du taux d'abstention.

Marine Le Pen s'est félicitée jeudi d'avoir "fait exactement ce que le peuple français attendait d'elle" face au "marquis poudré".

Alors que le conservateur Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen avant le second tour de 2002, M. Macron a assumé d'avoir accepté un face-à-face, "même si on se salit un peu" face à l'extrême droite dans ce type d'exercice, selon lui.

"On n'arrive pas à tordre le cou à tous les mensonges, mais on en tue quelques-uns", s'est félicité ce novice en politique, qui mène sa première campagne électorale avec un mouvement, En Marche!, "ni de droite ni de gauche", créé il y a à peine un an.

A gauche, nombreux sont ceux qui comme l'ex-Premier ministre socialiste Manuel Valls ont salué sa performance face aux "injures, violence, mensonges, approximations" en appelant "ceux qui hésitent encore, ou veulent s'abstenir" à prendre "leur responsabilité".

Une pique à destination de la gauche radicale emmenée par Jean-Luc Mélenchon, qui refuse majoritairement de choisir entre "peste et choléra".