© AFP/Philippe Lopez

France: huit mois après les attentats, le temps des réponses

Le Vif

Près de huit mois après les attaques djihadistes les plus meurtrières jamais perpétrées en France, et au terme de quelque 200 heures d’auditions, la commission d’enquête parlementaire sur les attentats perpétrés en 2015 rend ses conclusions mardi.

Pour les victimes et leurs proches, qui disaient avoir « mille questions » dès la première séance publique le 15 février, c’est le moment attendu « des réponses ».

Le soir du 13 novembre, Paris vit trois heures de carnage dans la salle de concerts du Bataclan, aux terrasses de bars et restaurants parisiens, et aux abords du Stade de France à Saint-Denis, au nord de la capitale. Bilan: 130 morts, 496 blessés.

Dix mois plus tôt, le 7 janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi faisaient irruption dans les locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et abattaient douze personnes. Le lendemain 8 janvier, Amédy Coulibaly tuait une policière municipale à Montrouge, en proche banlieue parisienne, et il abattait quatre Juifs le 9 janvier dans un supermarché casher de l’est parisien.

Parmi les auteurs de ces attaques, ceux de nationalité française étaient connus des services judiciaires, pénitentiaires ou de renseignement. Ils avaient tous été fichés, contrôlés, écoutés ou incarcérés pendant le parcours qui a mené à leur radicalisation.

Comment ces personnes radicalisées ont-elles pu échapper à la surveillance des autorités? Comment leurs plans n’ont-ils pas été déjoués? Les services de renseignement ont-ils été défaillants?

Après les attaques de janvier 2015, le Premier ministre Manuel Valls l’avait reconnu: « Quand il y a 17 morts, c’est qu’il y a eu des failles ».

« Ni procureurs, ni juges »

Mais quelles leçons tirer de ce constat? Comment deux tueries de masse ont-elles pu être perpétrées à dix mois d’intervalle? Pourquoi le Bataclan n’était pas sous surveillance alors que des menaces avaient été proférées plusieurs années auparavant contre cette célèbre salle de spectacles et transmises aux services de sécurité?

La commission d’enquête parlementaire sur « les moyens mis en oeuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015 » doit tenter de répondre à ces questions.

« Nous ne sommes ni des procureurs ni des juges, nous n’accusons ni ne jugeons », prévenait son président Georges Fenech dès l’ouverture des travaux, laissant le champ à l’enquête judiciaire. « Nous sommes des commissaires d’enquête, dont l’objectif est d’établir la vérité et d’en tirer des propositions pour que le gouvernement prenne les dispositions qui s’imposent pour remédier à ce qui ne va pas », ajoutait le député du parti de droite Les Républicains.

Pour les victimes et les proches des personnes tuées le 13 novembre, les « dysfonctionnements » ont été nombreux, notamment pendant l’intervention des forces de l’ordre le soir des attaques, dans la prise en charge des blessés par les services de secours ou pour l’identification des corps et des blessés. Sans compter le parcours du combattant administratif pendant des mois après le drame.

Le tandem formé par Georges Fenech avec le rapporteur de la commission, le député socialiste Sébastien Pietrasanta, entend s’assurer de l’application totale ou partielle des 39 propositions qui devaient être votées mardi matin, avec la création d’une commission de suivi.

C’est la troisième commission de ce type à l’Assemblée nationale. En 2013, une commission d’enquête avait été conduite après les tueries de Mohamed Merah en mars 2012 à Toulouse et Montauban, dans le sud de la France.

En juin 2015, une autre commission s’était penchée sur les filières djihadistes. Sa principale recommandation, la création d’un registre européen des passagers aériens, a finalement été adoptée par l’Union européenne le 14 avril, soit dix mois plus tard. Entretemps, la même cellule djihadiste responsable du 13 novembre avait frappé la capitale belge, tuant 32 personnes le 22 mars.

Utilité « limitée » de l’état d’urgence et des militaires déployés

L’état d’urgence décrété dans la foulée des attaques djihadistes du 13 novembre à Paris et le déploiement de militaires n’ont qu' »une portée limitée sur la sécurité nationale », a estimé mardi le rapporteur d’une commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015 en France.

« L’état d’urgence a eu un effet mais il semble s’être rapidement amenuisé. Et dix-huit mois après le début de l’opération Sentinelle, alors que cette contribution qui a été jusqu’à 10.000 hommes (compte) encore aujourd’hui de 6.000 à 7.000 soldats, je m’interroge sur la valeur ajoutée réelle dans la sécurisation du territoire national », a déclaré le député socialiste Sébastien Pietrasanta, en présentant les conclusions de la commission.

La commission d’enquête préconise par ailleurs une réorganisation des services de renseignements français, aujourd’hui éclatés en différentes entités, autour d’une agence nationale placée directement sous l’autorité du Premier ministre. « Face au défi du terrorisme international, il faut des ambitions beaucoup plus élevées que ce qu’a mis en oeuvre jusqu’à maintenant le ministère de l’Intérieur en termes de renseignement et créer une agence nationale de lutte contre le terrorisme », a déclaré Georges Fenech, le président de la commission.

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