Ce débat illustre la pertinence et la complexité de la question. Que l'on s'interroge sur les conséquences de la robotisation sur l'emploi, quoi de plus normal ?
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Ce débat illustre la pertinence et la complexité de la question. Que l'on s'interroge sur les conséquences de la robotisation sur l'emploi, quoi de plus normal ?Certaines études estiment que, dans les pays de l'OCDE, près de la moitié des emplois seront remplacés par des robots dans les vingt prochaines années. D'autres études aboutissent à une conclusion moins effrayante : la perte d'emplois se situerait entre 10 et 25 %. Selon le Conseil français d'orientation pour l'emploi, moins de 10 % des jobs actuels pourraient être directement supprimés par la robotisation ; en revanche, " la moitié des emplois existants sont susceptibles d'évoluer dans leur contenu de façon significative à très importante ". Sans surprise, il souligne que le progrès technologique favorisera le travail qualifié. Quoi qu'il en soit, l'impact de la robotisation est loin d'être marginal et ne fera que s'amplifier. D'où la suggestion de Bill Gates : puisqu'un travailleur humain paie impôts et cotisations sociales, si un robot est introduit pour faire la même chose, il devrait être taxé au même niveau. L'idée est séduisante mais elle soulève un certain nombre d'objections. D'abord, tous les robots n'ont pas pour seul effet d'augmenter la productivité, c'est-à-dire de produire une plus grande quantité en moins de temps. Certaines de ces machines permettent surtout d'améliorer la qualité. Un robot permet par exemple à un chirurgien de réaliser des opérations délicates qu'il pourrait difficilement réussir sans son aide. Faut-il aussi pénaliser ce type de progrès ? Il ne sera pas toujours aisé de faire la distinction entre les robots qui complètent l'activité humaine et ceux qui la remplacent. D'autre part, dans le but de protéger l'emploi des moins qualifiés, pourquoi ne viser que les robots ? D'autres applications du numérique détruisent aussi de l'activité : le " scan " dans les grandes surfaces remplace des caissières ; les automates et le " PC banking " suppriment du personnel dans les banques ; les consoles permettant de se procurer un " boarding pass " réduisent le personnel dans les aéroports ; les véhicules autonomes réduiront le nombre de chauffeurs ; etc. Et si l'on assimilait aux robots tous les équipements incorporant un logiciel informatique, la taxe s'appliquerait à une base de plus en plus large et deviendrait sans doute ingérable. Enfin, au-delà des problèmes de définition et d'applicabilité, il y a le risque qu'une taxe appliquée seulement dans certains pays y freine le progrès technologique, détériore leur compétitivité par rapport à leurs concurrents et encourage les délocalisations. Si l'on ne veut pas de la taxe sur les robots, il serait irresponsable de ne pas rechercher d'autres voies pour atténuer les conséquences de ce bouleversement technologique. Dans une prochaine chronique, j'évoquerai quelques alternatives qui peuvent être envisagées, depuis de nouvelles formules de redistribution de la richesse produite par les robots (programme Hamon) jusqu'à un effort intensif de formation des travailleurs moins qualifiés (programme Macron).