Cette possibilité suscite cependant une levée de boucliers pour des raisons de principe tant le changement de régime à Damas a depuis 2011 été présenté comme la solution unique aux malheurs des Syriens et le juste châtiment d'un président dénoncé sans nuance comme "le bourreau de son peuple". Assad estime au contraire avoir sauvé son pays du terrorisme et d'une prise de pouvoir par les islamistes armés par une coalition internationale impressionnante. Actuellement plusieurs Etats membres de l'Union européenne envisagent de rétablir une forme de représentation dans la capitale syrienne ou discutent de participation à la reconstruction du pays ou à des programmes de réinstallation des réfugiés.

Même si les pays de l'Union européenne avaient décidé en 2012 la fermeture de leur ambassade à Damas, il n'y a jamais eu d'unanimité à ce sujet. La Tchéquie avait ainsi maintenu sa représentation et la Commission européenne n'avait pas fermé sa délégation qui était desservie par des agents postés à Beyrouth. Nombre de postes diplomatiques dans la capitale libanaise traitent les questions liées à la Syrie. Les relations diplomatiques n'ont pas été rompues, Damas gardant même ouvertes certaines ambassades dans l'UE comme par exemple à Bruxelles.

L'UE a adopté une politique sévère de sanctions tant à l'égard de la Syrie que de nombreuses institutions ou de personnages-clé, sanctions qui ont été reconduites jusqu'au printemps 2020. La stratégie de l'Union d'avril 2017 souhaite mettre un terme au con?it "par "l'amorce d'une véritable transition politique". Elle soutient l'opposition syrienne et appuie un processus politique inclusif. Cette stratégie précise qu' "il ne peut avoir de paix durable sous le régime actuel" et conditionne sa participation à la reconstruction à une transition politique. Ces di?érents moyens de pression, ni d'ailleurs la guerre par procuration menée par Paris et Londres en conjonction avec Washington et des pays de la région, n'ont pas atteint le but recherché, à savoir le changement du régime. En fait l'UE ne joue de rôle véritablement important que sur le plan humanitaire où elle est le premier pourvoyeur d'aide.

La question d'une réouverture des relations reste ainsi fort délicate en raison de l'opposition de plusieurs pays membres. Ceux-ci ont répété inlassablement qu'Assad ne peut faire partie de l' avenir de la Syrie et que son éloignement du pouvoir est la condition sine qua non à la solution du con?it. C'est le cas notamment de la France et du Royaume-Uni qui comme les Etats-Unis avaient exigé dès l'été 2011 le départ du dirigeant syrien. Cette position qui concorde avec celle de l'opposition a empêché toute véritable négociation, Assad n'allant pas négocier son propre départ. Notons que l'Allemagne qui avait adopté une attitude pourtant moins interventionniste, et d'autres Etats membres continuent de camper aussi sur une opposition de principe. La lutte contre l'Etat islamique est néanmoins devenue la priorité des Occidentaux déjà sous Obama et Trump. Soulignant cette in?exion, le président Macron avait indiqué dès 2017 que "le départ de Bachar n'est plus le préalable à tout".

La récente invasion turque dans le Nord de la Syrie o?re selon les partisans d'une ouverture envers Damas l'opportunité de mettre ?n à la position sans issue dans laquelle se trouve l'UE en particulier depuis la victoire militaire d'Assad. Celui-ci dont la position s'est encore renforcée à la suite de l'invasion turque et du retrait américain du Nord syrien, fait partie selon eux de la solution et il n' y a, que cela plaise ou non, pas d'alternative. En renouant avec le dirigeant syrien, l'UE pourrait ?nalement adopter une stratégie qui soit béné?que à la région et à ses propres intérêts. Selon cette thèse, la perte de face liée à un tel revirement ne pèse guère face aux avantages qu'il permet d'escompter. Ainsi une aide européenne à la reconstruction du pays favoriserait la stabilisation de la Syrie ce qui permettrait d'endiguer de nouveaux ?ux de réfugiés vers l'Europe et les pays voisins et de favoriser leur retour. Un tel changement de politique réduirait aussi les moyens de pression utilisés par la Turquie sur la question des réfugiés. Con?er à l'armée syrienne le contrôle de la frontière avec la Turquie apaiserait les craintes d'Ankara liées à la question kurde. Une Syrie stabilisée serait en outre davantage capable de parer à la menace toujours réelle de l'Etat islamique. Les ?rmes européennes pourraient même participer aux programmes de reconstruction du pays. La reprise des contacts avec la Syrie donnerait en?n à l'UE la possibilité de sortir de l' impuissance dans laquelle elle s'est enlisée et d'être en?n audible dans les négociations sur l'avenir du pays.

Une modi?cation fondamentale de la position européenne sur la crise syrienne suscite nombre d'objections et de critiques. Normaliser les relations, c'est réhabiliter Assad qui a été rendu seul responsable des horreurs qui ont frappé la Syrie même s'il s'agit là d'une façon trop commode de disculper la majeure partie de l'opposition qui a appuyé ou s'est jetée à corps perdu dans la lutte armée. Trop commode aussi pour ses soutiens internationaux qui ont aggravé et prolongé la guerre au prix de la destruction du pays. La question de l'impunité interdit néanmoins à leurs yeux la normalisation avec Assad. L'opposition syrienne est évidemment aussi vent debout contre un tel rapprochement et la levée des sanctions par les pays qui l'ont soutenue mais cette opposition continue d'étaler ses divisions et n'est pas crédible militairement. Les Etats-Unis ne sont non plus pas encore enclins à une normalisation avec Assad, eux qui espèrent pouvoir encore faire pression sur lui grâce à l'occupation avec l'aide des Kurdes des gisements gaziers et pétroliers dans l'Est syrien.

Les adversaires d'une reprise des contacts avec Damas jugent qu'il est préférable d'attendre les résultats du Comité constitutionnel qui réunit à Genève gouvernement, opposition et société civile. A présent que la victoire d'Assad est indéniable, il est irréaliste cependant d'escompter que celui-ci soit disposé à s'e?acer devant une opposition défaite mais qui continue à prendre ses désirs pour des réalités et continue d'exiger son départ. Improbable aussi que le processus engagé à Genève puisse aboutir à un changement radical de la nature du pouvoir à Damas. Même si une reconnaissance par l'Occident et une aide à la reconstruction pourraient renforcer son pouvoir, Assad n'est pas demandeur. Dans son optique, il appartient aux pays qui ont cherché à l'éliminer, de reconnaître leurs erreurs et de faire amende honorable en rouvrant leurs ambassades. Aller à Canossa est sans nul doute pénible pour les Européens mais il est clair à présent que la politique punitive de l'UE en vue d'obtenir par des sanctions et des pressions ce que huit ans de guerre n'ont pu provoquer est vouée à l'échec. Le pragmatisme devrait ainsi l'emporter dans l'intérêt bien compris de la population syrienne et des Européens eux-mêmes. En e?et l'absence de reconstruction ne peut qu'entretenir l'instabilité et même les braises d'une guerre sans ?n. L'entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne devrait peut être o?rir l'opportunité de réviser la politique à long terme de l'UE sur la Syrie en dépit des divergences persistantes entre Etats-membres. Attendre encore davantage risque de continuer d'exclure l'Europe d'un dossier d'une importance majeure tant au plan de sa sécurité intérieure qu'en ce qui concerne son rôle géopolitique.

Cette possibilité suscite cependant une levée de boucliers pour des raisons de principe tant le changement de régime à Damas a depuis 2011 été présenté comme la solution unique aux malheurs des Syriens et le juste châtiment d'un président dénoncé sans nuance comme "le bourreau de son peuple". Assad estime au contraire avoir sauvé son pays du terrorisme et d'une prise de pouvoir par les islamistes armés par une coalition internationale impressionnante. Actuellement plusieurs Etats membres de l'Union européenne envisagent de rétablir une forme de représentation dans la capitale syrienne ou discutent de participation à la reconstruction du pays ou à des programmes de réinstallation des réfugiés.Même si les pays de l'Union européenne avaient décidé en 2012 la fermeture de leur ambassade à Damas, il n'y a jamais eu d'unanimité à ce sujet. La Tchéquie avait ainsi maintenu sa représentation et la Commission européenne n'avait pas fermé sa délégation qui était desservie par des agents postés à Beyrouth. Nombre de postes diplomatiques dans la capitale libanaise traitent les questions liées à la Syrie. Les relations diplomatiques n'ont pas été rompues, Damas gardant même ouvertes certaines ambassades dans l'UE comme par exemple à Bruxelles.L'UE a adopté une politique sévère de sanctions tant à l'égard de la Syrie que de nombreuses institutions ou de personnages-clé, sanctions qui ont été reconduites jusqu'au printemps 2020. La stratégie de l'Union d'avril 2017 souhaite mettre un terme au con?it "par "l'amorce d'une véritable transition politique". Elle soutient l'opposition syrienne et appuie un processus politique inclusif. Cette stratégie précise qu' "il ne peut avoir de paix durable sous le régime actuel" et conditionne sa participation à la reconstruction à une transition politique. Ces di?érents moyens de pression, ni d'ailleurs la guerre par procuration menée par Paris et Londres en conjonction avec Washington et des pays de la région, n'ont pas atteint le but recherché, à savoir le changement du régime. En fait l'UE ne joue de rôle véritablement important que sur le plan humanitaire où elle est le premier pourvoyeur d'aide.La question d'une réouverture des relations reste ainsi fort délicate en raison de l'opposition de plusieurs pays membres. Ceux-ci ont répété inlassablement qu'Assad ne peut faire partie de l' avenir de la Syrie et que son éloignement du pouvoir est la condition sine qua non à la solution du con?it. C'est le cas notamment de la France et du Royaume-Uni qui comme les Etats-Unis avaient exigé dès l'été 2011 le départ du dirigeant syrien. Cette position qui concorde avec celle de l'opposition a empêché toute véritable négociation, Assad n'allant pas négocier son propre départ. Notons que l'Allemagne qui avait adopté une attitude pourtant moins interventionniste, et d'autres Etats membres continuent de camper aussi sur une opposition de principe. La lutte contre l'Etat islamique est néanmoins devenue la priorité des Occidentaux déjà sous Obama et Trump. Soulignant cette in?exion, le président Macron avait indiqué dès 2017 que "le départ de Bachar n'est plus le préalable à tout". La récente invasion turque dans le Nord de la Syrie o?re selon les partisans d'une ouverture envers Damas l'opportunité de mettre ?n à la position sans issue dans laquelle se trouve l'UE en particulier depuis la victoire militaire d'Assad. Celui-ci dont la position s'est encore renforcée à la suite de l'invasion turque et du retrait américain du Nord syrien, fait partie selon eux de la solution et il n' y a, que cela plaise ou non, pas d'alternative. En renouant avec le dirigeant syrien, l'UE pourrait ?nalement adopter une stratégie qui soit béné?que à la région et à ses propres intérêts. Selon cette thèse, la perte de face liée à un tel revirement ne pèse guère face aux avantages qu'il permet d'escompter. Ainsi une aide européenne à la reconstruction du pays favoriserait la stabilisation de la Syrie ce qui permettrait d'endiguer de nouveaux ?ux de réfugiés vers l'Europe et les pays voisins et de favoriser leur retour. Un tel changement de politique réduirait aussi les moyens de pression utilisés par la Turquie sur la question des réfugiés. Con?er à l'armée syrienne le contrôle de la frontière avec la Turquie apaiserait les craintes d'Ankara liées à la question kurde. Une Syrie stabilisée serait en outre davantage capable de parer à la menace toujours réelle de l'Etat islamique. Les ?rmes européennes pourraient même participer aux programmes de reconstruction du pays. La reprise des contacts avec la Syrie donnerait en?n à l'UE la possibilité de sortir de l' impuissance dans laquelle elle s'est enlisée et d'être en?n audible dans les négociations sur l'avenir du pays. Une modi?cation fondamentale de la position européenne sur la crise syrienne suscite nombre d'objections et de critiques. Normaliser les relations, c'est réhabiliter Assad qui a été rendu seul responsable des horreurs qui ont frappé la Syrie même s'il s'agit là d'une façon trop commode de disculper la majeure partie de l'opposition qui a appuyé ou s'est jetée à corps perdu dans la lutte armée. Trop commode aussi pour ses soutiens internationaux qui ont aggravé et prolongé la guerre au prix de la destruction du pays. La question de l'impunité interdit néanmoins à leurs yeux la normalisation avec Assad. L'opposition syrienne est évidemment aussi vent debout contre un tel rapprochement et la levée des sanctions par les pays qui l'ont soutenue mais cette opposition continue d'étaler ses divisions et n'est pas crédible militairement. Les Etats-Unis ne sont non plus pas encore enclins à une normalisation avec Assad, eux qui espèrent pouvoir encore faire pression sur lui grâce à l'occupation avec l'aide des Kurdes des gisements gaziers et pétroliers dans l'Est syrien. Les adversaires d'une reprise des contacts avec Damas jugent qu'il est préférable d'attendre les résultats du Comité constitutionnel qui réunit à Genève gouvernement, opposition et société civile. A présent que la victoire d'Assad est indéniable, il est irréaliste cependant d'escompter que celui-ci soit disposé à s'e?acer devant une opposition défaite mais qui continue à prendre ses désirs pour des réalités et continue d'exiger son départ. Improbable aussi que le processus engagé à Genève puisse aboutir à un changement radical de la nature du pouvoir à Damas. Même si une reconnaissance par l'Occident et une aide à la reconstruction pourraient renforcer son pouvoir, Assad n'est pas demandeur. Dans son optique, il appartient aux pays qui ont cherché à l'éliminer, de reconnaître leurs erreurs et de faire amende honorable en rouvrant leurs ambassades. Aller à Canossa est sans nul doute pénible pour les Européens mais il est clair à présent que la politique punitive de l'UE en vue d'obtenir par des sanctions et des pressions ce que huit ans de guerre n'ont pu provoquer est vouée à l'échec. Le pragmatisme devrait ainsi l'emporter dans l'intérêt bien compris de la population syrienne et des Européens eux-mêmes. En e?et l'absence de reconstruction ne peut qu'entretenir l'instabilité et même les braises d'une guerre sans ?n. L'entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne devrait peut être o?rir l'opportunité de réviser la politique à long terme de l'UE sur la Syrie en dépit des divergences persistantes entre Etats-membres. Attendre encore davantage risque de continuer d'exclure l'Europe d'un dossier d'une importance majeure tant au plan de sa sécurité intérieure qu'en ce qui concerne son rôle géopolitique.