Au Somaliland, État autoproclamé depuis 1991, la pluie n'est quasiment plus tombée depuis maintenant deux ans. La sécheresse a presque tout détruit. Du sable jaune à perte de vue, des carcasses de bétails séchées et une population vulnérable fuyant la faim. Voilà un triste tableau que nous dessine Pierre Verbeeren, président du consortium 1212. Il revient tout juste d'un voyage de 6 jours dans cette région désignée comme l'épicentre de la pénurie d'eau.

Au Somaliland, les paysans ont perdu entre 70 et 90% de leur bétail, 28 mars 2017, Bruno Bierren
Au Somaliland, les paysans ont perdu entre 70 et 90% de leur bétail, 28 mars 2017 © Bruno Bierren

Sur le terrain, la situation est très difficile. Si la famine n'a pas encore été officiellement déclarée, les ONG font leur possible pour limiter les dégâts auprès d'une population qui a perdu l'essentiel de ses ressources. Les paysans ont perdu 70 à 90% de leur bétail, ce qui réduit à néant toute capacité de résistance.

Les enfants sont les premiers touchés

La crise actuelle est principalement une crise alimentaire. Les chiffres montrent un nombre croissant d'enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, de diarrhée et de choléra ; une combinaison meurtrière qui a déjà sévi lors de la dernière famine qui a touché l'est de l'Afrique en 2011. Lorsque la malnutrition est trop importante, le corps humain se nourrit de lui-même. L'UNICEF a estimé en février que 944 000 enfants souffraient de malnutrition aggravée, dont 185 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Leur système immunitaire est défaillant et chaque microbe qui passe, chaque virus devient une vraie menace.

Pour rappel, lors de la famine qui a touché la même région (Somalie, sud-ouest du Soudan, sud de l'Éthiopie et nord-est du Kenya) en 2011, 258 000 personnes sont mortes dont la moitié étaient des enfants de moins de 5 ans. Des chiffres horribles malgré une importante mobilisation. Pour Pierre Verbeeren, si les chiffres sont si effarants c'est parce que deux tiers de ces décès se sont produits avant la mobilisation de la communauté internationale et suite à l'arrivée un peu tardive de l'aide humanitaire. Aujourd'hui, l'état de famine a déjà été déclaré dans deux régions du Sud Soudan - ou 100 000 personnes n'ont plus rien à manger - et menace de se propager au Yémen, au Nigeria et en Somalie qui sont actuellement les pays les plus ardemment touchés par la sécheresse. Mais les erreurs du passé ne se reproduiront pas, "aujourd'hui nous pouvons faire en sorte que ces chiffres ne soient jamais les mêmes parce que nous avons alerté la communauté internationale et appelé à la solidarité bien plus tôt. L'aide humanitaire est aujourd'hui beaucoup plus efficace qu'elle ne l'a été en 2011 parce qu'elle s'est déjà rendue sur place, elle a donc une réelle connaissance du terrain. Il y a donc une possibilité de réussir à ce que ces terribles chiffres ne soient pas aussi déplorable."

L'aide humanitaire fait la différence

L'équipe d'intervention d'Oxfam donne des soins à un enfant malnutri, Sud Soudan, 28 mars 2017, Sam Tarling
L'équipe d'intervention d'Oxfam donne des soins à un enfant malnutri, Sud Soudan, 28 mars 2017 © Sam Tarling

Effectivement, il y a sur place une aide qui se construit progressivement et qui étend terriblement ses capacités d'intervention grâce à l'aide apportée par la communauté internationale et surtout, grâce au soutien des donateurs. Sur les routes de la sécheresse, Pierre Verbeeren a souvent croisé le chemin des camions-citernes. Il a pu voir les châteaux d'eau, les groupes électrogènes et les puiseurs d'eau, fruit du travail de Caritas International. Il a également assisté aux distributions de compléments alimentaires par UNICEF et vu le travail fait sur les soins de santé et les dépistages de malnutrition.

Lorsqu'un enfant est en danger de mort raconte-t-il, il est rapatrié dans un centre de stabilisation où il reçoit les soins nécessaires. Lorsqu'il y arrive à temps, et l'enjeu est là, il est quasiment sauvé à chaque fois. Pendant son voyage, il s'est rendu dans l'aile réservée à la pédiatrie du centre de stabilisation de l'hôpital d'Hargeisa. "Je suis rentré dans le centre avec la peur d'être confronté à ces images d'enfants aux yeux exorbités, au ventre rond, à la peau abimée par des maladies opportunistes. J'en suis sorti heureux parce qu'une fois arrivés au centre, ces enfants sont sauvés. À quelques dramatiques exceptions près". Sur le tableau de bord dans le local des soignants, un tableau était affiché, on pouvait y lire "649 enfants sauvés en 2016". Un souvenir qui lui réchauffe le coeur.

Si l'heure est grave, son discours est pourtant baigné d'optimisme. "Mon témoignage le plus important est que grâce à l'aide humanitaire, ces gens vont pouvoir faire la soudure entre ce moment de vulnérabilité et cet espoir qu'il pleuve de nouveau et qu'ils puissent retourner à un cycle de vie un peu plus normal. "

L'appel aux dons du 1212

Pays menacés par la famine, appel aux dons du consortium 1212, 2017, @1212
Pays menacés par la famine, appel aux dons du consortium 1212, 2017 © @1212

Le travail des ONG est donc essentiel et permet de donner des réponses concrètes à la crise. En attendant le retour de la pluie, l'immense enjeu pour les organisations humanitaires est d'abord une question de moyens. C'est pourquoi l'appel aux dons #Famine1212 a été lancé par les six ONG regroupées au sein du consortium 1212. La campagne de sensibilisation dont le message est clair - pour sauver un maximum de vies il faut agir maintenant - a pour but d'interpeller et de sensibiliser le plus grand nombre.

Laurane BINDELLE

Au Somaliland, État autoproclamé depuis 1991, la pluie n'est quasiment plus tombée depuis maintenant deux ans. La sécheresse a presque tout détruit. Du sable jaune à perte de vue, des carcasses de bétails séchées et une population vulnérable fuyant la faim. Voilà un triste tableau que nous dessine Pierre Verbeeren, président du consortium 1212. Il revient tout juste d'un voyage de 6 jours dans cette région désignée comme l'épicentre de la pénurie d'eau.Sur le terrain, la situation est très difficile. Si la famine n'a pas encore été officiellement déclarée, les ONG font leur possible pour limiter les dégâts auprès d'une population qui a perdu l'essentiel de ses ressources. Les paysans ont perdu 70 à 90% de leur bétail, ce qui réduit à néant toute capacité de résistance.Les enfants sont les premiers touchésLa crise actuelle est principalement une crise alimentaire. Les chiffres montrent un nombre croissant d'enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, de diarrhée et de choléra ; une combinaison meurtrière qui a déjà sévi lors de la dernière famine qui a touché l'est de l'Afrique en 2011. Lorsque la malnutrition est trop importante, le corps humain se nourrit de lui-même. L'UNICEF a estimé en février que 944 000 enfants souffraient de malnutrition aggravée, dont 185 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Leur système immunitaire est défaillant et chaque microbe qui passe, chaque virus devient une vraie menace.Pour rappel, lors de la famine qui a touché la même région (Somalie, sud-ouest du Soudan, sud de l'Éthiopie et nord-est du Kenya) en 2011, 258 000 personnes sont mortes dont la moitié étaient des enfants de moins de 5 ans. Des chiffres horribles malgré une importante mobilisation. Pour Pierre Verbeeren, si les chiffres sont si effarants c'est parce que deux tiers de ces décès se sont produits avant la mobilisation de la communauté internationale et suite à l'arrivée un peu tardive de l'aide humanitaire. Aujourd'hui, l'état de famine a déjà été déclaré dans deux régions du Sud Soudan - ou 100 000 personnes n'ont plus rien à manger - et menace de se propager au Yémen, au Nigeria et en Somalie qui sont actuellement les pays les plus ardemment touchés par la sécheresse. Mais les erreurs du passé ne se reproduiront pas, "aujourd'hui nous pouvons faire en sorte que ces chiffres ne soient jamais les mêmes parce que nous avons alerté la communauté internationale et appelé à la solidarité bien plus tôt. L'aide humanitaire est aujourd'hui beaucoup plus efficace qu'elle ne l'a été en 2011 parce qu'elle s'est déjà rendue sur place, elle a donc une réelle connaissance du terrain. Il y a donc une possibilité de réussir à ce que ces terribles chiffres ne soient pas aussi déplorable."L'aide humanitaire fait la différenceEffectivement, il y a sur place une aide qui se construit progressivement et qui étend terriblement ses capacités d'intervention grâce à l'aide apportée par la communauté internationale et surtout, grâce au soutien des donateurs. Sur les routes de la sécheresse, Pierre Verbeeren a souvent croisé le chemin des camions-citernes. Il a pu voir les châteaux d'eau, les groupes électrogènes et les puiseurs d'eau, fruit du travail de Caritas International. Il a également assisté aux distributions de compléments alimentaires par UNICEF et vu le travail fait sur les soins de santé et les dépistages de malnutrition.Lorsqu'un enfant est en danger de mort raconte-t-il, il est rapatrié dans un centre de stabilisation où il reçoit les soins nécessaires. Lorsqu'il y arrive à temps, et l'enjeu est là, il est quasiment sauvé à chaque fois. Pendant son voyage, il s'est rendu dans l'aile réservée à la pédiatrie du centre de stabilisation de l'hôpital d'Hargeisa. "Je suis rentré dans le centre avec la peur d'être confronté à ces images d'enfants aux yeux exorbités, au ventre rond, à la peau abimée par des maladies opportunistes. J'en suis sorti heureux parce qu'une fois arrivés au centre, ces enfants sont sauvés. À quelques dramatiques exceptions près". Sur le tableau de bord dans le local des soignants, un tableau était affiché, on pouvait y lire "649 enfants sauvés en 2016". Un souvenir qui lui réchauffe le coeur.Si l'heure est grave, son discours est pourtant baigné d'optimisme. "Mon témoignage le plus important est que grâce à l'aide humanitaire, ces gens vont pouvoir faire la soudure entre ce moment de vulnérabilité et cet espoir qu'il pleuve de nouveau et qu'ils puissent retourner à un cycle de vie un peu plus normal. "L'appel aux dons du 1212Le travail des ONG est donc essentiel et permet de donner des réponses concrètes à la crise. En attendant le retour de la pluie, l'immense enjeu pour les organisations humanitaires est d'abord une question de moyens. C'est pourquoi l'appel aux dons #Famine1212 a été lancé par les six ONG regroupées au sein du consortium 1212. La campagne de sensibilisation dont le message est clair - pour sauver un maximum de vies il faut agir maintenant - a pour but d'interpeller et de sensibiliser le plus grand nombre.Laurane BINDELLE