L'Italie est au paradis et l'Angleterre a fracassé son rêve de titre dans son jardin de Wembley. Le scénario de la finale de l'Euro, dimanche soir, n'aurait pas pu être plus haletant, avec ses prolongations et ses tirs au but. Le dénouement est mérité l'équipe italienne est, de l'avis général, la plus séduisante du tournoi. Mais le formidable script sportif donne également lieu à un drame humain, et à des réactions qui lassent songeur sur l'état de notre monde.
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L'Italie est au paradis et l'Angleterre a fracassé son rêve de titre dans son jardin de Wembley. Le scénario de la finale de l'Euro, dimanche soir, n'aurait pas pu être plus haletant, avec ses prolongations et ses tirs au but. Le dénouement est mérité l'équipe italienne est, de l'avis général, la plus séduisante du tournoi. Mais le formidable script sportif donne également lieu à un drame humain, et à des réactions qui lassent songeur sur l'état de notre monde.Le scénario est incroyable. Alors que l'on approche de la fin des prolongations, l'entraîneur anglais Gareth Southgate fait monter au jeu deux remplaçants, Marcus Rashford (Manchester United) et Jason Sancho (ex-Borussia Dortmund, qui le rejoint à United cette saison). Ce sont deux jeunes talents du football anglais, peu utilisés durant le tournoi. Il reste à peine une minute de jeu et ils touchent à peine le ballon. Leur mission, ce sont les pénaltys.L'épreuve psychologique terrible des tirs au but tourne au fiasco pour l'Angleterre. Et pour ses jeunes. Marcus Rashford titre sur le poteau, Jason Sancho voit son tir arrêté par le gardien italien Gianluigi Donnarumma (un autre jeune désigné, ironie du sort, meilleur joueur du tournoi). Et pour clore la séance, un autre jeune, Bukayo Saka (Arsenal, 19 ans) tire en étant tétanisé par le stress: un nouvel arrêt du gardien envoie l'Italie au septième ciel.C'est avant tout un drame humain au coeur de ce moment fort de la saison sportive. Sur la RTBF, le consultant Stephan Strekker souligne judicieusement que l'entraîneur anglais n'a pas mis ces trois joueurs dans contexte favorable, alors qu'il leur avait retiré sa confiance. Rashford et Sancho ont été pratiquement ignorés durant le tournoi, Saka n'était pas titulaire pour la finale. Roy Keane, sur la BBC, déplore que certains joueurs expérimentés se sont cachés en refusant de tirer, abandonnant les jeunes à leur sort.Mais au-delà du drame humain, dans l'Angleterre du Brexit, c'est aussi un triste révélateur. Rapidement, sur les réseaux sociaux, des messages racistes abondent au sujet des trois pépités, dont la tonalité est hallucinante, entre demandes de renvoie en Afrique et menaces de mort.Le Premier ministre anglais, Boris Johnson, a dénoncé ce comportement: "L'équipe d'Angleterre mérite d'être saluée comme des héros, pas d'être harcelée racialement sur les réseaux sociaux. Ceux qui sont responsables de ces abus devraient être honteux d'eux-mêmes."Arsenal, l'équipe de Bukayo Saka, envoie un message de réconfort à son joueur, tandis que les soutiens abondent des quatres coins du monde. La Fédération anglaise de football condamne: "Nous ne pouvons pas être plus clair: ceux qui ont un tel comportement ignoble ne sont pas bienvenus à suivre l'équipe". Tout sera mis en oeuvre pour soutenir les joueurs et des sanctions réclamées, tandis que la police enquête.De nombreux matchs du tournoi ont débuté par un instant très politique avec les joueurs mettant le genou à terre en soutien au mouvement Black lives matter: ce dénouement montre qu'il reste bien du travail à faire dans notre monde où les réseaux sociaux deviennent trop souvent la poubelle des tourments de l'âme humaine.