"Et je suis fier d'être un Américain, pays où au moins je suis libre." Qui cherchait une preuve que Donald Trump se présentait à la Convention annuelle des conservateurs américains (CPAC), le dimanche 28 février à Orlando, en Floride, en personnage incontournable du Parti républicain, pouvait la trouver dans cet air de country ringard diffusé lors de son entrée sur scène sous les vivats d'une foule tout acquise à sa cause. C'est cette même chanson qui marquait l'apparition du candidat lors des multiples meetings de sa campagne en 2020. Donald Trump, à défaut d'être déjà en route pour la présidentielle de 2024, tout en laissant la porte ouverte à cette option, a tenu à faire passer un message clair: le Parti républicain lui appartient. Malgré deux procédures en destitution et un rôle trouble lors de l'invasion du Capitole par ses partisans le 6 janvier dernier, l'ancien homme d'affaires est incontournable au sein de la formation républicaine et décidera qui mérite ou non son adoubement lors des élections de mi-mandat en 2022.
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"Et je suis fier d'être un Américain, pays où au moins je suis libre." Qui cherchait une preuve que Donald Trump se présentait à la Convention annuelle des conservateurs américains (CPAC), le dimanche 28 février à Orlando, en Floride, en personnage incontournable du Parti républicain, pouvait la trouver dans cet air de country ringard diffusé lors de son entrée sur scène sous les vivats d'une foule tout acquise à sa cause. C'est cette même chanson qui marquait l'apparition du candidat lors des multiples meetings de sa campagne en 2020. Donald Trump, à défaut d'être déjà en route pour la présidentielle de 2024, tout en laissant la porte ouverte à cette option, a tenu à faire passer un message clair: le Parti républicain lui appartient. Malgré deux procédures en destitution et un rôle trouble lors de l'invasion du Capitole par ses partisans le 6 janvier dernier, l'ancien homme d'affaires est incontournable au sein de la formation républicaine et décidera qui mérite ou non son adoubement lors des élections de mi-mandat en 2022. Au sein du Parti républicain, la critique publique de Donald Trump relève désormais du blasphème. Ce n'est pas Mitch McConnell qui contredira ce constat. Le chef de la minorité républicaine au Sénat, personnage incontournable du parti à Washington depuis plus de trente ans, avait critiqué ouvertement le président en exercice pour des propos jugés "incendiaires" ayant mené au saccage du Capitole. Quelques semaines plus tard, après avoir refusé de voter en faveur de sa destitution dans un retournement de veste dont il a le secret, Mitch McConnell l'avait tout de même encore écorné pour son rôle cet après-midi-là. Il en a rapidement payé le prix. Le 16 février, dans son premier communiqué après son acquittement, Donald Trump qualifiait le sénateur du Kentucky de "politicien amateur, sombre, renfrogné et par trop austère", et affirmait que le Parti républicain "ne gagnerait plus s'il devait rester à la barre". Les parlementaires républicains vivent désormais dans la peur. La critique du maître peut s'avérer fatale. A Orlando, Donald Trump a certainement entériné une réalité: il dispose désormais de la légitimité populaire pour faire et défaire les carrières politiques. La résistance secrète n'y changera rien. L'histoire de Liz Cheney en fournit une illustration sans équivoque. La fille de Dick, le vice-président de George W. Bush de 2001 à 2009, représentante du Wyoming et numéro trois du parti, avait fait l'objet d'un vote de confiance à bulletin secret de la part de ses collègues républicains de la Chambre basse après s'être prononcée, début février, en faveur de la destitution de Donald Trump. La confiance lui avait été renouvelée à 145 voix contre 61, preuve que les membres républicains de la Chambre, retranchés derrière l'anonymat et préservés des risques électoraux, ne veulent pas voir le parti faire l'objet d'une purge dont l'enjeu serait le soutien à l'ancien président. C'est pourtant ce que Donald Trump se propose de faire en vue des élections de mi-mandat au cours desquelles les républicains tenteront de reprendre le Sénat aux démocrates, avec en vue la prochaine élection présidentielle. Les supputations vont d'ailleurs déjà bon train sur la figure du prochain ticket présidentiel de la droite américaine. Mike Pence n'étant plus en odeur de sainteté, Kevin McCarthy, leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, ou Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, font office de favoris pour officier comme candidats à la vice-présidence si Donald Trump devait se représenter en 2024. Il aura alors 77 ans. L'histoire ne dit pas selon quelle logique l'ancien président, qui .crie aux élections truquées depuis le 8 novembre 2020, ferait à nouveau confiance quatre ans plus tard à un système électoral dont il ne cesse de remettre en cause la légitimité. De quels instruments dispose Donald Trump pour asseoir sa stratégie dans les deux années à venir? Porte-drapeau d'un mouvement "America First" qui, comme en témoigne encore la convention CPAC d'Orlando, suscite l'hystérie parmi ses troupes, il dispose de deux armes principales. Largement impopulaire auprès des médias traditionnels acquis aux idées démocrates, banni de Twitter, sa plateforme de communication favorite, en froid avec Fox News, sa chaîne de télévision de prédilection, après que cette dernière s'est montrée critique envers son discours du 6 janvier, l'ancien président tente désormais de s'appuyer sur un réseau médiatique "de secours", dont la station de télévision Newsmax constitue le premier bataillon. Lancé il y a une vingtaine d'années et disponible sur le câble, cet opérateur constitue désormais la quatrième chaîne d'information la plus populaire du pays: trente millions d'Américains s'en réclament comme première source d'information. Complètement acquise à l'agenda politique de Donald Trump, Newsmax diffuse un message conservateur "dur" mais peine encore à attirer à elle des personnalités médiatiques ou des invités de premier plan. Les grandes figures du conservatisme télévisuel américain comme Tucker Carlson sont restées fidèles à Fox News. L'enthousiasme à l'endroit des idées conservatrices et la couverture de la voix du maître y sont pourtant constants, à l'instar d'un intervenant qui prédisait, le dimanche 28 février, que l'agenda America First "survivrait à la mort de Trump (lui-même)". L'ancien président peut aussi compter sur un réseau de petites stations télé (One America News, entre autres) et de talk radios, radios de débats très populaires aux Etats-Unis, dont les animateurs suivent fidèlement sa ligne. L'argent est l'autre élément requis pour diffuser le message de Donald Trump et lui permettre de soutenir les candidats républicains qu'il a adoubés. Il dispose pour ce faire d'un trésor de guerre amassé après qu'il eut pressé ses partisans de l'aider financièrement dans sa lutte contre des élections "truquées". Quelque 255 millions de dollars ont été récoltés grâce à des pratiques extrêmement douteuses visant à faire croire que l'ancien président versait dix dollars au fonds pour chaque dollar donné par ses supporters. Une fois les élections définitivement validées, un comité politique (PAC) dénommé "Save America", destiné à relayer les idées de M. Trump, a été créé. Il a déjà récolté des dizaines de millions de dollars...