Combien de temps reste-t-il dans le minuteur de survie de Florian Philippot au sein du Front national ? Il est clair que l'ambiance n'est pas au beau fixe entre le numéro 2 du parti et Marine Le Pen, présidente du Front national. Nombre d'éléments laissent percevoir une guerre froide entre l'héritière du parti et son bras droit. A commencer par l'éviction de Sophie Montel, de son poste de présidente du groupe FN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, par Marine Le Pen. Sophie Montel est très proche de Florian Philippot, elle a été une des pièces maitresses du processus de dédiabolisation du Front national, notamment quand il s'agissait de défendre des positions en faveur du droit à la contraception et à l'avortement contre Marion-Maréchal Le Pen, nièce de Marine Le Pen. La décision de la présidente du FN est vue comme une intention d'affaiblissement de la ligne politique de Florian Philippot au sein du parti. Ce dernier, par ailleurs, n'a pas tardé à rétorquer : "C'est mon amie, je n'abandonne pas mes amis, certainement pas. [...] j'ai été beaucoup attaqué. Elle, elle a toujours été là. Donc je ne l'abandonnerai jamais", a prévenu l'ex-chevènementiste.

Ce lundi encore, le passage de l'énarque à la matinale de Public Sénat ne devrait pas plaire à sa présidente. Le vice-président du FN a défendu le projet d'électrifier l'Afrique porté par un des plus grands opposants à Marine Le Pen, l'ancien ministre de l'Economie, UDI (Union des Démocrates Indépendants), Jean-Louis Borloo. "Son projet est génial et je le porterai au Parlement européen" s'est aventuré Florian Philippot.

Le FN sans Philippot : Quelles conséquences politiques et idéologiques pour le parti ?

A entendre la métaphore du minuteur, le Front national exploserait si Florian Philippot en est exclu. Si cela est loin d'être l'hypothèse la plus probable à court terme, il n'en reste pas moins que le parti risque de passer par une période de turbulence politique et idéologique à moyen et à long terme.

Il faut rappeler qu'avant sa rencontre avec Marine Le Pen en 2009, Florian Philippot était jusque-là étranger au milieu de l'extrême droite en France. Bien au contraire, c'est de l'autre côté de l'échiquier politique que le futur frontiste cherchait ses fréquentations politiques. Ainsi, lors des élections présidentielles de 2002 en France, Florian Philippot a participé à la campagne de Jean-Pierre Chevènement, ancien socialiste. Quelques années plus tard, on le retrouve en tant que militant dans un meeting de Jean-Luc Mélenchon, alors membre du parti socialiste, pour appeler à voter contre le traité établissant une constitution européenne.

En 2011, Florian Philippot est officiellement membre du FN. Il est choisi par Marine Le Pen pour s'occuper de la direction stratégique de sa campagne pour les élections présidentielles de 2012. Depuis cette date, Florian Philippot a fait de la question sociale le cheval de bataille du Front national. L'augmentation du Smic, la retraite à 60 ans, ou encore la revendication de davantage de protection sociale pour les salariés sont quelques exemples du nouveau programme économique et social du Front national, version Philippot. Il est aux antipodes de celui de l'ère de Jean-Marie Le Pen, ouvertement libéral. Il est par conséquent indéniable que ce discours social a "humanisé" l'image du Front nationale dans l'opinion publique, séduisant ainsi nombre d'électeurs qui ne se reconnaissent pas d'instinct dans les orientations nationalistes du parti.

Mais comme le veut l'adage, chassez le naturel il revient au galop. Aujourd'hui, c'est exactement cette ligne politique - en plus de la question de l'euro - de Florian Philippot qui est remise en question par les ténors du parti. Plusieurs voix s'élèvent pour remettre sur le devant de la scène les thématiques migratoires et sécuritaires, davantage compatibles avec l'ADN du parti.

Nidal Taibi.