Et à part ça? Au Yémen, dans le désert de la province orientale d'Al-Mahra, un immense trou de trente mètres de diamètre s'ouvre sur le sol en un cercle quasi parfait d'où s'échappent, parfois, des effluves nauséabonds. Comme si le diable en personne, enfoui dans la terre, venait de temps en temps à la surface regarder l'état du monde avant de replonger, le souffle fétide, l'oeil rassuré, au fond de ses abîmes enflammés. Qu'a-t-il vu, le diable, depuis ce trou que des spéléologues ont décidé d'infiltrer la semaine dernière, en laissant derrière eux la légende qui veut que tous ceux qui l'appr...

Et à part ça? Au Yémen, dans le désert de la province orientale d'Al-Mahra, un immense trou de trente mètres de diamètre s'ouvre sur le sol en un cercle quasi parfait d'où s'échappent, parfois, des effluves nauséabonds. Comme si le diable en personne, enfoui dans la terre, venait de temps en temps à la surface regarder l'état du monde avant de replonger, le souffle fétide, l'oeil rassuré, au fond de ses abîmes enflammés. Qu'a-t-il vu, le diable, depuis ce trou que des spéléologues ont décidé d'infiltrer la semaine dernière, en laissant derrière eux la légende qui veut que tous ceux qui l'approchent sont irrésistiblement aspirés en enfer? Une terre devenue désertique, un peuple déchiré et affamé par la guerre, le pire désastre humanitaire au monde selon les termes de l'Organisation des Nations unies. Le conflit entre les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, et les forces gouvernementales, appuyées par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite, a provoqué des dizaines de milliers de morts et jeté la population au bord de la famine. A l'origine de la guerre, une lutte acharnée pour le pouvoir, alimentée de croyances religieuses. Au Yémen, terre natale d'Oussama Ben Laden, règne la charia. On y a arrêté, en octobre 2020, Khalid Batarfi, leader d'Al-Qaeda dans la péninsule arabique l'AQPA, qui a revendiqué l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris en janvier 2015. L'influence des sunnites extrémistes radicaux est de plus en plus grande dans le sud du pays, alors qu'au nord, les rebelles houthis chiites, maîtres de Sanaa depuis septembre 2014, poursuivent leur avancée. En février dernier, après la prise de Marib, dernier bastion gouvernemental dans le nord, qui a fait des centaines de morts dans les deux camps et déplacé des milliers de civils, une lueur d'espoir est venue des Etats-Unis. Le président Joe Biden annonçait la fin du soutien et des ventes d'armes à la coalition militaire menée par l'Arabie saoudite. Riyad enchaînait en affirmant son soutien à une solution politique globale, félicitant son allié américain des efforts diplomatiques entrepris pour parvenir à la paix. La paix, et le Yémen redeviendrait l'Arabia felix, l'Arabie heureuse! Un espoir presque trop lourd à porter que l'on a envie de crier au puits de Barhout, comme le coiffeur du roi Midas. Mais la guerre continue à ravager le Yémen. La France, troisième exportateur mondial d'équipements militaires, avec 4,9 milliards d'euros de prises de commandes en 2020, a pour premier client l'Arabie saoudite. L'Hexagone prend soin d'entourer d'opacité la destination finale de cet arsenal qui, selon plusieurs ONG, sème la mort au Yémen. Le tribunal de Paris vient d'être saisi pour violation du droit international humanitaire, les ONG voulant obliger le gouvernement Macron à communiquer les documents sur l'exportation du matériel de guerre. En attendant, le diable dort au Yémen avec la complicité de l'Occident.