A redouter un débat télé, parce qu'il pourrait s'avérer décisif, et en sa faveur. A croiser les doigts pour que son rival évite toute erreur en fin de campagne. A espérer que le faux pas, elle le commette, elle. A devoir exhorter, supplier même, les indécis et les électeurs des prétendants évincés au premier tour à aller voter, et contre elle. A espérer des consignes qui feront mouche.
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A redouter un débat télé, parce qu'il pourrait s'avérer décisif, et en sa faveur. A croiser les doigts pour que son rival évite toute erreur en fin de campagne. A espérer que le faux pas, elle le commette, elle. A devoir exhorter, supplier même, les indécis et les électeurs des prétendants évincés au premier tour à aller voter, et contre elle. A espérer des consignes qui feront mouche. Clairement, nous voilà donc, en 2017, à réaliser qu'il faut mettre en garde des millions d'adultes, ne sortant pas d'une vie entière passée au fin fond des cavernes : si on jette un aérosol dans un poêle, on le fait exploser, le feu gagne la pièce et on finit par incendier toute la maison et immoler ou asphyxier tous ceux qui y résident. On en est là. Et c'est sidérant. Oui, ce dimanche 7 mai, Marine Le Pen peut gagner. Oui, le Front national peut s'installer à l'Elysée. Porté par les urnes. Pour conjurer le sort, on recourt à l'arithmétique : avec les reports de voix, pas de panique, c'est plié, Macron passe. Mais le fait est que, depuis un bon moment, on exclut toujours le scénario cauchemar et la conséquence est qu'on s'enfonce chaque fois davantage dans le cloaque. L'impensable s'est produit, reproduit et re-reproduit, ces dernières années, partout là où brillaient, une fois pour toutes pensait-on dur comme fer, les symboles de la démocratie. En Europe et aux Etats-Unis émergent partis et individus qui ne s'embarrassent guère des valeurs fondatrices de nos sociétés, remettent en cause les droits acquis et ciblent, tous, ce qu'ils appellent " le système " : les dirigeants traditionnels, les magistrats, les syndicats, les médias... Chaque fois, comme dans la Russie de Poutine et la Turquie d'Erdogan, prétendument " au nom du peuple " qu'ils défendraient, eux et eux seuls, et mieux que quiconque, contre les agressions, lâchetés et compromissions extérieures, émanant des autres " sphères " donc : " les élites ", l'Union européenne, l'islam... Pêle-mêle, on retrouve ces hérauts du national-populisme au pouvoir en Grande- Bretagne (les tenants du Brexit), aux Etats-Unis (Trump), en Hongrie (Orban), en Belgique (N-VA), en Pologne (Droit et Justice), dans plusieurs villes italiennes (Cinque Stelle)... Et on ne les a empêchés d'y accéder que de haute lutte, jusqu'ici, aux Pays-Bas (Wilders), en Autriche (FPÖ), en Suède (Démocrates suédois), en Allemagne (AfD)... Jamais pourtant, et nulle part, l'extrême droite ou ses avatars, pas plus que l'extrême gauche ou ses dérivés, quelle que soit l'appellation sous laquelle ils se sont rassemblés, n'a permis la prospérité, le progrès, les libertés, sur les plans individuel et collectif. Au contraire. Elles n'ont créé que misères et terreurs. Seul le modèle démocratique a été et reste générateur et garant des avancées communes. Sanctionnant lui-même ses travers et leurs responsables, par ses citoyens, sa justice, ses médias. Son système donc. Au nom et dans l'intérêt de tous. Dès lors, entre une Marine Le Pen ou l'un de ses égaux et, mettons, un chien avec un chapeau, tout individu responsable, même meurtri, même légitimement déçu ou dégoûté, va, tout de suite, voter. Pour le chien. Ensuite, avec ses pairs, et l'aide ou non de l'élu canin, il reconstruit tout ce qui s'est affaissé. Tout ce qui a nourri l'échec. Tout ce qui a provoqué le marécage et sa pestilence. En évitant que ne se recreusent les failles, devenues abîmes, qui leur ont permis de proliférer. Ceci ne réclame ni débat, ni consigne, ni prière. C'est l'évidence.