Malgré l'air doux qui flotte en cette fin de journée dans ce département du nord de la France, des mines déconfites investissent le salon de Thomas. Nous sommes le mercredi 17 mai dernier, à Châlons-en-Champagne, et le militant En marche ! accueille dans sa maison, non loin de la cathédrale Saint-Etienne, une vingtaine d'adhérents du mouvement. Trois heures de discussion aux allures de thérapie de groupe. Malgré le sans-faute accordé à Emmanuel Macron depuis sa victoire, les marcheurs locaux s'avouent déboussolés : pourquoi ladirection nationale n'a-t-elle pas investi de candidat aux législatives dans la 4e circonscription de la Marne ? Les participants digèrent mal ce traitement de faveur appliqué au député maire Les Républicains de la ville, Benoist Apparu, un fidèle d'Alain Juppé. Devant ce cours accéléré de realpolitik, la question revient en boucle : pour qui voter le 11 juin ? La réunion s'achève sans décision collective. " Mais ça nous a fait du bien d'échanger ", témoigne Romain Miot, l'un des deux animateurs du comité local.
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Malgré l'air doux qui flotte en cette fin de journée dans ce département du nord de la France, des mines déconfites investissent le salon de Thomas. Nous sommes le mercredi 17 mai dernier, à Châlons-en-Champagne, et le militant En marche ! accueille dans sa maison, non loin de la cathédrale Saint-Etienne, une vingtaine d'adhérents du mouvement. Trois heures de discussion aux allures de thérapie de groupe. Malgré le sans-faute accordé à Emmanuel Macron depuis sa victoire, les marcheurs locaux s'avouent déboussolés : pourquoi ladirection nationale n'a-t-elle pas investi de candidat aux législatives dans la 4e circonscription de la Marne ? Les participants digèrent mal ce traitement de faveur appliqué au député maire Les Républicains de la ville, Benoist Apparu, un fidèle d'Alain Juppé. Devant ce cours accéléré de realpolitik, la question revient en boucle : pour qui voter le 11 juin ? La réunion s'achève sans décision collective. " Mais ça nous a fait du bien d'échanger ", témoigne Romain Miot, l'un des deux animateurs du comité local. A dix jours du premier tour des législatives, une bonne partie des Châlonnais est tout aussi perplexe. Frappée par le départ de régiments de l'armée de terre française et par la perte des directions administratives de l'ex-région Champagne-Ardenne, la ville de 45 000 habitants se cherche encore un avenir. Ici, Marine Le Pen est arrivée en tête le 23 avril dernier, au premier tour de la présidentielle, avec 24,58 % des voix, devant Emmanuel Macron (21,90 %). Un mois plus tôt, Benoist Apparu, député de la Marne depuis 2007, avait décidé de ne pas rempiler à l'Assemblée nationale. Il a choisi comme successeur son adjointe chargée des finances, Lise Magnier. Une bûcheuse de 32 ans qui a redonné de l'air au budget de la ville en taillant dans les dépenses. Investie par les Républicains et la formation centriste de l'UDI, la jeune femme peut compter sur son soutien total, lui a assuré le maire, le 16 mai, lors de l'inauguration de sa permanence de campagne. La veille, l'ancien ministre du Logement de Nicolas Sarkozy avait pourtant appelé la droite et le centre à saisir la main tendue par Emmanuel Macron. Une opération de soutien à la nomination de son ami juppéiste Edouard Philippe comme Premier ministre. " Un coup de poignard dans le dos de nos 577 candidats ", a réagi l'ancien ministre LR Eric Woerth. Depuis trente ans, Châlons héberge le Centre national des arts du cirque. Les habitants apprécient donc en connaisseurs le numéro de funambule de Benoist Apparu. " Le maire a l'habitude de changer de veste ", sourit Anne-Marie Gerfaux, salariée de la chambre de commerce et d'industrie de la Marne. Le porte-parole de Juppé n'est-il pas devenu celui de François Fillon dès le lendemain de la primaire, avant de claquer la porte début mars lorsque le candidat a été rattrapé par les affaires ? Mais la quinquagénaire approuve la volonté de recomposition politique. " Il faut prendre les meilleurs à droite et à gauche ", insiste-t-elle. Attablé dans une brasserie, à deux pas de sa mairie, Benoist Apparu défend sa vision d'une " opposition constructive et non binaire ". En 2013, il avançait déjà l'idée d'un gouvernement d'union nationale. Localement, beaucoup l'imaginaient intégrer le gouvernement de son " pote " Edouard. Lui évacue toute ambition ministérielle, même s'il jugeait récemment qu'" un gros portefeuille ne se refuse pas ". Le 15 juin, l'homme politique entamera, à 47 ans, une nouvelle carrière dans le privé, à la direction de la filiale française d'un groupe international. A l'écouter, la circonscription n'a fait l'objet d'aucun marchandage avec Emmanuel Macron. " C'est son choix de n'investir aucun candidat dans une cinquantaine d'entre elles, jure-t-il. Il se donne ainsi la possibilité de préparer un début de coalition avec les députés qui y seront élus. La vraie recomposition réside dans la fin de ce manichéisme qui régit la vie politique française depuis des décennies. " Cette bienveillance affichée envers le nouveau gouvernement embarrasse la majorité châlonnaise. Les militants LR les plus à droite rejettent toute idée de rapprochement et même les adjoints au maire, souvent d'accord sur le fond, reprochent à l'édile de brûler les étapes. Anticipant une défaite de la droite aux législatives, Benoist Apparu balaie ces prudences tactiques. Et tant pis pour la candidate, contrainte au grand écart permanent entre la ligne officielle du parti et les positions de son mentor. Sans grande conviction, Lise Magnier s'accroche au projet porté par François Baroin, le leader des Républicains pour les législatives. Mais prévient : " Si nous ne remportons pas la majorité absolue, une opposition dogmatique pousserait les électeurs vers les extrêmes. Je voterai les lois utiles pour le pays. " Ses adversaires en doutent. Ils jugent la vice-présidente du conseil départemental de la Marne beaucoup plus à droite que Benoist Apparu et pas vraiment " Macron compatible ". La gauche critique ainsi son appel assez discret - le vendredi 5 mai sur sa page Facebook - à voter pour le fondateur d'En marche ! au second tour de la présidentielle. Le député maire, lui, avait clairement exprimé son choix dès le soir du 23 avril. Entre la candidate LR-UDI et son rival socialiste Rudy Namur, le vaste espace central laissé vacant par la République en marche a suscité des vocations. A quelques heures de la clôture des inscriptions, deux macronistes ont sauté le pas sans l'investiture officielle. Maire respecté de Sainte-Ménehould, commune à l'est de Châlons, Bertrand Courot est un vétéran des scrutins locaux, passé par toutes les bannières de la droite et du centre. Adjointe MoDem au maire du vie arrondissement de Paris, Anne-Sophie Godfroy est récemment revenue militer dans sa ville natale. Pas assez légitimes pour changer la donne de l'élection, veut croire leur concurrent PS. Rudy Namur entend capter à son profit la déception des orphelins d'En marche ! Sur son premier tract de campagne, il a apposé la mention " Majorité progressiste ". " Finalement, c'est peut-être à lui qu'En marche ! a fait une fleur ", avance Romain Miot, l'animateur du comité local. Romain, fonctionnaire de 37 ans, garde en tête le danger Front national. A Suippes ou Mourmelon, au nord de Châlons, Marine Le Pen a obtenu plus de 60 % des voix face à Emmanuel Macron. Dans ce paysage politique en pleine mutation, un bon score du candidat FN Thierry Besson semble probable. A l'inverse, Lise Magnier se dit " incapable d'évaluer ce que pèse l'étiquette LR ". Elle est loin d'être la seule. Par Thierry Dupont.