Dans le nord-ouest de la Bosnie, près de la frontière croate, le camp de Lipa est dépourvu de tout après avoir été dévoré par les flammes voici une semaine. La neige est tombée jeudi sur le site sinistré, où les migrants sont exposés à des vents glaciaux.

Depuis des jours, acteurs locaux et internationaux parlent d'une "catastrophe humanitaire". Ils constatent aussi qu'elle était prévisible, mais se renvoient la responsabilité.

Lipa accueillait depuis avril plus d'un millier de personnes mais était inadapté à l'hiver. Constitué de grandes tentes, le camp n'a jamais été raccordé au réseau électrique et n'avait pas d'eau courante.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), gestionnaire du site avec d'autres ONG, a décidé pour cette raison de retirer ses équipes et réclame aux autorités de rouvrir le centre d'accueil de Bira, dans la ville voisine de Bihac.

Ce centre installé dans une usine désaffectée avait été fermé début octobre, juste avant les municipales, sous la pression des habitants.

C'était une promesse électorale que le maire Suhret Fazlic est déterminé à tenir: "Nous ne permettrons pas qu'ils y retournent. Il s'agit de notre sécurité", répète-t-il à l'envi.

Il a rejoint mercredi soir des dizaines d'habitants rassemblés devant le site pour empêcher tout retour des migrants.

"Comme un animal"

Sa ville de 56.000 habitants est située sur la "route des Balkans" et a été traversée depuis 2018 par des dizaines de milliers de marcheurs qui fuient les conflits et la pauvreté au Proche-Orient, en Asie et en Afrique.

e, BELGA
e © BELGA

Ils sont actuellement environ 8.500 en Bosnie, l'un des pays les plus pauvres d'Europe, selon Peter Van der Auweraert, responsable de l'OIM dans le pays. Près de 6.000 d'entre eux vivent dans des centres d'accueil, tandis "qu'entre 2.500 et 3.000 n'ont pas d'abri".

Beaucoup squattent des bâtiments et maisons abandonnés, et essayent régulièrement de passer en Croatie, pays membre de l'Union européenne, qui les refoule tout aussi régulièrement vers la Bosnie.

Selon la police, l'incendie le 23 décembre à Lipa est vraisemblablement l'oeuvre des migrants eux-même, pour protester contre le retrait de l'OIM.

Le maire de Bihac s'en prend à l'OIM: "J'ai l'impression qu'ils voulaient provoquer cette situation".

Une solution semblait avoir été trouvée mardi, lorsque le ministre bosnien de la Sécurité, Selmo Cikotic, a annoncé qu'ils seraient hébergés dans une ancienne caserne à Bradina, un village du sud du pays. Un millier de migrants sont alors montés dans des autocars.

Mais face à l'hostilité des habitants de ce village, les autocars ne sont jamais partis et les migrants ont été raccompagnés dans le camp calciné après une nuit et une journée passées à bord des véhicules.

"J'ai malheureusement appris à vivre comme un animal. Qu'ils nous conduisent ailleurs ou qu'ils nous laissent ici, ça m'est égal. C'est mieux même de rester ici parce que la frontière n'est pas loin et je vais retenter le 'game' dans les prochains jours", dit à l'AFP Nuha, un Iranien de 35 ans.

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"Inhumain et humiliant"

Le terme anglais "game" est utilisé par des migrants pour désigner leurs tentatives pour franchir la frontière avec la Croatie dans cette région montagneuse et boisée.

Pour Nuha, "la plus grande douleur" est celle d'être séparé de son épouse et de leur fils né "sur la route", en Grèce. Ils sont au Royaume-Uni depuis deux ans.

"Les migrants sont indésirables où que vous essayiez de les héberger", déplore le ministre de la Sécurité Cikotic, qui demande, lui aussi, aux autorités municipales et cantonales de permettre la réouverture du centre de Bihac.

Car il ne peut pas le leur ordonner. Le pouvoir dans ce pays ethniquement divisé est très décentralisé. Les autorités locales peuvent refuser les décisions du gouvernement fédéral.

"Ca montre très bien la faiblesse de l'Etat" bosnien doté d'un système politique nécessitant "un consensus entre différents niveaux, constate Peter Van der Auweraert.

Le bureau des droits de l'Homme de l'ONU s'est insurgé sur Twitter contre "les souffrances inacceptables" des migrants, appelant les autorités à répondre de manière "urgente" à leur "devoir de protection".

"Il est clair que la solution immédiate et pratique est la réouverture du centre de Bira", à Bihac, juge la commissaire européenne Ylva Yohansson, alors que l'UE a fourni à la Bosnie quelque 85,5 millions d'euros depuis 2018 pour l'aider face à la migration.

Husein Kavazovic, le grand mufti de Bosnie, dont la moitié des 3,5 millions d'habitants sont musulmans, dénonce le "traitement inacceptable" réservé aux migrants. "Le traitement inhumain et humiliant de ces gens est une honte pour la Bosnie, mais aussi pour l'Europe".

Dans le nord-ouest de la Bosnie, près de la frontière croate, le camp de Lipa est dépourvu de tout après avoir été dévoré par les flammes voici une semaine. La neige est tombée jeudi sur le site sinistré, où les migrants sont exposés à des vents glaciaux.Depuis des jours, acteurs locaux et internationaux parlent d'une "catastrophe humanitaire". Ils constatent aussi qu'elle était prévisible, mais se renvoient la responsabilité.Lipa accueillait depuis avril plus d'un millier de personnes mais était inadapté à l'hiver. Constitué de grandes tentes, le camp n'a jamais été raccordé au réseau électrique et n'avait pas d'eau courante.L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), gestionnaire du site avec d'autres ONG, a décidé pour cette raison de retirer ses équipes et réclame aux autorités de rouvrir le centre d'accueil de Bira, dans la ville voisine de Bihac.Ce centre installé dans une usine désaffectée avait été fermé début octobre, juste avant les municipales, sous la pression des habitants. C'était une promesse électorale que le maire Suhret Fazlic est déterminé à tenir: "Nous ne permettrons pas qu'ils y retournent. Il s'agit de notre sécurité", répète-t-il à l'envi.Il a rejoint mercredi soir des dizaines d'habitants rassemblés devant le site pour empêcher tout retour des migrants."Comme un animal"Sa ville de 56.000 habitants est située sur la "route des Balkans" et a été traversée depuis 2018 par des dizaines de milliers de marcheurs qui fuient les conflits et la pauvreté au Proche-Orient, en Asie et en Afrique. Ils sont actuellement environ 8.500 en Bosnie, l'un des pays les plus pauvres d'Europe, selon Peter Van der Auweraert, responsable de l'OIM dans le pays. Près de 6.000 d'entre eux vivent dans des centres d'accueil, tandis "qu'entre 2.500 et 3.000 n'ont pas d'abri".Beaucoup squattent des bâtiments et maisons abandonnés, et essayent régulièrement de passer en Croatie, pays membre de l'Union européenne, qui les refoule tout aussi régulièrement vers la Bosnie.Selon la police, l'incendie le 23 décembre à Lipa est vraisemblablement l'oeuvre des migrants eux-même, pour protester contre le retrait de l'OIM.Le maire de Bihac s'en prend à l'OIM: "J'ai l'impression qu'ils voulaient provoquer cette situation".Une solution semblait avoir été trouvée mardi, lorsque le ministre bosnien de la Sécurité, Selmo Cikotic, a annoncé qu'ils seraient hébergés dans une ancienne caserne à Bradina, un village du sud du pays. Un millier de migrants sont alors montés dans des autocars. Mais face à l'hostilité des habitants de ce village, les autocars ne sont jamais partis et les migrants ont été raccompagnés dans le camp calciné après une nuit et une journée passées à bord des véhicules."J'ai malheureusement appris à vivre comme un animal. Qu'ils nous conduisent ailleurs ou qu'ils nous laissent ici, ça m'est égal. C'est mieux même de rester ici parce que la frontière n'est pas loin et je vais retenter le 'game' dans les prochains jours", dit à l'AFP Nuha, un Iranien de 35 ans."Inhumain et humiliant"Le terme anglais "game" est utilisé par des migrants pour désigner leurs tentatives pour franchir la frontière avec la Croatie dans cette région montagneuse et boisée.Pour Nuha, "la plus grande douleur" est celle d'être séparé de son épouse et de leur fils né "sur la route", en Grèce. Ils sont au Royaume-Uni depuis deux ans."Les migrants sont indésirables où que vous essayiez de les héberger", déplore le ministre de la Sécurité Cikotic, qui demande, lui aussi, aux autorités municipales et cantonales de permettre la réouverture du centre de Bihac.Car il ne peut pas le leur ordonner. Le pouvoir dans ce pays ethniquement divisé est très décentralisé. Les autorités locales peuvent refuser les décisions du gouvernement fédéral."Ca montre très bien la faiblesse de l'Etat" bosnien doté d'un système politique nécessitant "un consensus entre différents niveaux, constate Peter Van der Auweraert.Le bureau des droits de l'Homme de l'ONU s'est insurgé sur Twitter contre "les souffrances inacceptables" des migrants, appelant les autorités à répondre de manière "urgente" à leur "devoir de protection"."Il est clair que la solution immédiate et pratique est la réouverture du centre de Bira", à Bihac, juge la commissaire européenne Ylva Yohansson, alors que l'UE a fourni à la Bosnie quelque 85,5 millions d'euros depuis 2018 pour l'aider face à la migration.Husein Kavazovic, le grand mufti de Bosnie, dont la moitié des 3,5 millions d'habitants sont musulmans, dénonce le "traitement inacceptable" réservé aux migrants. "Le traitement inhumain et humiliant de ces gens est une honte pour la Bosnie, mais aussi pour l'Europe".