Le dimanche 23 juin dernier, Ekrem Imamoglu (photo) remportait les élections municipales à Istanbul, devançant le candidat de l'AKP, le parti du président Erdogan, avec plus de 54 % des suffrages. Pour Le Vif/L'Express, il revient sur cette victoire historique.

Que représente votre élection pour la Turquie ?

Lorsque notre première victoire a été annulée, le 31 mars, sur décision de l'autorité électorale, j'ai dit aux habitants d'Istanbul que nous gardions espoir, car la souveraineté appartient au peuple. Ce jour funeste, les droits des Stambouliotes ont été usurpés, leur conscience a été blessée. Nous avons alors compris que nous aurions leur soutien lors du nouveau scrutin. Le 23 juin, nous avons vu combien le peuple a confiance dans la démocratie. Nous avons assisté au retour de la justice.

Comment expliquez-vous la défaite de l'AKP ?

Les Stambouliotes ont donné une leçon aux détenteurs du pouvoir, qui pensaient tout contrôler, y compris le processus judiciaire. Nous espérons que cette victoire sera un avertissement pour le pouvoir turc, mais aussi pour tous ceux qui, dans le monde entier, s'opposent à leur peuple.

En votant pour vous, les Stambouliotes ont-ils voulu sanctionner le président, Recep Tayyip Erdogan ?

Je ne pense pas qu'il soit utile de chercher à savoir s'il s'agit ou non d'une punition. M. Erdogan n'est pas mon rival. Il est le président de la République. Bien sûr, j'aurais aimé qu'il ne s'engage pas sur le terrain lors des élections et qu'il garde la même distance avec tous les candidats. Maintenant, chacun peut tirer ses propres conclusions des résultats.

Quelles sont vos priorités ?

L'un des problèmes les plus importants de cette ville est la circulation. Nous allons lancer une consultation sur les transports, notamment dans le métro. Les mères d'enfants de moins de 4 ans bénéficieront de services de transport gratuits. Dès que possible, nous subviendrons aussi aux besoins en lait, en pain et en eau des familles vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Nous devons aussi nous préparer à l'éventualité d'un séisme, qui menacerait la sécurité de centaines de milliers de personnes.

Vous n'avez pas la majorité au conseil municipal. Cela va-t-il limiter votre action ?

C'est une question que l'on me pose souvent... N'oubliez pas que le public assiste désormais en direct, via Internet, aux discussions du conseil municipal. Les Stambouliotes peuvent voir par eux-mêmes qui soutient les décisions et qui les bloque. Chaque membre du conseil doit avoir conscience qu'il est évalué. Lors de mon premier passage à la mairie d'Istanbul (NDLR : qui n'avait duré que dix-huit jours, avant que l'élection soit annulée), certaines de mes mesures avaient été acceptées à l'unanimité. Je suis confiant sur notre capacité de surmonter les blocages.

Vous avez fait campagne en vous appuyant sur le caractère multiconfessionnel d'Istanbul. Quels sont vos projets dans ce domaine ?

Durant la campagne, nous avons toujours dit que nous considérerions toutes les croyances de la même façon. J'avais déjà procédé ainsi lorsque j'étais maire de Beylikdüzü, l'un des districts d'Istanbul. Nous allons créer une entité qui sera dédiée aux affaires religieuses. Elle sera composée de représentants des différentes confessions. Chacun aura son mot à dire sur la gestion de la ville.

Par Yeliz Bozkurt.