Dominic Cummings, 48 ans, est au coeur d'une tempête politique depuis que deux journaux ont révélé qu'il s'était rendu, fin mars, avec sa femme et leur fils chez ses parents à Durham - à 400 km au nord-est de Londres- , alors qu'il craignait d'être atteint du Covid-19.
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Dominic Cummings, 48 ans, est au coeur d'une tempête politique depuis que deux journaux ont révélé qu'il s'était rendu, fin mars, avec sa femme et leur fils chez ses parents à Durham - à 400 km au nord-est de Londres- , alors qu'il craignait d'être atteint du Covid-19.Dominic Cummings estime pourtant que se rapprocher de sa famille était "une bonne chose", et ne regrette pas d'avoir entrepris le voyage avec son jeune fils et sa femme - alors que celle-ci avait développé des symptômes du coronavirus. Selon Downing Street, Dominic Cummings avait en effet besoin d'aide pour la garde de son fils, puisque sa femme était malade, et que lui aussi commençait à développer quelques symptômes.Au Royaume-Uni, le deuxième pays le plus endeuillé par la pandémie avec 36.793 morts, cette affaire ajoute encore un poids sur les épaules de Boris Johnson, vivement critiqué pour sa gestion de la crise et la mise en place tardive du confinement. Elle pourrait même prendre un tour judiciaire, soulignent le Guardian et le Daily Mirror, à l'origine des révélations qui font scandale.Dimanche soir 24 mai, malgré la polémique, Boris Johnson a en effet choisi de sauver la tête de son conseiller spécial. "Je pense qu'il a suivi l'instinct de chaque père et de chaque parent, et je ne vais pas lui en tenir rigueur", a-t-il déclaré. Selon lui, Dominic Cummings a donc agi de "façon responsable, légale et avec honnêteté". Un parti pris plutôt risqué de la part du Premier ministre. L'intervention de Boris Johnson, loin d'avoir clos la polémique, l'a affaibli politiquement, y compris au sein de ses propres troupes."C'était un test pour le Premier ministre et il a échoué", a réagi le chef de l'opposition travailliste Keir Starmer, dénonçant "une insulte aux sacrifices faits par le peuple britannique". "Des millions de gens ont mis leurs vies entre parenthèses, ont fait des sacrifices énormes pour obéir aux règles pendant cette période", a souligné une responsable du parti travailliste, Sarah Jones. "Nous avons vu les coeurs brisés de gens qui n'ont pas pu assister aux obsèques de ceux qu'ils aiment", a-t-elle dénoncé sur Sky News."Nous ne pouvons pas être dans une situation où il y a une règle pour le public et une autre pour les politiciens", a déclaré Robert Largan, député conservateur.Les critiques surgissent de toutes parts, bien au-delà même du spectre politique. Selon l'un des scientifiques chargés de conseiller le gouvernement, le Pr Stephen Reicheir, Boris Johnson a "laminé tous les conseils que nous lui avons donnés sur la manière d'assurer la confiance et l'adhésion" des Britanniques aux consignes nécessaires pour lutter contre la propagation du virus.Des responsables de l'Eglise ont abondé dans le même sens : "la question à présent est celle-ci : est-ce que l'on accepte que l'on nous mente et que le Premier ministre nous prenne pour des poires ?", a tweeté l'évêque de Leeds, Nick Baines.Avant cette affaire, deux autres "personnalités" ont remis leur démission pour cause de non-respect du confinement.Un influent conseiller scientifique du gouvernement, le Pr Neil Ferguson, a en effet démissionné après avoir reçu chez lui une femme, présentée comme sa maîtresse. La cheffe des services sanitaires écossais, Catherine Calderwood, a, elle aussi, quitté son poste après avoir reconnu s'être rendue à deux reprises dans sa résidence secondaire.Au vu de ces deux exemples, pourquoi ne pas simplement admettre ses torts et s'excuser ? Dominic Cummings serait-il à ce point indispensable au Premier ministre ? S'il est vrai que cette élite a certainement fait pencher la balance en faveur du Brexit - du moins a-t-il joué un rôle clé lors du referendum de 2016 -, il semble aujourd'hui être devenu un personnage encombrant qui pourrait bien mettre à mal l'autorité de Boris Johnson. "D'habitude, [Boris Johnson] s'arrange pour être son propre pire ennemi - maintenant, il semble que ce soit Dominic Cummings, son conseiller principal", écrit Simon Jenkins, chroniqueur britannique. "Dans l'affaire de Durham, un sage stratège politique aurait donné un simple conseil. Monsieur le Premier ministre, dites simplement que vous êtes désolé."