L'opposition libérale russe a engrangé une progression électorale inhabituelle à Moscou lors des scrutins locaux organisés il y a près de deux semaines. Elle aurait obtenu 15% des sièges dans différents quartiers de la capitale, soit 150 conseillers municipaux, malgré un paysage politique largement dominé par le parti du Kremlin et qui a remporté des victoires écrasantes dans la plupart des autres régions.
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L'opposition libérale russe a engrangé une progression électorale inhabituelle à Moscou lors des scrutins locaux organisés il y a près de deux semaines. Elle aurait obtenu 15% des sièges dans différents quartiers de la capitale, soit 150 conseillers municipaux, malgré un paysage politique largement dominé par le parti du Kremlin et qui a remporté des victoires écrasantes dans la plupart des autres régions. Cette percée n'est peut-être pas spectaculaire, mais elle est avant tout symbolique. Et elle est en grande partie l'oeuvre d'un ex-député d'opposition : Dmitri Goudkov. Ce jeune homme fringant et élancé de 37 ans a réussi à former une alliance hétéroclite de candidats indépendants et de militants sous le nom de "Démocrates Unis". Un tour de force d'autant plus spectaculaire que ses formations sont issues d'une opposition dite "non-systémique". Soit des formations qui ne sont pas affiliées à des partis d'opposition que le Kremlin tolère pour donner l'illusion du pluripartisme. Ce sont aussi des mouvements disparates qui s'auto sabotent par des guerres intestines et qui sont l'objet de nombreux tracas administratifs qui les empêchent de participer aux élections. Goudkov est parvenu à les rassembler en ciblant la base plutôt que les caciques de la politique. À partir d'une équipe composée de dizaines de jeunes, il a recruté et piloté 3000 candidats potentiels qui avaient pour la majorité d'entre eux moins de 35 ans et qui n'avaient jamais fait de politique. Chacun des candidats va bénéficier de conseils, d'un kit pour se retrouver dans les méandres de l'administration, d'un site Internet commun et pouvoir s'appuyer sur un modèle identique de tract adapté à chaque quartier. L'opération a été financée par des dons récoltés à travers diverses récoltes de fonds. Les candidats vont aussi se baser sur une approche relativement inédite en Russie: faire du porte-à-porte dans les 45 000 immeubles de la capitale russe.Grace à cette stratégie, "Démocrates Unis" va réussir à proposer 930 candidats et à en faire élire 150 à Moscou. Et cerise sur la gâteau : tous les sièges dans la très chic commune où vote Vladimir Poutine. On notera tout de même que Moscou n'est pas forcément représentatif du reste du pays et est traditionnellement plus favorable à l'opposition. L'un de ses membres les plus célèbres, Alexeï Navalny, y avait emporté près d'un tiers des voix lors de l'élection à la mairie en 2013. Ce dernier n'a cependant pas pu contribuer au dernier suffrage puisque ni Navalny, ni son parti n'étaient autorisés à se présenter. De toute façon, il préfère se concentrer sur les présidentielles du 16 mars 2018 bien que diverses barrières administratives risquent de l'en priver. Patience et ténacité La "fronde" de Goudkov est donc pour l'instant surtout symbolique, sauf que le président russe pourrait bien trouver dans ce jeune opposant sa véritable bête noire. D'autant plus que s'il est encore relativement jeune, ce dernier a tout de même quelques gestes politiques forts à son actif. Par exemple, Goudkov est l'un des organisateurs, avec Alexeï Navalny et Boris Nemtsov, des protestations suite à la réélection de Vladimir Poutine en 2012. Parlementaire, il va voter contre la loi limitant les investissements étrangers dans les médias ou celle interdisant l'adoption d'orphelins russes par des Américains. Et en 2013, il va même se lancer avec son père, qui est aussi parlementaire, et Ilya Ponomarev, une obstruction parlementaire de 11 heures pour tenter d'empêcher un vote aggravant les sanctions contre les personnes participant à des manifestations non-autorisées.La tentative sera vaine, mais aura néanmoins des conséquences puisque son père sera privé de son mandat pour malversation et Ponomarev va devoir se réfugier en Ukraine après avoir été le seul à voter contre l'annexion de la Crimée en 2014. Pour la petite histoire, Goudkov s'était juste abstenu. Depuis 2013, il siégeait comme indépendant après avoir "été exclu du parti Russie juste pour participation à un débat organisé à Washington par un think tank libéral américain." précise Slate. Il sera battu aux élections de 2016 et prépare depuis son retour en politique et vise dans un premier temps la mairie de Moscou.Goudkov va en effet passer son tour pour les élections de 2018, que beaucoup considèrent comme déjà joué d'avance. Fort d'une popularité considérable, Vladimir Poutine n'a pas officiellement fait part de ses intentions, mais il devrait, sauf énorme surprise, se présenter pour un quatrième mandat de six ans. En attendant, Goudkov place tranquillement ses pions pour 2024. Il est vrai que rien ne presse puisqu'il n'aura alors que 44 ans.