Crise politique, récession économique, mécontentement social : c'est une puissance moribonde, le Brésil, qui, jusqu'au 21 août, concentrera sur elle l'attention des amateurs de sport mais loin, très loin, pour les Brésiliens, de l'enthousiasme qui avait finalement pris le pas sur la colère de la rue lors du Mondial de football de 2014. Au moins, les puristes qui ne conçoivent le sport que vierge de toute interférence politique pouvaient-ils espérer que la dimension compétitive serait, elle, épargnée. Or ce ne sera évidemment pas le cas. Les Jeux de Rio peuvent d'ores et déjà être dépeints comme ceux de l'immense scanda...

Crise politique, récession économique, mécontentement social : c'est une puissance moribonde, le Brésil, qui, jusqu'au 21 août, concentrera sur elle l'attention des amateurs de sport mais loin, très loin, pour les Brésiliens, de l'enthousiasme qui avait finalement pris le pas sur la colère de la rue lors du Mondial de football de 2014. Au moins, les puristes qui ne conçoivent le sport que vierge de toute interférence politique pouvaient-ils espérer que la dimension compétitive serait, elle, épargnée. Or ce ne sera évidemment pas le cas. Les Jeux de Rio peuvent d'ores et déjà être dépeints comme ceux de l'immense scandale de dopage mis au jour en Russie, quel que soit le nombre d'athlètes rescapés qui y participeront par la grâce du Comité international olympique.Il n'est pas anodin de relever que les deux pays par qui le scandale arrive aujourd'hui au firmament du sport et du divertissement médiatique sont issus des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ces puissances ex-émergentes que des spécialistes présentaient, il y a quelques années encore, comme l'alternative à la domination des Etats-Unis et de l'Europe. Le constat démontre qu'il n'est pas si aisé de tirer un trait sur le passé et de s'inscrire durablement dans la modernité.Au-delà des fautes politiques ou criminelles dont il est impossible au stade actuel d'accuser la présidente Dilma Rousseff et son prédécesseur Lula, le Brésil et son personnel politique se révèlent incontestablement gangrenés par la corruption et ont renoué avec des stratégies délibérées de déstabilisation qui font écho aux heures sombres de la dictature militaire. Le pouvoir du Parti des travailleurs, qui a eu le mérite indéniable de sortir des millions de ses concitoyens de l'extrême pauvreté, n'a pas su davantage surmonter sa première véritable crise, celle de la baisse mondiale des prix pétroliers.L'ampleur et la technicité du système étatique de dopage qu'ont dévoilé des athlètes repentis rappellent que le pays de Vladimir Poutine n'a sans doute pas tout à fait renoncé aux méthodes de l'ère soviétique, poussées alors à leur paroxysme par l'Allemagne de l'Est. Ebranlée comme le Brésil par la chute des tarifs des hydrocarbures, la Russie est fragilisée en outre par son aventurisme en politique étrangère, hier au travers de sanctions européennes pour l'annexion de la Crimée ukrainienne, demain par le tribut humain payé pour son implication dans le bourbier syrien.On pourrait compléter le diagnostic peu reluisant des Brics. La Chine multiplie les scandales environnementaux et les dossiers de corruption. La présidence d'Afrique du Sud est empêtrée dans les affaires. Et l'Inde est malade du nationalisme et handicapée socialement par la pérennité de son système de castes.Certes la corruption, l'instabilité politique, la récession économique et la tricherie sportive n'épargnent pas les Etats-Unis et l'Europe. Mais, à choisir, la démocratie à l'occidentale apparaîtra à nouveau lors de cette fantastique vitrine mondiale - et politique - que sont les Jeux olympiques comme "le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres".gérald papy