Non. Elles ne téléphoneront pas.
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Non. Elles ne téléphoneront pas. Mais bon. Les ministres compétentes répètent l'existence du " 0800/30.030, Ecoute violences conjugales ". Les associations mettent en place des permanences téléphoniques. Les centres d'accueil resteront ouverts. Bien que des places libres, il n'y en avait déjà presque plus avant le virus. Les gouverneurs des provinces sont appelés à mettre en place des structures provisoires d'accueil pour les " publics précaires ". SDF et femmes battues, même combat. Elles n'iront quand même pas. Mais bon. Des torgnoles, elles s'en prendront. Plus que d'habitude. Comme les Italiennes. Comme les Chinoises. Confinées avec des cons finis. Plus d'école où amener les gosses. Si peu de courses à faire au supermarché. Huit heures de travail en moins sur la journée. Huit heures d'échappatoire en moins. Huit heures de promiscuité en plus. Les tensions, le stress et les sévices peuvent grimper à l'échelon supérieur. Les baffes verbales peuvent devenir physiques. Escalade. Pour elles. Pour leurs enfants éventuels. Mais bon. Les autorités espagnoles ont annoncé un plan national d'urgence contre les violences au sein du couple. Avec campagne de prévention, distribution de guides de ressources, services de tchat et de messageries instantanées avec géolocalisation. En Italie, une association féministe a créé un podcast, Le Journal de la quarantaine transféministe, où des femmes partagent, chaque jour, leur quotidien sous coronavirus. Et, parfois, leurs coups. En Chine, certaines ont lancé le hashtag #????? (#AntiDomesticViolenceDuringEpidemic) sur les réseaux sociaux. D'autres ont bricolé des pancartes, distillées dans la ville de Wuhan, pour inciter les voisins à ne pas fermer les yeux et les oreilles. Un coup, encore faut-il le voir. Encore faut-il l'entendre. Encore faut-il que la police se déplace, tout occupée à verbaliser les égoïstes qui ne cessent de se rassembler. Elles vont ramasser. Mais bon. D'habitude, tout le monde s'en fout. Comme dirait Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique, les mains conjugales dans la gueule n'ont jamais ému aucun politique au point qu'il décide de mettre dix millions sur la table et de décréter que cela a assez duré. Alors le Covid-19 arrache une pensée émue pour celles-là. Tant mieux. Mais elles vont continuer à ramasser. Et bon. Il y aura toujours bien quelqu'un pour dire qu'ils ramassent aussi, parfois. Un lecteur avait même écrit, une fois, pour expliquer en long et en large qu'en fait, les femmes tapaient autant que les hommes, mais qu'elles avaient moins de force, alors ça se voyait moins. A celles et ceux qui, envers et contre toutes les statistiques officielles et policières, continuent à affirmer que la violence au sein des couples est symétrique, Francis Dupuis-Déri (professeur de sciences politiques à l'université de Québec à Montréal et spécialiste du masculinisme) répète inlassablement qu'il " suffit de regarder qui arrive à la morgue ". Soit quatre à cinq femmes, pour un homme. " Et encore, parfois tué par autodéfense ou pour protéger les enfants. " Une fois l'épidémie passée, faudra-t-il compter nos mortes ?