Il y a deux semaines, tous les médias américains ont déclaré Joe Biden vainqueur de l'élection présidentielle. Depuis, les comptages, et dans certains cas les recomptages, n'ont pas modifié ces projections. Selon celles-ci, Biden disposera de 306 sièges au collège électoral alors qu'il n'en faut que 270 pour obtenir la présidence. Le président sortant Donald Trump en aurait lui, toujours selon les prévisions, 232.

En 2016, Trump a gagné 306 contre 232 pour Hillary Clinton. À l'époque, il avait qualifié sa victoire d'"écrasante", bien que l'avance en termes de votes dans certains États ait été nettement inférieure à celle que détient aujourd'hui Biden. Pas de quoi perturber le président pour qui tout cela n'a pas d'importance. Pour lui, et ses partisans, des fraudes ont été commises à grande échelle. Pour eux toujours, les élections leur ont été "volées".

Du vent ?

Mais deux semaines plus tard, ce que les différents procès montrent surtout c'est que certaines accusations ne reposent sur rien ou pas grand-chose. Samedi, en Pennsylvanie, le juge Matthew Brann - nommé par le président Obama, mais républicain conservateur de longue date - a ainsi refusé d'invalider près de 7 millions de votes dans l'État. Les avocats de Trump avaient fait valoir que la ministre de l'Intérieur de l'État, la démocrate Kathy Boockvar, avait conseillé aux directeurs des bureaux de vote de contacter les électeurs qui avaient commis des erreurs administratives dans leur bulletin pour leur donner une chance de corriger l'erreur. Les circonscriptions électorales où les démocrates sont majoritaires ont appliqué cette directive, mais les circonscriptions républicaines n'ont pas fait grand-chose, voire rien, selon les avocats du président. Cela aurait faussé les résultats des votes par correspondance, et donc de tous les votes. Pour le juge Brann, il ne s'agit pas là d'arguments juridiques imparables qui justifieraient l'annulation de "près de 7 millions de votes". Il n'y voit pas plus une preuve factuelle de corruption.

Il a donc envoyé les avocats du président sur les roses. Leur infligeant ainsi, selon le recensement du New York Times, une trentième défaite juridique depuis qu'ils ont contesté les résultats électoraux. Le président envisage maintenant de porter cette affaire devant la Cour suprême.

Nul ne sait si ce jugement a joué un rôle, mais le fait est que, lors des nombreux talk-shows politiques de dimanche, l'on a pu voir certains républicains exprimer ouvertement leur agacement face à ces procédures.

Le plus connu est Chris Christie, l'ancien gouverneur du New Jersey, qui a aidé Trump à préparer le débat à la fin du mois de septembre. Il va, au passage, se faire infecter au Covid. Moins chanceux que Trump, il sera lui aussi hospitalisé et fait depuis face à un rétablissement difficile.

Dans l'émission ABC "This Week", il a déclaré qu'il était temps de mettre fin aux litiges juridiques concernant les résultats des élections. "Le comportement de l'équipe d'avocats du président est une honte pour le pays. En public, elle parle de fraude électorale", dit Christie, "mais elle ne le fait pas au tribunal. Là, étrangement, on n'y utilise pas le terme de fraude. Je suis un partisan du président Trump. J'ai voté pour lui deux fois, mais les élections ont des conséquences, et nous ne pouvons pas continuer à prétendre que quelque chose qui n'est pas arrivé est arrivé. Si c'est le cas, vous devez en apporter la preuve. Et s'il n'y a pas de preuve, cela doit signifier que la preuve n'existe pas. Christie va conclure en utilisant une métaphore : "Nous devons arracher le rétroviseur, accepter la nouvelle équipe et l'aider durant la transition. Le pays doit passer en premier, pas le parti."

Complètement scandaleux

Sur CNN, le gouverneur républicain du Maryland, Larry Hogan, a lui aussi pris la parole. Il a réservé ses flèches pour un autre sujet qui a fait polémique ces derniers jours. Trump aurait convoqué les dirigeants républicains de l'État du Michigan à la fin de la semaine dernière afin de faire pression sur eux pour qu'ils ne ratifient pas le résultat dans cet État. Hogan, qui a longtemps critiqué le président, a qualifié ces tentatives de "complètement scandaleuses". "Nous étions autrefois une démocratie de premier plan et maintenant nous sommes une république bananière." Quelques instants plus tard, il va, via Twitter, en remettre une couche. "Arrêtez de jouer au golf et admettez avoir perdu", a-t-il averti le président. Trump quitte en effet ces derniers jours régulièrement la Maison-Blanche pour jouer au golf, seul. Selon le magazine Forbes, le président se trouvait encore samedi et pour la 298e fois durant son mandat sur un terrain de golf.

Lisa Murkowski, sénatrice de l'Alaska, a, pour sa part, pris ses distances avec le président via un communiqué : "Une campagne visant à faire pression sur les représentants élus dans les États afin qu'ils influencent le résultat des élections est non seulement inédite, mais elle est incompatible avec le processus démocratique. Il est temps d'entamer un processus de transition".

Quelques membres du parti avaient déjà, plus ou moins, pris leurs distances par rapport au président. Par exemple, le sénateur Mitt Romney de l'Utah, Pat Toomey de Pennsylvanie, Mike DeWine, le gouverneur de l'Ohio. Le sénateur Joni Ernst de l'Iowa avait lui qualifié d'"offensantes" les théories de conspiration de l'équipe d'avocats du président. Mais les véritables chefs de parti - les leaders républicains au Sénat et à la Chambre Mitch McConnell et Kevin McCarthy - sont encore officiellement derrière la ligne de conduite choisie par Trump.

Prise de pouvoir

Pourquoi la plupart des républicains restent-ils très prudents ? La réponse se trouve peut-être dans un article du New York Times de ce week-end. Alors que toute l'attention est braquée sur les affaires judiciaires et la pression sur les mandataires locaux, le président tente, en coulisses, d'accroître son emprise sur le parti républicain. Il veut contrôler le Comité national républicain, la direction du parti, et soutient la réélection de la présidente Ronna McDaniel. Cela lui permettrait de contrôler les appareils et les fonds (et accessoirement la collecte de fonds). Cela lui donnerait aussi les coudées franches pour soutenir ceux qui lui sont fidèles et bloquer les autres.

Une technique qu'il a déjà mainte fois appliquée. Et qu'il n'est pas près d'arrêter puisque, pour 2022, il menace de soutenir, pour les primaires, les challengers des gouverneurs sortants de l'Ohio (DeWine ) et de la Géorgie (Brian Kemp). Ce dernier était pourtant jusqu'à récemment l'un des gouverneurs les plus trumpiens du pays. Mais, selon Trump, il aurait montré trop peu d'entrain à le soutenir lors des élections. Kemp, le gouverneur de la Géorgie qui, selon l'un des avocats du président, aurait été impliqué dans la fraude électorale, a entre-temps confirmé les résultats des élections dans son État. Biden y gagne avec environ 12 000 voix d'avance. Toutefois, à la demande du président, un second recomptage sera effectué.

Il y a deux semaines, tous les médias américains ont déclaré Joe Biden vainqueur de l'élection présidentielle. Depuis, les comptages, et dans certains cas les recomptages, n'ont pas modifié ces projections. Selon celles-ci, Biden disposera de 306 sièges au collège électoral alors qu'il n'en faut que 270 pour obtenir la présidence. Le président sortant Donald Trump en aurait lui, toujours selon les prévisions, 232. En 2016, Trump a gagné 306 contre 232 pour Hillary Clinton. À l'époque, il avait qualifié sa victoire d'"écrasante", bien que l'avance en termes de votes dans certains États ait été nettement inférieure à celle que détient aujourd'hui Biden. Pas de quoi perturber le président pour qui tout cela n'a pas d'importance. Pour lui, et ses partisans, des fraudes ont été commises à grande échelle. Pour eux toujours, les élections leur ont été "volées". Mais deux semaines plus tard, ce que les différents procès montrent surtout c'est que certaines accusations ne reposent sur rien ou pas grand-chose. Samedi, en Pennsylvanie, le juge Matthew Brann - nommé par le président Obama, mais républicain conservateur de longue date - a ainsi refusé d'invalider près de 7 millions de votes dans l'État. Les avocats de Trump avaient fait valoir que la ministre de l'Intérieur de l'État, la démocrate Kathy Boockvar, avait conseillé aux directeurs des bureaux de vote de contacter les électeurs qui avaient commis des erreurs administratives dans leur bulletin pour leur donner une chance de corriger l'erreur. Les circonscriptions électorales où les démocrates sont majoritaires ont appliqué cette directive, mais les circonscriptions républicaines n'ont pas fait grand-chose, voire rien, selon les avocats du président. Cela aurait faussé les résultats des votes par correspondance, et donc de tous les votes. Pour le juge Brann, il ne s'agit pas là d'arguments juridiques imparables qui justifieraient l'annulation de "près de 7 millions de votes". Il n'y voit pas plus une preuve factuelle de corruption. Il a donc envoyé les avocats du président sur les roses. Leur infligeant ainsi, selon le recensement du New York Times, une trentième défaite juridique depuis qu'ils ont contesté les résultats électoraux. Le président envisage maintenant de porter cette affaire devant la Cour suprême.Nul ne sait si ce jugement a joué un rôle, mais le fait est que, lors des nombreux talk-shows politiques de dimanche, l'on a pu voir certains républicains exprimer ouvertement leur agacement face à ces procédures. Le plus connu est Chris Christie, l'ancien gouverneur du New Jersey, qui a aidé Trump à préparer le débat à la fin du mois de septembre. Il va, au passage, se faire infecter au Covid. Moins chanceux que Trump, il sera lui aussi hospitalisé et fait depuis face à un rétablissement difficile. Dans l'émission ABC "This Week", il a déclaré qu'il était temps de mettre fin aux litiges juridiques concernant les résultats des élections. "Le comportement de l'équipe d'avocats du président est une honte pour le pays. En public, elle parle de fraude électorale", dit Christie, "mais elle ne le fait pas au tribunal. Là, étrangement, on n'y utilise pas le terme de fraude. Je suis un partisan du président Trump. J'ai voté pour lui deux fois, mais les élections ont des conséquences, et nous ne pouvons pas continuer à prétendre que quelque chose qui n'est pas arrivé est arrivé. Si c'est le cas, vous devez en apporter la preuve. Et s'il n'y a pas de preuve, cela doit signifier que la preuve n'existe pas. Christie va conclure en utilisant une métaphore : "Nous devons arracher le rétroviseur, accepter la nouvelle équipe et l'aider durant la transition. Le pays doit passer en premier, pas le parti."Sur CNN, le gouverneur républicain du Maryland, Larry Hogan, a lui aussi pris la parole. Il a réservé ses flèches pour un autre sujet qui a fait polémique ces derniers jours. Trump aurait convoqué les dirigeants républicains de l'État du Michigan à la fin de la semaine dernière afin de faire pression sur eux pour qu'ils ne ratifient pas le résultat dans cet État. Hogan, qui a longtemps critiqué le président, a qualifié ces tentatives de "complètement scandaleuses". "Nous étions autrefois une démocratie de premier plan et maintenant nous sommes une république bananière." Quelques instants plus tard, il va, via Twitter, en remettre une couche. "Arrêtez de jouer au golf et admettez avoir perdu", a-t-il averti le président. Trump quitte en effet ces derniers jours régulièrement la Maison-Blanche pour jouer au golf, seul. Selon le magazine Forbes, le président se trouvait encore samedi et pour la 298e fois durant son mandat sur un terrain de golf.Lisa Murkowski, sénatrice de l'Alaska, a, pour sa part, pris ses distances avec le président via un communiqué : "Une campagne visant à faire pression sur les représentants élus dans les États afin qu'ils influencent le résultat des élections est non seulement inédite, mais elle est incompatible avec le processus démocratique. Il est temps d'entamer un processus de transition".Quelques membres du parti avaient déjà, plus ou moins, pris leurs distances par rapport au président. Par exemple, le sénateur Mitt Romney de l'Utah, Pat Toomey de Pennsylvanie, Mike DeWine, le gouverneur de l'Ohio. Le sénateur Joni Ernst de l'Iowa avait lui qualifié d'"offensantes" les théories de conspiration de l'équipe d'avocats du président. Mais les véritables chefs de parti - les leaders républicains au Sénat et à la Chambre Mitch McConnell et Kevin McCarthy - sont encore officiellement derrière la ligne de conduite choisie par Trump. Pourquoi la plupart des républicains restent-ils très prudents ? La réponse se trouve peut-être dans un article du New York Times de ce week-end. Alors que toute l'attention est braquée sur les affaires judiciaires et la pression sur les mandataires locaux, le président tente, en coulisses, d'accroître son emprise sur le parti républicain. Il veut contrôler le Comité national républicain, la direction du parti, et soutient la réélection de la présidente Ronna McDaniel. Cela lui permettrait de contrôler les appareils et les fonds (et accessoirement la collecte de fonds). Cela lui donnerait aussi les coudées franches pour soutenir ceux qui lui sont fidèles et bloquer les autres. Une technique qu'il a déjà mainte fois appliquée. Et qu'il n'est pas près d'arrêter puisque, pour 2022, il menace de soutenir, pour les primaires, les challengers des gouverneurs sortants de l'Ohio (DeWine ) et de la Géorgie (Brian Kemp). Ce dernier était pourtant jusqu'à récemment l'un des gouverneurs les plus trumpiens du pays. Mais, selon Trump, il aurait montré trop peu d'entrain à le soutenir lors des élections. Kemp, le gouverneur de la Géorgie qui, selon l'un des avocats du président, aurait été impliqué dans la fraude électorale, a entre-temps confirmé les résultats des élections dans son État. Biden y gagne avec environ 12 000 voix d'avance. Toutefois, à la demande du président, un second recomptage sera effectué.