Lors d'un entretien accordé à l'agence Belga, il a, comme d'autres ex-pilotes - militaires -, imputé la cause de l'accident à une "erreur humaine" (de pilotage) de la part de l'équipage du DC-6 de la compagnie suédoise Transair surnommé Albertina. L'avion s'était écrasé dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, près de l'aéroport de Ndola, en Rhodésie du Nord, l'actuelle Zambie. Les seize occupants avaient tous péri, dont le deuxième secrétaire général de l'histoire des Nations unies, le diplomate suédois Dag Hammarskjöld, en mission de médiation au Congo. Il occupait ce poste depuis 1953 et briguait un nouveau mandat.

"C'est absolument impossible (que l'unique Fouga alors survivant de l'Avikat, un appareil opérant depuis l'aérodrome de Kolwezi ait abattu l'avion suédois). Il n'y avait pas de guidage, son autonomie ne lui permettait pas de faire ça, de nuit, sans radar", a expliqué M. Bracco. Agé 86 ans, il a séjourné une première fois au Katanga de juillet 1961 à février 1963 et piloté différents types d'avions de l'Avikat, avant d'être forcé de se réfugier en Angola - puis de retourner au Congo dans les années suivantes. Le Fouga n'était "équipé que d'un viseur pour (l'attaque) des cibles au sol, de jour", a-t-il ajouté.

Selon M. Bracco, l'équipage de l'Albertina était "expérimenté", mais "fatigué" avant d'entamer un nouveau vol de nuit entre Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) et Ndola. L'ancien mercenaire a évoqué la possibilité que le pilote suédois, Per Hallonquist, ait mal réglé ses instruments et/ou ait perdu la piste de vue alors qu'il était en approche sur Ndola. Ce qui a conduit à l'écrasement du DC-6, immatriculé SE-BDY, qui a pris feu au contact du sol et dont l'épave n'a été retrouvée que le lendemain.

Toutes les enquêtes, à l'exception d'une - celle menée en 2017 par un groupe d'experts dirigé par l'ex-juge tanzanien Mohamed Chande Othman qui juge "plausible qu'une attaque extérieure ou une menace ait été la cause du crash" sans exclure une "distraction momentanée des pilotes" - "laissent supposer que c'est une erreur de pilotage, une erreur humaine", a souligné l'ex-pilote mercenaire. M. Hammarskjöld effectuait alors une mission de paix au Congo ex-belge nouvellement indépendant et devait rencontrer le dirigeant du Katanga qui avait fait sécession du Congo et proclamé son indépendance, Moïse Tshombe. Il devait s'entretenir avec le leader katangais, qui l'attendait dans la nuit à Ndola.

La crainte d'être intercepté par l'un des trois Fouga livrés à l'aviation katangaise et le dernier en état de vol (le KAT-92 piloté par le Belge José Magain surnommé le "Lone Ranger"), avait contraint l'équipage du DC-6 à faire un détour de deux heures par le lac Tanganyika. Le KAT-92 avait semé à plusieurs reprises la panique parmi les forces de l'Opération des Nations unies au Congo (ONUC), mitraillant et bombardant les unités onusiennes à Jadotville (aujourdhui Likasi) et à Élisabethville (Lumbumbashi actuellement) et la résidence du représentant de l'ONU au Katanga, l'Irlandais Conor Cruise O'Brien. Cet unique appareil a aussi détruit au sol deux Douglas DC-4, un Douglas C-47, une douzaine de camions et des installations radio de l'ONU et endommagé un Douglas DC-6 et un Fairchild C-119 Flying Boxcar sur les aéroports de Kamina et Élisabethville-Luano, utilisés par les Casques bleus.

Selon M. Bracco, les autorités katangaises n'avaient aucun intérêt dans la mort de M. Hammarskjöld. "Le sentiment général était que le Katanga (sécessionniste) était en train de gagner. La rencontre (prévue entre M. Tshombe et le secrétaire général de l'ONU) lui donnait une forme de reconnaissance", a souligné l'ancien pilote. A l'époque, si certains parlaient d'un complot contre le secrétaire général, ils se trouvaient plutôt dans le camp katangais, d'après l'ancien pilote. "Le complotisme était du côté katangais. Le sentiment général, c'est qu'on était passé juste à côté" d'une reconnaissance, a encore dit M. Bracco.