"Comme on dit à Cuba, il s'est retrouvé à danser avec la plus laide", sourit le professeur et ex-diplomate cubain Carlos Alzugaray. La plus laide? "Donald Trump", bien sûr. Durant son mandat le président américain a appliqué 280 sanctions contre le gouvernement communiste, l'accusant de violations des droits de l'homme et de soutenir militairement le président Nicolas Maduro au Venezuela.

Puis l'île a subi plusieurs "catastrophes naturelles: la tornade (qui a frappé La Havane en janvier 2019), les ouragans, et maintenant la pandémie", ajoute M. Alzugaray.

Sans oublier l'avion qui s'est écrasé au décollage de La Havane, tuant 112 personnes, en mai 2018... un mois seulement après le début de sa présidence.

Peu connu du grand public avant son ascension, il a fait carrière au sein du parti communiste, en province, avant de devenir numéro deux du gouvernement en 2013 puis d'être désigné président par les députés, tous du parti unique.

A l'issue du congrès du 16 au 19 avril, il sera aussi premier secrétaire du parti, poste le plus élevé du pays, remplaçant Raul Castro, qui part à la retraite.

- "Continuité" -

Mais "le pays qu'il était censé recevoir (en héritage, ndlr), quand le transfert de pouvoir a commencé à se préparer, était différent de celui de maintenant", souligne l'analyste politique Harold Cardenas, notant "une aggravation de la crise interne du pays".

Déjà, prendre la relève des frères Castro n'était pas une mince affaire. Faute d'avoir la légitimité historique des meneurs de la révolution, il a dû construire la sienne, sans trahir leur projet.

Pour se faire connaître, cet homme de 60 ans aux cheveux gris et au talent oratoire relatif a multiplié sans relâche les déplacements dans le pays, visitant des usines, parcourant des champs et saluant les habitants. Un style qui tranche avec la discrétion de Raul Castro et rappelle plutôt celui de Fidel, friand des bains de foule.

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Pour marquer sa différence, il a mis l'accélérateur sur internet, devenant le premier président cubain à ouvrir un compte Twitter, tandis que le pays accédait enfin, fin 2018, à la 3G.

Mais sur les réseaux sociaux, son mot-clé favori est #Somoscontinuidad, "nous sommes la continuité", serment d'allégeance à l'héritage des frères Castro.

Et face à l'adversité, son discours s'est durci, ce que regrette Harold Cardenas: "Le côté réformateur du président Diaz-Canel, on n'a pas pu le voir dans les années Trump", et "c'est dommage".

"Les conditions ont été tellement mauvaises qu'on a dû voir un président Diaz-Canel qui répète les erreurs des dirigeants passés, en s'appuyant sur les idéologues de la Guerre froide du comité central" du parti, estime-t-il.

- "Dur" embargo -

Confronté à une société civile plus revendicative sous l'impulsion d'internet, il est apparu, portant un t-shirt aux couleurs du drapeau cubain, pour haranguer la foule avec des devises révolutionnaires et accuser les contestataires d'être pilotés par "les partisans de Trump et la mafia anticubaine" de Floride.

Alors que l'économie s'effondrait, privée des devises des touristes par la pandémie de coronavirus, il a martelé son argument-phare: l'embargo américain, en vigueur depuis 1962, est "plus dur que jamais".

Une maigre consolation pour les Cubains qui font chaque jour des heures de queue face aux magasins, frappés de graves pénuries.

Pour Michael Shifter, président du think-tank Dialogue Interaméricain, tout n'est pourtant pas si noir pour Miguel Diaz-Canel.

Selon lui, le président a "deux avantages": "le soutien de Raul Castro, de la génération historique et de l'armée" et le fait qu'il ait bâti son "autorité face à la situation nationale la plus compliquée depuis l'effondrement de l'Union soviétique, avec un tourbillon de crises".

Mais, prévient Arturo Lopez-Levy, chercheur cubain de l'université Holy Names en Californie, il doit "sortir de la devise de la continuité".

"Le peuple ne le jugera pas sur sa fidélité à ce que disait Fidel Castro, mais sur sa capacité à trouver des solutions aux problèmes qu'affronte Cuba aujourd'hui".

Les personnages historiques de la révolution partent à la pension

Lors du 8e congrès du parti unique, du 16 au 19 avril, 17 hommes et femmes formeront ce nouveau bureau politique, coeur du pouvoir cubain.

Outre le premier secrétaire Raul Castro, 89 ans, qui laissera son siège au président Miguel Diaz-Canel, deux autres historiques de la Révolution devraient partir en retraite: José Ramon Machado Ventura, 90 ans, numéro deux du parti, et le commandant Ramiro Valdés, 88 ans.

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Trois autres, qui étaient adolescents en 1959, sont eux aussi sur le départ: les généraux Leopoldo Cintra Frias, 79 ans, Ramon Espinosa, 83 ans, et Alvaro Lopez Miera, 77 ans, qui sont respectivement ministre, vice-ministre et chef d'Etat major des forces armées.

Le bureau politique est censé représenter les plus importants postes et secteurs de la société... mais aussi refléter la conjoncture dans le pays.

L'entrée du général Lazaro Alvarez Casas, 57 ans, récemment nommé ministre de l'Intérieur, est donc attendue, après plusieurs mouvements de protestation dans la population ces derniers mois.

Et l'arrivée du Premier ministre Manuel Marrero, 57 ans, semble logique dans un contexte de forte crise économique et de réformes pour accélérer l'ouverture au privé.

Tout comme celle du vice-Premier ministre et ministre de l'Economie Alejandro Gil, 60 ans, de quoi limiter l'autorité de Marino Murillo, 60 ans, l'actuel "tsar des réformes" très critiqué par la population.

Devraient rester, en raison de leurs responsabilités, le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez, 63 ans, le chef du Parlement Esteban Lazo, 76 ans, le secrétaire du syndicat unique Centrale des travailleurs Ulises Guilarte, 56 ans, la secrétaire de la Fédération des femmes Teresa Amarelle, 56 ans, et le vice-Premier ministre Roberto Morales, 53 ans.

Et dans un contexte de pandémie, la scientifique Marta Ayala, 54 ans, déjà membre du bureau politique, pourrait être rejointe par Vicente Vérez, 67 ans, directeur de l'institut Finlay de vaccination.

Enfin, compte tenu du poids de La Havane dans la vie nationale, le premier secrétaire du parti dans la capitale, Luis Antonio Torres Iribar, 55 ans, pourrait lui aussi faire son entrée.

"Comme on dit à Cuba, il s'est retrouvé à danser avec la plus laide", sourit le professeur et ex-diplomate cubain Carlos Alzugaray. La plus laide? "Donald Trump", bien sûr. Durant son mandat le président américain a appliqué 280 sanctions contre le gouvernement communiste, l'accusant de violations des droits de l'homme et de soutenir militairement le président Nicolas Maduro au Venezuela.Puis l'île a subi plusieurs "catastrophes naturelles: la tornade (qui a frappé La Havane en janvier 2019), les ouragans, et maintenant la pandémie", ajoute M. Alzugaray.Sans oublier l'avion qui s'est écrasé au décollage de La Havane, tuant 112 personnes, en mai 2018... un mois seulement après le début de sa présidence.Peu connu du grand public avant son ascension, il a fait carrière au sein du parti communiste, en province, avant de devenir numéro deux du gouvernement en 2013 puis d'être désigné président par les députés, tous du parti unique.A l'issue du congrès du 16 au 19 avril, il sera aussi premier secrétaire du parti, poste le plus élevé du pays, remplaçant Raul Castro, qui part à la retraite.Mais "le pays qu'il était censé recevoir (en héritage, ndlr), quand le transfert de pouvoir a commencé à se préparer, était différent de celui de maintenant", souligne l'analyste politique Harold Cardenas, notant "une aggravation de la crise interne du pays".Déjà, prendre la relève des frères Castro n'était pas une mince affaire. Faute d'avoir la légitimité historique des meneurs de la révolution, il a dû construire la sienne, sans trahir leur projet.Pour se faire connaître, cet homme de 60 ans aux cheveux gris et au talent oratoire relatif a multiplié sans relâche les déplacements dans le pays, visitant des usines, parcourant des champs et saluant les habitants. Un style qui tranche avec la discrétion de Raul Castro et rappelle plutôt celui de Fidel, friand des bains de foule.Pour marquer sa différence, il a mis l'accélérateur sur internet, devenant le premier président cubain à ouvrir un compte Twitter, tandis que le pays accédait enfin, fin 2018, à la 3G.Mais sur les réseaux sociaux, son mot-clé favori est #Somoscontinuidad, "nous sommes la continuité", serment d'allégeance à l'héritage des frères Castro.Et face à l'adversité, son discours s'est durci, ce que regrette Harold Cardenas: "Le côté réformateur du président Diaz-Canel, on n'a pas pu le voir dans les années Trump", et "c'est dommage"."Les conditions ont été tellement mauvaises qu'on a dû voir un président Diaz-Canel qui répète les erreurs des dirigeants passés, en s'appuyant sur les idéologues de la Guerre froide du comité central" du parti, estime-t-il.Confronté à une société civile plus revendicative sous l'impulsion d'internet, il est apparu, portant un t-shirt aux couleurs du drapeau cubain, pour haranguer la foule avec des devises révolutionnaires et accuser les contestataires d'être pilotés par "les partisans de Trump et la mafia anticubaine" de Floride.Alors que l'économie s'effondrait, privée des devises des touristes par la pandémie de coronavirus, il a martelé son argument-phare: l'embargo américain, en vigueur depuis 1962, est "plus dur que jamais".Une maigre consolation pour les Cubains qui font chaque jour des heures de queue face aux magasins, frappés de graves pénuries.Pour Michael Shifter, président du think-tank Dialogue Interaméricain, tout n'est pourtant pas si noir pour Miguel Diaz-Canel.Selon lui, le président a "deux avantages": "le soutien de Raul Castro, de la génération historique et de l'armée" et le fait qu'il ait bâti son "autorité face à la situation nationale la plus compliquée depuis l'effondrement de l'Union soviétique, avec un tourbillon de crises".Mais, prévient Arturo Lopez-Levy, chercheur cubain de l'université Holy Names en Californie, il doit "sortir de la devise de la continuité"."Le peuple ne le jugera pas sur sa fidélité à ce que disait Fidel Castro, mais sur sa capacité à trouver des solutions aux problèmes qu'affronte Cuba aujourd'hui".