Le bilan de l'épidémie de Covid-19 a dépassé les 100.000 morts en Amérique latine et aux Caraïbes, dont plus de la moitié au Brésil. Plus de 2,1 millions de cas de contamination ont été recensés dans la région depuis le début de la pandémie. Le Brésil, deuxième pays au monde le plus touché par la pandémie, est celui qui s'en sort le moins bien.
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Le bilan de l'épidémie de Covid-19 a dépassé les 100.000 morts en Amérique latine et aux Caraïbes, dont plus de la moitié au Brésil. Plus de 2,1 millions de cas de contamination ont été recensés dans la région depuis le début de la pandémie. Le Brésil, deuxième pays au monde le plus touché par la pandémie, est celui qui s'en sort le moins bien. Le Dr Bart Janssens, ancien directeur des opérations chez Médecins Sans Frontières (MSF) et coordinateur d'urgence au Brésil pour les missions liées au Covid-19, a passé six semaines de mission sur place, notamment dans la région amazonienne et à Sao Paulo. Revenu en Belgique il y a deux semaines, il témoigne de la situation particulièrement compliquée dans le pays. "Le Brésil est une situation unique au monde", explique-t-il. Il point notamment des "obstacles politiques et administratifs", à l'intervention de MSF, mais qui posent également problème au niveau de l'épidémie. L'action de MSF au Brésil s'est mise en place assez tôt dans l'épidémie, mais la situation s'est rapidement compliquée. L'organisation a, dans un premier temps, rempli un rôle de prévention, notamment auprès des personnes les plus vulnérables comme les sans-abris. Au Brésil, il y a beaucoup moins de messages de sensibilisation à destination de la population concernant l'épidémie de coronavirus, comme c'est le cas en Belgique. "Il y a une absence totale au niveau de la prévention et de la sensibilisation au niveau du ministère de la Santé", regrette Mr Janssens. Quand la propagation a explosé, les membres de MSF ont dû agrandir leur champ de mission en intervenant également au niveau curatif. La tension politique au Brésil est grandissante et le Covid-19 en est devenu un sujet central. Selon Bart Janssens, "il y a des contradictions émanant de la présidence." On se rappelle ainsi de Jair Bolsonaro faisant des bains de foule en pleine épidémie, sans masque, prenant des enfants dans ses bras... "Cela crée de la confusion dans la population." Mais tous les responsables politiques ne souhaitent pas gérer l'épidémie de la même manière. "Il y a des charges menées par le président sur certains gouverneurs qui voulaient un lockdown. Au Brésil, cela passe souvent par des litiges juridiques, donc il y a une peur qui s'installe." Une situation politique tendue qui a également un impact sur les missions menées par MSF, et qui a notamment retardé la mise en place de la phase curative. Mais ce n'est pas la seule raison. "Il y a un désinvestissement énorme dans la santé. On a énormément investi par le passé, notamment dans des infrastructures. Mais aujourd'hui, c'est plus compliqué. Par exemple, une clinique mobile par bateau est désormais à l'arrêt par manque d'investissements", explique Janssens. Un autre point qui l'a particulièrement marqué, c'est le taux de mortalité dans certaines unités de soins intensifs. Dans un hôpital où il s'est rendu, il était de 80%, alors que la moyenne observée dans les autres pays est de 50%. Selon lui, "la qualité n'a pas du tout suivi la quantité."Il témoigne également de la situation particulièrement difficile dans un hôpital de Manaus : "La première fois que j'y suis allé, il y avait des malades du Covid-19 partout, il y avait beaucoup de monde dans la salle d'urgences. Certains y était équipés avec le matériel spécifique aux soins intensifs, mais dans les autres salles, la plupart des patients étaient seulement sous oxygène. La population était en train de mourir. C'était très impressionnant", explique-t-il.Si le profil des patients du coronavirus est similaire à l'Europe, on y compte plus de jeunes parmi les cas graves et les décès : "la maladie a frappé plus largement au niveau de la mortalité qu'en Belgique".Les inégalités dans la société jouent également. L'épidémie de coronavirus est, semble-t-il, arrivée au Brésil par les riches, probablement en avion venant d'Europe. "Le coronavirus a d'abord tourné chez les plus influents, et s'est répandu dans les quartiers plus aisés de toutes les grandes villes." C'est lors de la deuxième phase que l'épidémie a "débordé" dans les régions plus défavorisées et où les conditions sanitaires sont plus précaires, comme les bidonvilles et les zones reculées d'Amazonie. Aujourd'hui encore, ce sont surtout ces zones plus sensibles qui inquiètent. Contrairement à la plupart des pays, qui ont vu la courbe de propagation atteindre un pic avant de redescendre, le Brésil est toujours en pleine épidémie. "L'épidémie n'est pas du tout sous contrôle", indique Bart Janssens. De plus, les chiffres sont sans doute sous-estimés et il est difficile de voir l'impact réel. Pourtant, s'il y a eu des microconfinements, localisés, l'heure est aujourd'hui à la réouverture de l'économie et de la vie publique, alors que l'épidémie suit toujours son cours. "On ne questionne même pas sur une éventuelle deuxième vague, car il y a des nouveaux foyers partout, tout le temps. D'autant qu'on n'a aucune visibilité réelle d'où se trouve l'épidémie". Si aujourd'hui la situation s'améliore dans les quartiers favorisés, ce n'est pas le cas partout. En témoignent des chiffres qui ont encore augmenté ces derniers jours. "Les conditions ne sont pas favorables pour que cela diminue. On ne sait pas dire aujourd'hui combien de temps sera encore nécessaire".