Aujourd'hui, les États-Unis dénombrent près de 95.000 victimes officielles du coronavirus. Si le pays avait commencé à imposer des mesures de distanciation sociale une semaine plus tôt, environ 36.000 vies auraient pu être épargnées durant l'épidémie, selon les nouvelles estimations des modélisateurs de maladies de l'université de Columbia, rapportés par le New York Times.
...

Aujourd'hui, les États-Unis dénombrent près de 95.000 victimes officielles du coronavirus. Si le pays avait commencé à imposer des mesures de distanciation sociale une semaine plus tôt, environ 36.000 vies auraient pu être épargnées durant l'épidémie, selon les nouvelles estimations des modélisateurs de maladies de l'université de Columbia, rapportés par le New York Times. Si le pays avait commencé à verrouiller les villes et à limiter les contacts sociaux dès le 1er mars, deux semaines avant que la plupart des gens commencent à rester chez eux, la grande majorité des décès du pays - environ 83 % - auraient été évités, estiment les chercheurs. Selon ce scénario, environ 54.000 personnes en moins seraient mortes jusqu'au début du mois de mai.Le coût énorme de cette attente dans la prise de mesures reflète la dynamique impitoyable de l'épidémie qui a balayé les villes américaines au début du mois de mars. Les chercheurs ont constaté que même de petites différences dans le calendrier auraient empêché la pire croissance exponentielle, qui, en avril, avait terrassé New York, La Nouvelle-Orléans et d'autres grandes villes."C'est une très grande différence. Ce petit laps dans le temps (...) est incroyablement crucial pour réduire le nombre de décès", a déclaré Jeffrey Shaman, épidémiologiste à Columbia et chef de l'équipe de recherche.Les résultats sont basés sur une modélisation des maladies infectieuses qui évalue comment la mise en place de mesures et la réduction des contacts entre les personnes à partir de la mi-mars a ralenti la transmission du virus aux États-Unis. L'équipe du Dr Shaman a modélisé ce qui se serait passé si ces mêmes changements avaient eu lieu une ou deux semaines plus tôt et a estimé la propagation des infections et des décès jusqu'au 3 mai.Les résultats montrent que lors de la réouverture des États, les épidémies pouvaient facilement échapper à tout contrôle, à moins que les autorités ne surveillent de près les infections et ne répriment immédiatement les nouvelles flambées. Et ils montrent que chaque jour où les décideurs ont attendu pour imposer des restrictions au début du mois de mars a eu un coût important.Après que l'Italie et la Corée du Sud eurent commencé à réagir agressivement à l'épidémie, le président Trump s'est opposé à l'annulation des rassemblements de campagnes ou à l'ordre de rester chez soi ou d'éviter les rassemblements de foules. Le risque de contracter le virus pour la plupart des Américains était très faible, avait-il alors déclaré."Rien ne s'arrête, la vie et l'économie continuent", a tweeté Trump le 9 mars, suggérant que la grippe était pire que le coronavirus. "En ce moment, il y a 546 cas confirmés de Coronavirus, avec 22 décès. Pensez-y !"En fait, des dizaines de milliers de personnes avaient déjà été infectées à ce moment-là, ont estimé les chercheurs par la suite. Mais l'absence de tests généralisés a permis à ces infections de passer inaperçues, cachant l'urgence d'une épidémie que la plupart des Américains considéraient encore comme une menace étrangère.Dans une déclaration publiée tard ce mercredi soir en réponse à ces nouvelles estimations, la Maison-Blanche a réitéré l'affirmation de Trump selon laquelle les restrictions imposées aux voyages en provenance de Chine en janvier et d'Europe à la mi-mars ont ralenti la propagation du virus.Le 16 mars, Donald Trump a exhorté les Américains à limiter leurs déplacements, à éviter les groupes et à ne pas aller à l'école. Bill de Blasio, maire de New York, a fermé les écoles de la ville le 15 mars, et le gouverneur Andrew Cuomo a émis un ordre de confinement qui est entré en vigueur le 22 mars. Mi-mars également, des changements de comportements individuels dans tout le pays ont ralenti l'épidémie, ont constaté plusieurs chercheurs.Mais dans les villes où le virus est arrivé tôt et s'est propagé rapidement, ces mesures ont été prises trop tard pour éviter le pire.Rien que dans la région métropolitaine de New York (18 millions d'habitants), 21 800 personnes étaient mortes le 3 mai. Moins de 4 300 personnes seraient mortes durant la même période si des mesures de contrôle avaient été mises en place et adoptées à l'échelle nationale une semaine plus tôt, le 8 mars, selon les estimations des chercheurs.Il ne s'agit que d'estimations et il est impossible de connaître avec certitude le nombre exact de personnes qui seraient mortes si les décisions avaient été différentes. Mais Lauren Ancel Meyers, une épidémiologiste de l'Université du Texas à Austin qui n'a pas participé à la recherche, a déclaré que cela "prouve de façon convaincante que même une action un peu plus précoce à New York aurait pu changer la donne"."Cela implique que si les interventions avaient eu lieu deux semaines plus tôt, de nombreux décès et cas de Covid-19 auraient été évités, non seulement à New York, mais dans l'ensemble des États-Unis", a déclaré le Dr Meyers.Derrière ces chiffres, synthétisés par des ordinateurs, il y a des destins, des noms et des familles endeuillées. Dans tout le pays, de nombreux chercheurs se sont demandé si ça aurait vraiment pu être différent. Car il est évident que les mesures officielles de distanciation sociale ne fonctionnent pas si les gens ne les suivent pas. Si ces mesures ont bénéficié d'un soutien général parmi les Américains vers la mi-mars, les résultats de cette étude reposent sur l'hypothèse que des millions de personnes auraient été prêtes à changer de comportement plus tôt. Ce sur quoi personne ne peut jurer.Les gens sont enclins à prendre les restrictions beaucoup plus au sérieux lorsque les ravages d'une maladie sont visibles, a déclaré Natalie Dean, professeur adjointe de biostatistique à l'université de Floride, spécialisée dans les maladies infectieuses émergentes. Mais début mars, il y avait eu peu de décès, et les infections se répandaient encore silencieusement dans la population.L'équipe du Dr Shaman a estimé l'effet d'un relâchement de toutes les mesures de contrôle dans tout le pays. Le modèle constate qu'en raison du délai d'incubation du virus, sans tests approfondis et sans action rapide, beaucoup plus d'infections se produiront, entraînant plus de décès - jusqu'à des dizaines de milliers dans tout le pays.