Cinquante ans plus tard, malgré une série de droits souvent acquis de haute lutte, ces deux New-Yorkais, en couple depuis près de vingt-cinq ans et légalement mariés depuis 2012, estiment que beaucoup de gays des grandes villes occidentales ont "un faux sentiment de sécurité".

"Dès que vous partez en vacances quelque part, c'est un autre monde (...). Il faut s'informer avant de quitter notre petite zone de confort, c'est inquiétant", souligne Stanley Reed, 62 ans, assis sur un banc de Greenwich Village, tout près du bar Stonewall Inn, au coeur historique du New York gay. "On se promène en pensant qu'on est en sécurité (..) et puis, tout d'un coup, quelqu'un essaie de vous frapper avec une bouteille parce qu'ils vous voient vous embrasser, et leur rage explose, ils vous attaquent... Cela arrive tout le temps", dit cet employé d'une société d'assurances santé, dont les parents noirs se sont battus pour les droits civiques.

Stanley, qui a grandi à New York, cite notamment la récente agression d'un couple de femmes dans un bus londonien, ou les attaques parfois mortelles contre des personnes transgenres, particulièrement exposées.

Ils habitent le quartier de Queens, à l'écart des touristes de Manhattan, et soulignent qu'il y a encore de nombreux lieux où ils savent qu'il vaut mieux ne pas afficher son homosexualité. "On est en sécurité quand on est en groupe", fait valoir Oliver, particulièrement choqué que des drapeaux couleur arc-en-ciel aient été brûlés récemment à Harlem et ailleurs. "Quand on est seul, dans une rue sombre, on reste une proie facile".

Pour eux, le président américain Donald Trump a clairement ouvert la porte à toutes les discriminations, homophobie comprise, en ne dénonçant pas clairement les groupes d'extrême droite après les violences à Charlottesville en août 2017. "Il a donné aux rétrogrades le droit de passer à l'acte", estime Stanley. "En ne dénonçant pas la haine (...), d'une certaine façon, il la tolère".

- "Coming-out" naïfs -

Dans ce climat, ils agissent parfois comme mentors pour de jeunes membres de la communauté LGBTQ auxquels ils conseillent de rester prudents, et de ne pas crier leur orientation sexuelle sur les toits. "On encourage les jeunes à être plus ouverts: c'est une grande différence avec mon époque et je pense que c'est à la fois une bonne et une mauvaise chose: en sortant du placard tôt, on suppose qu'on est en sécurité mais ce n'est toujours pas le cas", dit Oliver. "Beaucoup n'y pensent pas une seconde", dit-il, "ils sont naïfs".

"Je leur dis, +Si vous vivez encore chez vos parents, s'ils ont économisé pour vous envoyer à l'université, récupérez d'abord cet argent, allez à l'université, et après seulement vous leur direz+... Tellement de jeunes sont chassés de chez eux et leur argent retiré".

Oliver a fait son "coming-out" à seize ans lorsqu'il vivait encore dans une petite ville de Pennsylvanie. Il a laissé un mot sur la table familiale, précisant --"de manière lâche", selon lui: "Je ne veux pas en parler". "Cela fait plus de cinquante ans maintenant et on continue à tourner autour", raconte-t-il. "Donc je me dis que ce n'était pas une bonne façon de faire".

Stanley a révélé son homosexualité à sa famille à 22 ans. Il dit avoir été plus facilement accepté même si personne chez lui n'était ravi. "Ma mère m'a dit, à moi et à mes amis: +Si vous voulez des droits, vous allez devoir vous battre pour les obtenir, ils ne vont pas vous être donnés comme ça+". Un conseil qui vaut toujours aujourd'hui.

"Cinquante ans après Stonewall, il y a eu beaucoup d'avancées, mais dans de nombreux endroits c'est encore la stagnation. C'est une bataille sans fin".