Des répercussions dans d'autres pays, au rôle de l'armée dans le jeu politique en passant par l'épineuse question vénézuélienne, voici trois enseignements à tirer du cas bolivien pour l'Amérique latine.

- Les répercussions du cas bolivien -

Les récents événements en Bolivie devraient avoir "d'importantes répercussions à travers la région", juge Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain à Washington.

"Les réactions des autres gouvernements ont été, comme on pouvait s'y attendre, opposées et ont souligné les lignes de fractures et les tensions en Amérique latine. Les manifestants en colère dans d'autres pays sont susceptibles d'interpréter le cas bolivien comme la preuve qu'une pression soutenue dans la rue peut réussir à faire tomber des gouvernements. Cela pourrait venir renforcer un cocktail déjà inflammable au Chili et dans d'autres pays", déclare-t-il à l'AFP.

"En même temps, il y a une leçon à tirer pour d'autres gouvernements en proie à des conflits sociaux. La tournure des événements en Bolivie pourrait pousser le gouvernement de Piñera au Chili à réagir plus efficacement et à présenter des propositions sérieuses pour répondre aux demandes des citoyens", estime M. Shifter.

- L'armée dans un rôle qui rappelle le passé -

Depuis sa réélection contestée du 20 octobre, Evo Morales s'était retrouvé au fil des jours de plus en plus isolé, tandis que la crise politique s'accélérait dans son pays, paralysé par une grève générale et des manifestations. L'ex-président a ensuite été lâché par la police et l'armée dimanche, qui lui ont demandé de démissionner "pour le bien de la Bolivie".

Madrid, notamment, a critiqué le rôle de l'armée et de la police dans cette démission forcée: "cette intervention nous ramène à des époques passées de l'histoire latino-américaine".

© Belga

"Le fait de voir un général de l'armée demander le départ d'un président et de voir Morales partir au bout d'une heure, ça a quand même été un choc dans la région et au-delà", analyse Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po Paris.

"Cela ouvre un débat sur le rôle de l'armée dans le champ politique en Amérique latine", ajoute-t-il.

Donald Trump, en revanche, s'est félicité de la démission forcée d'Evo Morales, y voyant "un signal fort" pour les "régimes illégitimes" d'Amérique latine et saluant la décision de l'armée de lâcher le dirigeant socialiste. "Nous somme prêts pour la bagarre", lui a rétorqué Nicolas Maduro.

- L'épineuse question vénézuélienne -

"La question vénézuélienne divise fortement une région très fragmentée. Il est a noter que ni Cuba, ni le Venezuela n'appartiennent au Groupe de Puebla (réunissant les leaders progressistes latino-américains), qui ne soutiendra pas Nicolas Maduro mais ne fera pas non plus partie d'une coalition appuyant des mesures fortes contre ce régime, comme des sanctions", fait valoir M. Shifter.

Maduro © Reuters

"Les gouvernements de gauche radicale, comme ceux à Cuba et au Venezuela, gagneront ne serait-ce que s'ils parviennent à survivre à la tempête Trump, de laquelle ils ne pensent qu'à sortir, sans trop s'inquiéter des conséquences pour la stabilité régionale", abonde le chercheur cubain Arturo Lopez-Levy, de l'université américaine Holy Names.

Au-delà du cas bolivien, le Venezuela et Cuba devraient "exploiter les évènements récents au Chili, en Equateur, au Pérou, etc, pour faire valoir que les troubles sociaux sont une réponse au visage hideux du capitalisme", juge Paul Webster Hare, ancien ambassadeur britannique ayant vécu à Cuba et au Venezuela et désormais professeur à l'université de Boston.

D'autant que "l'Amérique latine n'a pas résolu son problème régional le plus important depuis des années: l'exode de 4 millions de Vénézuéliens, ce qui cause d'importants problèmes aux pays voisins", rappelle Paul Webster Hare, qui enseigne les relations internationales.