Le président Sebastian Pinera "a signé les décrets nécessaires pour qu'à partir de lundi 28 octobre à 00H00 (03H00 GMT) soit levé l'état d'urgence dans toutes les régions et les communes où il avait été instauré", selon un message diffusé sur le compte Twitter de la présidence.

Une levée rapide de l'état d'urgence avait été annoncée samedi par le chef de l'Etat chilien, en même temps qu'un vaste remaniement de son gouvernement pour répondre à une fronde sociale inédite depuis des décennies dans ce pays d'Amérique latine.

L'état d'urgence avait été décrété le 18 octobre dans la capitale Santiago et la région métropolitaine avant d'être étendu à plusieurs régions du pays face aux violences et saccages nés d'une révolte contre une hausse de plus de 3% du prix du ticket de métro dans la capitale.

Des milliers de militaires avaient été déployés dans les rues du pays, une première depuis la fin de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), alors que des dizaines de supermarchés, stations-service, véhicules, stations de métro étaient saccagés ou incendiés.

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L'armée avait également décrété un couvre-feu dans la capitale, qui a été suspendu samedi.

Le bilan de ces troubles a été revu à la hausse samedi soir à 20 morts. Le ministre de l'Intérieur a annoncé qu'"un cadavre calciné" avait été découvert dans un supermarché incendié quelques jours plus tôt.

Parmi les vingt morts recensés, une majorité ont péri dans des incendies lors de pillages. Cinq ont été tués par des tirs des forces de l'ordre, selon des chiffres officiels.

Vendredi, plus d'un million de personnes s'étaient rassemblées dans le centre de Santiago et dans plusieurs grandes villes du pays pour protester contre les inégalités sociales engendrées par le modèle économique ultra-libéral instauré sous la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) et jamais remis en cause depuis le retour de la démocratie.

Des manifestations et rassemblements de moindre ampleur se sont poursuivis pendant le week-end dans la capitale et dans d'autres villes du pays.

Crise sociale au Chili : le film des événements

Voici le film des événements au Chili, où l'état d'urgence doit être levé dimanche à minuit après plus d'une semaine d'une grave crise sociale qui a fait 20 morts.

- Violents affrontements -

Le vendredi 18 octobre, Santiago est le théâtre de violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants protestant contre l'augmentation des prix des transports. Ces troubles conduisent les autorités à boucler toutes les stations de métro.

Auparavant, des appels à monter dans les trains sans billet avaient circulé pour protester contre l'augmentation des prix des tickets de métro, passés de 800 à 830 pesos (1,04 euro) aux heures de pointe, après une première augmentation de 20 pesos en janvier.

Dans la soirée, le président conservateur Sebastian Piñera décrète l'état d'urgence à Santiago et confie à un militaire, le général Javier Iturriaga, la responsabilité d'assurer la sécurité publique.

- Couvre-feu -

Le 19, des milliers de personnes défilent contre les inégalités à Santiago, où des heurts éclatent entre protestataires et forces de l'ordre. D'autres rassemblements ont lieu dans des grandes villes comme Valparaiso et Viña del Mar, malgré la suspension de la hausse des prix des tickets de métro.

Pour la première fois depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990), des milliers de militaires sont déployés dans les rues, et un couvre-feu nocturne est décrété dans la capitale.

- Le Chili "en guerre" -

Le 20, les émeutes se poursuivent, avec de nouveaux heurts dans le centre de Santiago et des pillages dans plusieurs quartiers.

L'état d'urgence est étendu à neuf des 16 autres régions du pays, et le couvre-feu nocturne reconduit dans la capitale.

"Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne et qui est prêt à faire usage de la violence et de la délinquance sans aucune limite", déclare le chef de l'État.

- "Les militaires dehors" -

Le 21, les manifestations reprennent aux cris de "Les militaires dehors".

Les cours sont suspendus dans la quasi-totalité des écoles et universités de la capitale. Les transports publics restent très perturbés. De longues files d'attente se forment pour s'approvisionner en essence et en denrées diverses.

Le président Piñera annonce qu'il va réunir les partis politiques pour trouver un "accord social".

- Grève générale -

Le 22, après une demande de "pardon" du président et l'annonce d'une hausse du minimum retraite et d'un gel des tarifs de l'électricité, la colère ne faiblit pas, avec un appel à la grève générale lancé par les principaux syndicats du pays.

Le 23, au premier jour de la grève, les rassemblements se multiplient dans le pays, avec des dizaines de milliers de manifestants à Santiago.

Ils exigent l'abandon des mesures d'exception, et notamment "le retour des militaires dans leurs casernes", ainsi que des réponses à la pire crise sociale que connaît le pays depuis 30 ans.

Le mouvement est rejoint par les puissants syndicats des mines de cuivre - dont le Chili est le premier producteur mondial -, les personnels de santé et employés des ports.

- Un million de manifestants -

Le 24, grève et manifestations se poursuivent. Le 25, dans une mobilisation historique, plus d'un million de Chiliens descendent dans la rue pour réclamer plus de justice sociale.

Le lendemain, l'armée annonce une suspension du couvre-feu tandis que M. Pinera promet un remaniement de son gouvernement pour "répondre" aux revendications.

L'état d'urgence sera levé dimanche à minuit dans toutes les régions du Chili où il avait été instauré, fait savoir le 27 la présidence chilienne.

Depuis le début du mouvement, 20 personnes ont été tuées, donc cinq touchées par des tirs des forces de l'ordre. Des envoyés de l'ONU sont attendus lundi dans le pays pour enquêter sur des allégations de violations des droits de l'Homme.