Le parti écologique français a organisé sa primaire en vue des élections présidentielles. Le premier tour a vu Yanick Jadot et Sandrine Rousseau sortir gagnants. On les décrit comme deux candidats que tout oppose. L'un se dit pragmatique et promet une sortie du nucléaire en 20 ans ou encore l'interdiction des voitures diesel d'ici 2030, l'autre veut la création d'un crime d'écocide et renforcer le statut juridique des animaux.

Pour autant, ces deux candidats ont bien quelque chose en commun. Ils montrent que les questions écologiques sont aujourd'hui au centre du débat - notamment politique. Et que les verts, d'une certaine manière, se radicalisent. "Il y a un appel manifeste à réformer, en phase avec les rapports du GIEC, qui deviennent de plus en plus alarmiste analyse Pascal Delwit, politologue à l'ULB et membre de cevipol. On sent que chez les écologistes, on se dit que c'est maintenant qu'il faut y aller. Il y a un son de cloche plus affirmé qui va de pair avec les préoccupations du public."

C'est une réalité en France, mais dans bien d'autres pays aussi, comme en Belgique. "Sur les questions sociaux-économiques, il y a un discours alternatif de la part des Verts, poursuit le politologue. Par contre, quand on regarde du côté francophone, on pourrait dire que les Verts sont radicaux sur les questions de société." Notamment sur les sujets de féminismes et de décolonisation de l'espace.

Et c'est peut-être là que le "radicalisme" se fait le plus sentir chez les verts, et ce dans de plusieurs pays européen. En France, l'approche "woke" de l'"écoféministe" Sandrine Rousseau a séduit et lui a permis de créer la surprise en se qualifiant pour le second tour des primaires devant l'ancien maire de Grenoble, Eric Piolle.

Une forme d'institutionnalisation

En Allemagne, le parti vert amené par Annalena Baerbock - qui se décrit aussi comme féministe - fait partie des options à la succession d'Angela Merkel, après avoir été longtemps favori dans la course à la chancellerie. Cependant, sur le discours écologiste en tant que tel, on note que le radicalisme n'est pas vraiment de mise. "Avec le processus d'institutionnalisation des partis écologistes qui a eu lieu, ils sont devenus moins radicaux, souligne Pascal Delwit. Par exemple, en Allemagne, si vous prenez le discours sur la métallurgie et l'automobile, il est beaucoup plus prudent. Il faut prendre en considération la situation économique du pays aujourd'hui. Dans une certaine mesure, ce sont aujourd'hui des groupes activistes qui sont radicaux, pas les politiques."

Aujourd'hui, les questions écologiques ne sont plus l'apanage de certains partis. Les citoyens ont montré que les problématiques environnementales sont au coeur de leurs préoccupations. "Quand on regarde les élections communales de 2018, les verts ont largement progressé, au détriment des libéraux. Et c'est parce que les libéraux n'avaient pas pris en considération un certain nombre de problématiques dites écologistes, comme la mobilité, la qualité de vie..." D'où une certaine radicalisation du discours chez certains candidats, comme en France.

Pour autant, en Belgique, cette radicalisation parait compliquée puisque les Verts et Groen font partie d'un gouvernement à multiples facettes: "En Belgique, les Verts ne peuvent pas vraiment se radicaliser puisqu'ils ne veulent pas se détacher des autres partis, leur rôle est d'insuffler une dynamique dans le gouvernement et les groupes sociaux et de tirer la sonnette d'alarme si besoin", résume Pascal Delwit.

Pour l'heure, la force électorale des partis écologistes en Europe n'est pas encore assez grande pour imaginer se passer du support d'autres partis. "C'est une force électorale intermédiaire, leur score reste souvent en-dessous des 10 %, même dans les pays nordiques. Il n'y a que dans les villes universitaires où ils deviennent des acteurs plus notables. En dehors, ils restent une force politique modeste." Pour devenir des acteurs plus saillants de la vie politique, il faut donc étendre son électorat. Et jouer la carte de la radicalité peut alors s'avérer être la bonne option, de quoi s'offrir une belle tribune médiatique et alors déjouer les pronostics. Demandez à Sandrine Rousseau!

Marine Andrieu

Le parti écologique français a organisé sa primaire en vue des élections présidentielles. Le premier tour a vu Yanick Jadot et Sandrine Rousseau sortir gagnants. On les décrit comme deux candidats que tout oppose. L'un se dit pragmatique et promet une sortie du nucléaire en 20 ans ou encore l'interdiction des voitures diesel d'ici 2030, l'autre veut la création d'un crime d'écocide et renforcer le statut juridique des animaux.Pour autant, ces deux candidats ont bien quelque chose en commun. Ils montrent que les questions écologiques sont aujourd'hui au centre du débat - notamment politique. Et que les verts, d'une certaine manière, se radicalisent. "Il y a un appel manifeste à réformer, en phase avec les rapports du GIEC, qui deviennent de plus en plus alarmiste analyse Pascal Delwit, politologue à l'ULB et membre de cevipol. On sent que chez les écologistes, on se dit que c'est maintenant qu'il faut y aller. Il y a un son de cloche plus affirmé qui va de pair avec les préoccupations du public." C'est une réalité en France, mais dans bien d'autres pays aussi, comme en Belgique. "Sur les questions sociaux-économiques, il y a un discours alternatif de la part des Verts, poursuit le politologue. Par contre, quand on regarde du côté francophone, on pourrait dire que les Verts sont radicaux sur les questions de société." Notamment sur les sujets de féminismes et de décolonisation de l'espace.Et c'est peut-être là que le "radicalisme" se fait le plus sentir chez les verts, et ce dans de plusieurs pays européen. En France, l'approche "woke" de l'"écoféministe" Sandrine Rousseau a séduit et lui a permis de créer la surprise en se qualifiant pour le second tour des primaires devant l'ancien maire de Grenoble, Eric Piolle. En Allemagne, le parti vert amené par Annalena Baerbock - qui se décrit aussi comme féministe - fait partie des options à la succession d'Angela Merkel, après avoir été longtemps favori dans la course à la chancellerie. Cependant, sur le discours écologiste en tant que tel, on note que le radicalisme n'est pas vraiment de mise. "Avec le processus d'institutionnalisation des partis écologistes qui a eu lieu, ils sont devenus moins radicaux, souligne Pascal Delwit. Par exemple, en Allemagne, si vous prenez le discours sur la métallurgie et l'automobile, il est beaucoup plus prudent. Il faut prendre en considération la situation économique du pays aujourd'hui. Dans une certaine mesure, ce sont aujourd'hui des groupes activistes qui sont radicaux, pas les politiques."Aujourd'hui, les questions écologiques ne sont plus l'apanage de certains partis. Les citoyens ont montré que les problématiques environnementales sont au coeur de leurs préoccupations. "Quand on regarde les élections communales de 2018, les verts ont largement progressé, au détriment des libéraux. Et c'est parce que les libéraux n'avaient pas pris en considération un certain nombre de problématiques dites écologistes, comme la mobilité, la qualité de vie..." D'où une certaine radicalisation du discours chez certains candidats, comme en France. Pour autant, en Belgique, cette radicalisation parait compliquée puisque les Verts et Groen font partie d'un gouvernement à multiples facettes: "En Belgique, les Verts ne peuvent pas vraiment se radicaliser puisqu'ils ne veulent pas se détacher des autres partis, leur rôle est d'insuffler une dynamique dans le gouvernement et les groupes sociaux et de tirer la sonnette d'alarme si besoin", résume Pascal Delwit.Pour l'heure, la force électorale des partis écologistes en Europe n'est pas encore assez grande pour imaginer se passer du support d'autres partis. "C'est une force électorale intermédiaire, leur score reste souvent en-dessous des 10 %, même dans les pays nordiques. Il n'y a que dans les villes universitaires où ils deviennent des acteurs plus notables. En dehors, ils restent une force politique modeste." Pour devenir des acteurs plus saillants de la vie politique, il faut donc étendre son électorat. Et jouer la carte de la radicalité peut alors s'avérer être la bonne option, de quoi s'offrir une belle tribune médiatique et alors déjouer les pronostics. Demandez à Sandrine Rousseau!Marine Andrieu