Alors les deux derniers événements hallucinants en date. Avec leur chapelet d'images désolantes, prouvant une nouvelle fois que, décidément, plus rien ne tourne vraiment rond désormais. Nulle part. Et que, donc, de plus en plus de monde semble avoir perdu la raison, qu'il s'agisse d'individus ou de groupes, à quelque niveau que ce soit, jusqu'aux sommets des Etats.
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Alors les deux derniers événements hallucinants en date. Avec leur chapelet d'images désolantes, prouvant une nouvelle fois que, décidément, plus rien ne tourne vraiment rond désormais. Nulle part. Et que, donc, de plus en plus de monde semble avoir perdu la raison, qu'il s'agisse d'individus ou de groupes, à quelque niveau que ce soit, jusqu'aux sommets des Etats. On contrôle d'autant moins que les tueries et les violences surviennent de manière toujours plus récurrente, gagnent tous les pays, prennent toutes les formes, éclaboussent tous les secteurs et sont toujours légitimées par leurs auteurs ou leurs commanditaires : c'est la loi. Celle des dieux ou celle des hommes. Et donc, à ce titre, on peut abattre des infidèles, tabasser des gens pour les empêcher d'entrer chez nous et matraquer d'autres pour qu'ils ne nous quittent pas, dénoncer aux autorités qu'ils fuient des étrangers en transit, enfermer des enfants, acheter des armes autant qu'on veut avant d'aller tirer sur un campus, une discothèque ou un festival de musique, décider de faire cavalier seul. Et expulser, interdire d'accès, nettoyer, éliminer. La tenue du référendum, le 1er octobre, en Catalogne, en est une formidable illustration : dimanche dernier, face aux charges policières contre les votants résolus à braver l'interdiction décrétée par la justice et l'Etat espagnols, des femmes et des hommes cultivés, universitaires, ouverts d'esprit, nantis, qui ont beaucoup voyagé, qui ont beaucoup lu, qui savent l'histoire, qu'on peut définir comme humanistes, mais qui sont basés à Madrid et s'avouent écoeurés par les manipulations de masse dans lesquelles les indépendantistes catalans, comme les autres, sont passés maîtres, ces femmes et ces hommes-là continuaient à nous dire : " Qu'est-ce qu'il fallait faire d'autre ? Abandonner l'application de la loi ? Mais alors, c'est la chute de tout. Il n'y a plus de référence, pour rien ! " De là à cogner sur tout ce qui bouge ? Pourquoi ne pas tirer dans le tas, finalement, non ? " Eh, comment tu la fais respecter, alors, la loi ? " En substance, le discours de Theo Francken, chaque fois que sont dénoncées les méthodes qu'il utilise pour lutter contre " les migrants criminels ". Ce sont des illégaux. C'est la loi. C'est en vertu d'un accord européen. Je ne fais que l'appliquer. Il faut respecter les règles. La justification d'Erdogan face aux opposants. De Poutine face aux contestataires ou aux sécessionnistes. La bureaucratisation de la répression ou du maintien de l'ordre. Cet incessant recours aux textes légaux pour justifier de ses actes les plus brutaux, les plus obtus, est d'autant plus pervers qu'il occulte la réalité et les véritables enjeux. Parce qu' une loi, ça s'évalue, ça s'amende et ça se réforme, le cas échéant. Et pas seulement pour servir ses propres intérêts. Et parce qu'on ne l'utilise comme bouclier qu'à la carte, en fonction de ce qu'on a à gagner ou à perdre, économiquement, financièrement, dans le dossier. Aussi vrai que le seul moteur de l'indépendantisme est, en réalité, presque toujours, purement économique. Le glaive, la loi et le contrôle ne servent donc aujourd'hui que les plus nantis. Ou ceux qui craignent de l'être moins demain.