Sport, culture, médias, réseaux sociaux...: deux pays du Golfe, le Qatar et les Emirats arabes unis, sont passés maîtres depuis plusieurs années dans l'utilisation du soft power pour vendre leur image. C'est aux footballeurs du Paris Saint-Germain que l'on associe souvent Doha, aux influenceurs sur Instagram ou Tik Tok que l'on rattache désormais Dubaï.
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Sport, culture, médias, réseaux sociaux...: deux pays du Golfe, le Qatar et les Emirats arabes unis, sont passés maîtres depuis plusieurs années dans l'utilisation du soft power pour vendre leur image. C'est aux footballeurs du Paris Saint-Germain que l'on associe souvent Doha, aux influenceurs sur Instagram ou Tik Tok que l'on rattache désormais Dubaï. La stratégie comporte sa part de risques. Il n'est pas sûr, avec le recul du temps, que les dirigeants qataris répéteraient l'intense "lobbying" qui leur a permis d'empocher l'organisation, inédite dans le monde arabe, de la Coupe du monde de football en 2022. Entre la dénonciation des conditions de travail des ouvriers asiatiques sur les chantiers des stades (plus de 6 500 morts entre 2010 et 2020), les inquiétudes sur l'exercice de toutes les libertés au moment de l'événement et la focalisation sur le piètre respect des droits humains dans l'émirat, le retour sur investissement, à savoir la valorisation de la marque Qatar, n'est pas garanti. L'Exposition universelle 2020 qui, suite à la crise de la Covid, se tient du 1er octobre 2021 au 31 mars 2022 à Dubaï, capitale d'un des sept émirats qui composent la fédération des Emirats arabes unis, n'a pas eu droit au même salutaire screening préalable. L'événement a un rayonnement moindre qu'un Mondial de foot. Il ne nécessite pas autant d'infrastructures neuves. Les pays participants sont attentifs à l'édification de leur pavillon éphémère. Et la qualité de l'accueil des visiteurs n'est pas encore véritablement connue. Les projecteurs ont donc pu être braqués, sans entrave et, parfois, avec une complaisance décomplexée, sur les "merveilles" de l' expo et sur la promesse fédératrice, car suffisamment lisse, de son thème: "Connecter les esprits, construire le futur." Les Emirats arabes unis partagent pourtant avec le Qatar une aversion pour la contestation politique. Collaborateur scientifique au Centre d'études de la coopération internationale et du développement de l'ULB, Sébastien Boussois rappelle, dans son dernier livre Emirats arabes unis à la conquête du monde (1), que le maître incontesté de la fédération, Mohammed ben Zayed, craint "deux éléments susceptibles de fragiliser à terme son pouvoir: l'émergence d'une exigence démocratique réelle, et la montée des contre-pouvoirs islamistes tels que les incarne la galaxie des Frères musulmans". C'est en vertu d'une proximité avec ceux-ci et avec "l'ennemi iranien" que le Qatar a été soumis, à partir du 5 juin 2017, à un embargo par les Emirats arabes unis et l' Arabie saoudite dont il n'a pu se défaire qu'en janvier dernier. La rivalité entre les Qataris et les Emiratis n'est donc pas près de s'apaiser. Ainsi, alors que Dubaï inaugurait son expo universelle en grande pompe le 1er octobre, le Qatar organisait le lendemain "sa première élection nationale au suffrage universel". Que le Parlement dont les deux tiers des représentants étaient renouvelés à cette occasion n' ait que des attributions consultatives ou que la constitution du corps électoral ait écarté les membres de la tribu rebelle des Al-Murra importait peu, l'essentiel était de détourner de la lumière captée par les gratte-ciel dubaïotes. Esbroufe contre esbroufe. Pourtant, il ne faut pas exclure que cette surenchère produise, à terme, quelques avancées vers une démocratisation, davantage peut-être au Qatar qui, Mondial oblige, sera mis sous pression sur une plus longue durée.