Nzambi Matee, 29 ans, ingénieure. Elle en avait marre "de rester sur la touche". Pas tant qu'on la bridait, plutôt qu'elle se sentait trop passive, inutile, complice presque, et que, bon, maintenant il faut agir. "Maintenant." En fait, c'est en 2017: elle quitte alors son job dans l'industrie pétrolière kenyane, à Nairobi, avec un but très très clair. "Je vais créer ma propre boîte, pour m'attaquer à ces saloperies de sacs en plastique." Une véritable plaie, ces sacs: jusqu'il y a quatre ans, et la décision d'en interdire la fabrication, le Kenya en produisait 4 000 tonnes par mois ; on dit que...

Nzambi Matee, 29 ans, ingénieure. Elle en avait marre "de rester sur la touche". Pas tant qu'on la bridait, plutôt qu'elle se sentait trop passive, inutile, complice presque, et que, bon, maintenant il faut agir. "Maintenant." En fait, c'est en 2017: elle quitte alors son job dans l'industrie pétrolière kenyane, à Nairobi, avec un but très très clair. "Je vais créer ma propre boîte, pour m'attaquer à ces saloperies de sacs en plastique." Une véritable plaie, ces sacs: jusqu'il y a quatre ans, et la décision d'en interdire la fabrication, le Kenya en produisait 4 000 tonnes par mois ; on dit que rien que les grandes surfaces en écoulaient 100 millions, mensuellement ; et on en trouve toujours partout, par terre, jetés, par monceaux. Pendant une petite année, Nzambi Matee teste des trucs, dans un petit labo qu'elle a improvisé dans le jardin de sa maman. Elle cherche comment utiliser le plastique comme matériau de construction écologique, solide, pas cher et durable. Autrement dit: comment "lutter contre la pollution par les déchets plastiques et contre le problème de logements inadéquats au Kenya". Parce que "le plastique est mal utilisé et mal compris. Son potentiel est énorme, mais son utilisation peut être désastreuse." Les voisins se plaignent du bruit, ses économies fondent, on lui dit qu'elle est dingue, allez, reprends un vrai travail, mais elle s'obstine. Et décroche une bourse qui l'envoie aux Etats-Unis. A l'université du Colorado, à Boulder, elle affine les rapports entre le sable et le plastique. Et elle réussit à concevoir une machine qui les mélange, les chauffe à plus de 350 °C puis les compacte en briques ou pavés. En naît un composite "sept fois plus solide que le béton". Et c'est parti! Retour à Nairobi en 2018 et création de son entreprise, Gjenge Makers. Et ça mord! On en est à 3 000 tonnes de déchets plastique recyclés (500 kilos par jour, entre sacs, bouteilles et bouchons) pour une production quotidienne de 500 à 1 500 briques (le prix tourne autour de 6,40 euros le mètre carré). Au fil des commandes, Nzambi Matee s'entoure: ils sont aujourd'hui dix ingénieurs et une centaine de travailleurs, principalement des femmes et de jeunes, "autonomisés financièrement", sourit-elle. Tout roule au point que "la demande est supérieure à ce que nous pouvons fournir". Fin 2020, le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) l'a désignée parmi ses sept Jeunes champions de la Terre, la plus haute distinction environnementale décernée par l'ONU, dotée de 10 000 dollars (8 300 euros). Parce que "l'innovation de Nzambi Matee met en évidence les opportunités économiques et environnementales lorsque nous passons d'une économie linéaire, où les produits, une fois utilisés, sont jetés ou mis en décharge, à une économie circulaire, où les produits et les matériaux restent dans le système aussi longtemps que possible." Nzambi Matee, 29 ans, génIe.