On peut y voir un geste d'accueil. Ou une représentation de la crucifixion. Ou la réduire à ce qui était l'objectif de ceux qui l'ont fait ériger: étaler toute la puissance de l'Eglise. Mais on ne peut pas contester que le Christ rédempteur, avec ses bras ouverts au-dessus de la baie de Rio, c'est quelque chose. Pas qu'un logo touristico-commercial. Une icône. Qui fêtait ses 90 ans le 12 octobre dernier. Le piédestal mesure 8 mètres de haut, la statue 30, la tête 3,75, chaque main 3,20, l'écart entre elles 28, l'ampleur de la robe 8,50, l'aire occupée par le monument 100 mètres carrés. Tout ça à 710 mètres d'altitude, au som...

On peut y voir un geste d'accueil. Ou une représentation de la crucifixion. Ou la réduire à ce qui était l'objectif de ceux qui l'ont fait ériger: étaler toute la puissance de l'Eglise. Mais on ne peut pas contester que le Christ rédempteur, avec ses bras ouverts au-dessus de la baie de Rio, c'est quelque chose. Pas qu'un logo touristico-commercial. Une icône. Qui fêtait ses 90 ans le 12 octobre dernier. Le piédestal mesure 8 mètres de haut, la statue 30, la tête 3,75, chaque main 3,20, l'écart entre elles 28, l'ampleur de la robe 8,50, l'aire occupée par le monument 100 mètres carrés. Tout ça à 710 mètres d'altitude, au sommet du mont Corcovado, dans le parc national de la forêt de Tijuca. Il faut écouter la tendresse avec laquelle l'historien de l'art Adon Peres, Brésilien installé à Genève, évoque ce O Cristo Redentor dans Monumental, la merveilleuse émission de la Radio-Télévision suisse francophone (RTS). Il y raconte les couleurs, la sueur, le béton, l'acier, les petites pierres mosaïques, le genre de talc protecteur, le coeur qu'il a fallu rajouter à la demande d'un évêque, les assauts du vent, du sel et des eaux, le saisissement quand on découvre la statue depuis la mer, l'éblouissement lorsqu'on embrasse la mer depuis la statue. Sa dérision aussi, face à ce qui est devenu une course au gigantisme: s'il existe un Jésus de 38 mètres de haut à Rio, faisons plus grand. En Bolivie, à Cochabamba, en 1994, on a donc inauguré le Cristo de la Concordia: 40,44 mètres (statue et piédestal). En Pologne, à ?wiebodzin, on a planté un Christ-Roi de 52,5 mètres (statue et piédestal) en 2010, ce qui en fait le plus haut du monde. Et dans une autre ville du Brésil, à Encantado, d'ici à la fin de cette année, on devrait saluer un Christ protecteur de 43 mètres, base comprise. Comme avec les cathédrales il y a longtemps, comme avec les buildings dans les années 1930, comme avec les tours encore aujourd'hui, voilà maintenant qu'on veut des statues du fils de Dieu toujours plus proches du ciel. Ce qui confirme la tournure que prennent les choses en certains lieux puritains du christianisme. Loin de ces considérations, deux escaladeurs français, férus d'opérations depuis les sommets de tous les édifices possibles dans le monde qu'ils publient ensuite sur les réseaux sociaux, ont tenté un joli coup en août dernier. Comme on n'a accès au Christ rédempteur qu'en journée, comme dès lors on ne peut jamais admirer le lever du soleil sur la baie de Rio depuis la statue, Clément Dumais, 28 ans, et Paul Roux-dit-Buisson, 27 ans, s'y sont planqués, un soir, juste avant la fermeture du site. A l'aube, ils sont montés depuis l'intérieur jusqu'à une trappe donnant sur les bras du Jésus monumental. Ils ont grimpé sur la tête, où les gardes les ont repérés. Solide amende (2 400 dollars) et confiscation des photos et vidéos de ce fameux lever de soleil, auquel ils ont donc assisté. "Dans la peau du Christ", comme a dit l'un d'eux. Ce qui a dû rendre le spectacle encore plus magique. Puisque, parfois, il faut voir pour croire. Quand c'est grandiose.