Le vote britannique devrait donner lieu à un débat en Norvège sur le discours que nous tenons vis-à-vis de l'Union européenne. Le discours belge pourrait servir d'exemple.

J'ai grandi sur la côte norvégienne. Ici, les navires de pêche arborent le pavillon de l'Europe avec un doigt d'honneur en plein centre. À l'école, la partie consacrée à l'Union européenne dans les livres est à peu près de la longueur de cet article.

Quoique non-membre de l'UE, la Norvège adopte près de 75 % du cadre législatif de l'Union. Au cours des deux dernières décennies, la Norvège a incorporé 10 000 directives et réglementations de l'UE dans sa législation, soit environ 5 textes ratifiés par jour de session du Parlement norvégien. Et ces règles ont été adoptées en contrepartie de l'accès au marché intérieur européen. Grâce à l'accord sur l'Espace économique européen (EEE), qui ne couvre cependant pas l'agriculture et la pêche, la Norvège est ironiquement devenue l'un des États européens les mieux intégrés, et fait partie de la zone Schengen, dont ne font pas partie la Grande-Bretagne et l'Irlande par exemple.. En proportion de sa population, la Norvège accueille également beaucoup plus de travailleurs immigrés de l'UE que le Royaume-Uni.

Le modèle norvégien sert d'exemple pour illustrer comment le Royaume-Uni pourrait prospérer en marge de l'UE. Mais la Norvège a prospéré, non pas parce qu'elle s'est tenue à l'écart de l'UE, mais parce que pour des raisons pratiques, elle faisait partie de l'UE. C'est pourquoi elle cotise environ 107 € par personne et par an pour accéder au marché intérieur. Chaque Britannique verse actuellement environ 139 €, mais contrairement aux Norvégiens, ces derniers ont un droit de vote, tant au Parlement qu'au Conseil, et peuvent dès lors prendre part aux décisions qui les concernent.

La Norvège a voté deux fois contre l'adhésion à l'Europe : en 1972 et en 1994. C'est pourquoi elle n'a aucun représentant au sein du Conseil européen, du Parlement européen et de la Commission européenne ou de tout autre organe européen (si ce n'est sa cinquantaine d'experts nationaux détachés). L'accord sur l'EEE implique que la Norvège et les États partenaires que sont le Liechtenstein et l'Islande, sont consultés au tout début d'un projet de loi européen, mais sont ensuite ignorés et bien sûr ne peuvent participer à son vote.

Les Norvégiens connaissent donc très bien les couloirs de l'Union européenne, qu'ils arpentent dans l'espoir de tomber sur des représentants d'un État membre de l'UE prêts à les écouter, et qui, comble de l'ironie, ont souvent été les Britanniques. Au moins pourrons-nous désormais, j'imagine, bénéficier de leur compagnie pour réclamer l'attention de la Suède, du Danemark et du reste de l'Europe, qui décident de notre avenir.

Moi qui travaille à Bruxelles pour une organisation non gouvernementale norvégienne, j'ai plus ou moins le même accès à l'Union européenne que la Norvège. La Première ministre norvégienne l'a elle-même reconnu quand elle a présenté son pays comme un groupe de pression auprès des institutions européennes devant la presse britannique. Les représentants de la Norvège sont autorisés à assister aux réunions de groupe de la Commission. Quelquefois, par exemple lors des débats sur l'énergie, les ministres norvégiens sont invités. Mais l'Union européenne n'est aucunement tenue de prendre en compte le point de vue de la Norvège.

Et pourquoi le devrait-elle ? La Norvège a décidé qu'il valait mieux rester à distance, cotiser pour tirer parti du marché intérieur et ne pas participer à la construction et à l'amélioration communes de l'Europe ; un sentiment que semble désormais partager le Royaume-Uni. Un sentiment que la Belgique, j'ai eu le plaisir de l'apprendre, ne partage pas.

En Norvège, la réaction au Brexit est hypocrite. Les dirigeants norvégiens n'ont aucun pouvoir à Bruxelles et ne mènent donc aucun débat sur l'UE en Norvège. Cependant, depuis le Brexit, ils ont soulevé des inquiétudes quant à la stabilité globale de l'Europe.

Je remercie donc la Belgique de m'avoir montré des politiciens qui participent aux débats à la fois belges et européens. Merci aux médias belges qui intègrent naturellement le point de vue de l'Europe dans les affaires nationales. Enfin, merci pour tous ces bâtiments officiels qui arborent le drapeau belge aux côtés du drapeau européen, même au Parlement national. Pour les Belges, ceci n'a peut-être rien d'exceptionnel ; et pourtant, ça l'est.

Marika Andersen travaille pour l'ONG norvégienne Bellona, est la co-fondatrice de @EUPanelWatch et écrit pour le groupe du vendredi.

Le vote britannique devrait donner lieu à un débat en Norvège sur le discours que nous tenons vis-à-vis de l'Union européenne. Le discours belge pourrait servir d'exemple.J'ai grandi sur la côte norvégienne. Ici, les navires de pêche arborent le pavillon de l'Europe avec un doigt d'honneur en plein centre. À l'école, la partie consacrée à l'Union européenne dans les livres est à peu près de la longueur de cet article. Quoique non-membre de l'UE, la Norvège adopte près de 75 % du cadre législatif de l'Union. Au cours des deux dernières décennies, la Norvège a incorporé 10 000 directives et réglementations de l'UE dans sa législation, soit environ 5 textes ratifiés par jour de session du Parlement norvégien. Et ces règles ont été adoptées en contrepartie de l'accès au marché intérieur européen. Grâce à l'accord sur l'Espace économique européen (EEE), qui ne couvre cependant pas l'agriculture et la pêche, la Norvège est ironiquement devenue l'un des États européens les mieux intégrés, et fait partie de la zone Schengen, dont ne font pas partie la Grande-Bretagne et l'Irlande par exemple.. En proportion de sa population, la Norvège accueille également beaucoup plus de travailleurs immigrés de l'UE que le Royaume-Uni.Le modèle norvégien sert d'exemple pour illustrer comment le Royaume-Uni pourrait prospérer en marge de l'UE. Mais la Norvège a prospéré, non pas parce qu'elle s'est tenue à l'écart de l'UE, mais parce que pour des raisons pratiques, elle faisait partie de l'UE. C'est pourquoi elle cotise environ 107 € par personne et par an pour accéder au marché intérieur. Chaque Britannique verse actuellement environ 139 €, mais contrairement aux Norvégiens, ces derniers ont un droit de vote, tant au Parlement qu'au Conseil, et peuvent dès lors prendre part aux décisions qui les concernent. La Norvège a voté deux fois contre l'adhésion à l'Europe : en 1972 et en 1994. C'est pourquoi elle n'a aucun représentant au sein du Conseil européen, du Parlement européen et de la Commission européenne ou de tout autre organe européen (si ce n'est sa cinquantaine d'experts nationaux détachés). L'accord sur l'EEE implique que la Norvège et les États partenaires que sont le Liechtenstein et l'Islande, sont consultés au tout début d'un projet de loi européen, mais sont ensuite ignorés et bien sûr ne peuvent participer à son vote. Les Norvégiens connaissent donc très bien les couloirs de l'Union européenne, qu'ils arpentent dans l'espoir de tomber sur des représentants d'un État membre de l'UE prêts à les écouter, et qui, comble de l'ironie, ont souvent été les Britanniques. Au moins pourrons-nous désormais, j'imagine, bénéficier de leur compagnie pour réclamer l'attention de la Suède, du Danemark et du reste de l'Europe, qui décident de notre avenir. Moi qui travaille à Bruxelles pour une organisation non gouvernementale norvégienne, j'ai plus ou moins le même accès à l'Union européenne que la Norvège. La Première ministre norvégienne l'a elle-même reconnu quand elle a présenté son pays comme un groupe de pression auprès des institutions européennes devant la presse britannique. Les représentants de la Norvège sont autorisés à assister aux réunions de groupe de la Commission. Quelquefois, par exemple lors des débats sur l'énergie, les ministres norvégiens sont invités. Mais l'Union européenne n'est aucunement tenue de prendre en compte le point de vue de la Norvège. Et pourquoi le devrait-elle ? La Norvège a décidé qu'il valait mieux rester à distance, cotiser pour tirer parti du marché intérieur et ne pas participer à la construction et à l'amélioration communes de l'Europe ; un sentiment que semble désormais partager le Royaume-Uni. Un sentiment que la Belgique, j'ai eu le plaisir de l'apprendre, ne partage pas. En Norvège, la réaction au Brexit est hypocrite. Les dirigeants norvégiens n'ont aucun pouvoir à Bruxelles et ne mènent donc aucun débat sur l'UE en Norvège. Cependant, depuis le Brexit, ils ont soulevé des inquiétudes quant à la stabilité globale de l'Europe. Je remercie donc la Belgique de m'avoir montré des politiciens qui participent aux débats à la fois belges et européens. Merci aux médias belges qui intègrent naturellement le point de vue de l'Europe dans les affaires nationales. Enfin, merci pour tous ces bâtiments officiels qui arborent le drapeau belge aux côtés du drapeau européen, même au Parlement national. Pour les Belges, ceci n'a peut-être rien d'exceptionnel ; et pourtant, ça l'est.Marika Andersen travaille pour l'ONG norvégienne Bellona, est la co-fondatrice de @EUPanelWatch et écrit pour le groupe du vendredi.