Portant une veste sombre, Luiz Inacio Lula da Silva, 74 ans, est sorti à pied, souriant aux côtés de sa compagne, la sociologue Rosangela da Silva, embrassant chaleureusement des sympathisants et saluant la foule d'un poing levé.

Combatif, il a rapidement harangué la foule. Des milliers de militants l'ont accueilli, certains en larmes, devant le siège de la Police fédérale de Curitiba, où il purgeait une peine de huit ans et dix mois de prison pour corruption. Il a été libéré au lendemain d'un arrêt de la Cour suprême.

"Tout le monde a hâte, ça fait 580 jours, on est très heureux, c'est une grande victoire", avait expliqué auparavant à l'AFP Pedro Carrano, un de ses sympathisants.

"Hier, je ne voulais même pas assister au vote (des juges de la Cour suprême), je n'y croyais pas. Mais quand j'ai vu le résultat, j'ai crié, j'ai pleuré et maintenant je suis ici", devant le siège de la police fédérale, "je ne pouvais pas rater ça", a raconté Lucia Fernandes, 58 ans, arborant une casquette signée par Lula lui-même.

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Polarisation

Après ce premier bain de foule à Curitiba, Lula doit se rendre près de Sao Paulo, au syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, où il était resté retranché avec ses partisans avant de se rendre aux autorités pour commencer à purger sa peine en avril 2018.

Au delà de Lula, d'autres détenus pourraient bénéficier de l'arrêt pris jeudi soir par la Cour suprême: ils sont près de 5.000 à être concernés par cette décision qui sera appliquée au cas par cas et change radicalement l'application des peines au Brésil.

Sur un score serré de six voix contre cinq, les magistrats de la haute cour ont mis fin tard jeudi à une jurisprudence selon laquelle une personne peut être emprisonnée avant l'épuisement de tous ses recours si sa condamnation a été confirmée en appel, comme c'est le cas pour Lula.

Comme lui, de nombreux détenus condamnés dans le cadre de l'opération anticorruption "Lavage Express", une enquête tentaculaire qui a fait trembler l'ensemble de la classe politique, pourraient prochainement recouvrer la liberté.

Adulé par une partie des Brésiliens fascinés par cet ex-ouvrier arrivé au sommet de l'Etat pour sortir des millions de personnes de la misère grâce à d'ambitieux programmes sociaux, Lula est aussi détesté par une partie de la population pour qui il incarne la corruption à grande échelle qui mine le Brésil.

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"Caravanes" en vue

"La Cour suprême a voté contre le peuple", a déploré Major Olimpo, le leader au Sénat du PSL, le parti du président Jair Bolsonaro, animé par une farouche, haine du PT.

Le président, habituellement très disert sur Twitter, est resté étrangement silencieux sur le sujet, alors qu'il y a un peu plus d'un an, il avait lâché en pleine campagne qu'il souhaitait voir Lula "pourrir en prison".

Son fils Eduardo, qui est député, a en revanche déploré sur Twitter qu'"On libère les brigands".

Lula a déjà fait part de son intention de participer à de grandes tournées à travers le Brésil, les fameuses "caravanes" qui lui ont permis d'accroître sa popularité auprès des plus pauvres, pour incarner l'opposition à M. Bolsonaro.

Si la justice l'autorise à quitter son pays, il compte également voyager à l'étranger: le journal O Globo croit même savoir qu'il a été invité à l'investiture du nouveau président péroniste argentin Alberto Fernandez, le 10 décembre.

Des rebondissements judiciaires sont aussi possibles ces prochaines semaines: Lula est mis en cause dans d'autres affaires et la Cour suprême doit rendre de nouveaux jugements le concernant. Mais il ne risque pas d'être incarcéré de nouveau prochainement.

Et Lula a un projet prioritaire: épouser sa nouvelle campagne Rosangela.

Ce qu'on sait sur la situation de Lula

La libération imminente de l'ex-président brésilien Lula pose de nombreuses questions : que fera le chef historique de la gauche de sa liberté ? Peut-il de nouveau être incarcéré? Pourra-t-il se présenter à la prochaine présidentielle ?

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Que va faire Lula une fois sorti de prison?

La présidente du Parti des Travailleurs (PT), fondé par Lula en 1980, a annoncé vendredi que l'ancien chef de l'Etat (2003-2010) allait d'abord saluer les militants qui campent depuis un an et demi devant le lieu où il est incarcéré, le siège de la Police fédérale à Curitiba (sud).

Il doit ensuite se rendre près de Sao Paulo, pour saluer ses partisans au syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, où il était resté retranché avant de se rendre aux autorités, le 7 avril 2018.

En tant que figure de proue d'une opposition de gauche, orpheline de son leader depuis l'élection du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, Lula a manifesté son intention de parcourir le Brésil dans de grandes tournées, les fameuses "caravanes", comme il l'a fait notamment au début des années 90 et il y a deux ans, peu avant d'être incarcéré.

Si la justice l'autorise à quitter son pays, il compte également voyager à l'étranger : le journal O Globo croit même savoir qu'il a été invité à l'investiture du nouveau président péroniste argentin Alberto Fernandez, le 10 décembre.

Risque-t-il d'être emprisonné à nouveau?

Grâce à une décision jeudi soir de la Cour suprême mettant fin à une jurisprudence en vertu de laquelle l'emprisonnement était possible dès la première condamnation en appel, Lula ne pourrait être incarcéré qu'un fois tous ses recours épuisés.

Comme les recours auprès d'instances supérieures prennent souvent des mois, voire des années, à être examinés, il ne risque pas de retourner en prison prochainement.

Même si cette option reste peu probable, un juge peut toutefois ordonner son emprisonnement "préventif" s'il considère que la liberté de l'ex-président peut porter préjudice à l'enquête, avec des destructions de preuves, par exemple.

Où en sont les procès de Lula?

L'ex-président est mis en cause dans plusieurs affaires de corruption et a été condamné pour deux d'entre elles.

Il a été incarcéré après avoir été reconnu coupable en appel d'avoir reçu un triplex en bord de mer en guise de pots-de-vin de la part d'une entreprise du bâtiment en échange de l'attribution de marchés publics.

En avril, sa peine a été réduite à huit ans et dix mois de réclusion par le Tribunal Supérieur de Justice (STJ), la troisième et avant-dernière instance dans le système judiciaire brésilien, juste en dessous de la Cour suprême, qui doit encore se prononcer sur plusieurs recours le concernant.

En février, Lula avait été condamné à 12 ans et 11 mois de réclusion en première instance dans une autre affaire, concernant la rénovation d'une ferme dont il aurait bénéficié aux frais d'une entreprise de BTP.

Le premier jugement en appel a été fixé au 27 novembre.

Lula pourra-t-il se présenter à la présidentielle de 2022?

Dans de récentes déclarations à la presse, Lula n'a pas exclu de se représenter en 2022. Mais en août 2018, le Tribunal supérieur électoral (TSE) a déclaré Lula inéligible dans le cadre de la loi "Ficha Limpa" (casier vierge), qui interdit à toute personne condamnée en appel de se présenter.

Cette inéligibilité deviendrait toutefois caduque si sa condamnation pour l'affaire du triplex venait à être annulée.

Cela pourrait arriver si la Cour suprême jugeait recevable un recours de sa défense remettant en cause l'impartialité de l'ex-juge Sergio Moro, qui l'a condamné en première instance, en juillet 2017.

En juin, le site internet d'investigation The Intercept Brasil a révélé l'existence d'échanges de messages montrant une connivence entre M. Moro - devenu depuis ministre de la Justice du président d'extrême droite Jair Bolsonaro - et les procureurs chargés de l'enquête.